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C ULTURE

Jeunesse et créativité

«Le cinéma et la fi ction comptent parmi les meilleurs outils pour faire évoluer les mentalités» La jeunesse incarne aujourd’hui une énergie créative qui bouscule les codes et renouvelle les récits. À travers l’écriture, une nouvelle génération explore le cinéma et la fiction comme des espaces d’expression et de réflexion. Entretien avec Nour El Bouchtaoui, scénariste.

Finances News Hebdo : Y a-t-il eu un déclic parti- culier qui vous a donné envie de vous lancer dans l’écriture et la scénarisation ? Pouvez-vous nous raconter ce moment et le contexte dans lequel il est survenu ? Nour El Bouchtaoui : Le déclic s’est produit vers mes 15 ans. Ma mère s’était blessée aux poignets et les médecins lui avaient formellement interdit de taper à l’ordi- nateur ou d’écrire. Pendant quelque temps, j’ai dû l’aider en retranscrivant mot pour mot ce qu’elle me dictait. Au fil de ce processus, j’ai commencé à lui poser des questions sur l’écriture et les personnages. Très vite, je me suis retrouvée à anticiper l’intrigue et à l’ai- der dans le développement des person- nages.

Puis, lorsque j’ai eu 17 ans, ma mère m’a demandé si je voulais essayer de coécrire un téléfilm avec elle, et j’ai accepté. Même si j’avoue que ma moti- vation première était de gagner un peu d’argent pour pouvoir le dépenser, j’ai aussi saisi cette opportunité pour deve- nir l’une des plus jeunes scénaristes du Maroc. Il faut bien l’admettre, écrire un téléfilm à 17 ans est plus impression- nant que de le faire plus tard dans la vie. C’est donc ce que j’ai fait. F. N. H. : Remporter le prix du meilleur scénario du téléfilm «Mode avion» en 2026 au Festival de Meknès de la fiction télévisée à un si jeune âge constitue une reconnaissance importante. Comment avez-vous vécu cette distinction et quel impact a-t-elle eu sur votre confiance en tant que jeune scénariste et sur vos projets futurs ? N. E. B. : Monter sur scène pour recevoir ce prix m’a remis les pieds sur terre. Si j’ai choisi l’écriture plutôt que le métier d’acteur, comme mon frère, c’est en partie parce que je préfère rester en coulisses. J’ai un peu honte de l’avouer, mais je n’aime pas être sous les projecteurs. Je me revois encore avancer sur l’estrade dans la tenue d’étudiante toute simple que je portais en cours avant de me rendre au festival, face au public, aux lumières et aux caméras. Quand on m’a remis le prix, je ne savais même pas si je devais sourire aux gens, aux caméras ou faire une révérence. Je me souviens avoir demandé à ma mère, dès le début de la cérémonie : «Est-ce que je vais devoir faire un discours ?»

Elle m’a répondu que non, et cela a été l’un des plus grands soulagements de ma vie. Cela dit, recevoir un tel prix à un si jeune âge est un immense honneur. Cela m’a donné confiance en moi et, surtout, m’a permis de franchir un cap. Il fallait bien se lancer un jour avec un premier projet. Je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il prenne une telle ampleur, mais il m’a finalement valu un prix, et cela me donne envie d’aller encore plus loin. F. N. H. : Votre téléfilm «Mode avion» aborde l’impact des jeux vidéo et des réseaux sociaux sur les jeunes. Pourquoi avoir choisi cette thématique et quel mes- sage souhaitiez-vous transmettre à travers cette œuvre ? N. E. B. : En choisissant d’aborder la dépen- dance aux réseaux sociaux et aux jeux vidéo, mon but n’était absolument pas de faire la morale à ma génération, ni de la dépeindre comme une jeunesse accro à la dopamine, incapable de lever le nez de ses écrans. Je suis moi-même une grande passionnée de jeux vidéo; je collectionne les consoles depuis l’âge de sept ans. Sur la question de l’addiction numérique, je tiens plutôt la génération précédente pour responsable. C’est elle qui a conçu des algorithmes redoutables, souvent plus addictifs que les jeux d’argent, et qui a exposé ses propres enfants à ces tech- nologies. Écrire ce film a surtout été une plongée dans mes souvenirs d’enfance. Nous passions nos week-ends, parfois une partie de nos étés, à la campagne. À cette époque, il n’y avait pas de Wi-Fi. Sur le moment, je vivais cela comme une

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