T OURISME
Pourquoi les géants mondiaux de l’hôtellerie parient désormais sur la capitale Avec l’arrivée successive du Four Seasons, du Ritz-Carlton, du Conrad et du Waldorf Astoria, la capitale affirme un positionnement qui lui est propre. Entretien avec Mehdi Hameda Benchekroun, président du Conseil régional du tourisme (CRT) de Rabat-Salé-Kénitra. Rabat
titutionnelle, qualité de vie, patrimoine, modernité et potentiel économique qui explique l’accélération des grandes enseignes mondiales. F. N. H. : Suite à cette série d’ouvertures haut de gamme sans précédent, Rabat est-elle en train de construire un modèle économique touristique fon- damentalement différent de Marrakech : moins de volume, plus de valeur ? M. H. B. : Oui, Rabat construit clairement un modèle différent. Marrakech est une loco- motive touristique exceptionnelle pour le Maroc, avec une notoriété mondiale et des volumes très importants. Rabat, elle, doit assumer un positionnement complémen- taire : moins basé sur le volume, davantage orienté vers la valeur. La force de Rabat est de pouvoir attirer une clientèle à forte contribution : tourisme d’affaires, MICE, diplomatie, événements internationaux, culture, city-break premium, séjours haut de gamme et institutionnels. Une nuitée dans un palace ne génère pas seulement une recette hôtelière plus éle- vée. Elle crée aussi des retombées impor- tantes pour la restauration, les transports, les guides, les agences de voyages, l’événe- mentiel, les commerces, les artisans et les services de conciergerie. Notre objectif n’est donc pas simplement d’augmenter les arrivées. Il est d’augmen- ter la valeur créée localement par le tou- risme, au bénéfice de tout l’écosystème régional. F. N. H. : Le développement de l’offre palace à Rabat est-il conçu pour capter le tourisme d’affaires et insti- tutionnel plus que le tourisme de loisirs ? M. H. B. : L’offre palace répond naturel- lement à la vocation de Rabat comme capitale institutionnelle, diplomatique et administrative. Il existe une demande forte liée aux délégations officielles, aux grandes entreprises, aux conférences, aux événe- ments diplomatiques, aux séminaires, aux congrès et au tourisme d’affaires. Mais il ne faut pas limiter cette offre au seul tourisme d’affaires. Ces établisse-
de promouvoir Rabat, de fédérer les pro- fessionnels et de contribuer à créer un environnement favorable à la commercia- lisation de la destination. Les grandes marques internationales ne s’installent jamais par hasard. Elles étu- dient la stabilité, la clientèle potentielle, la qualité des infrastructures, le positionne- ment de la ville, la connectivité et les pers- pectives à moyen terme. Leur présence confirme que Rabat a atteint un nouveau niveau de maturité touristique. Donc oui, il y a une stratégie globale de montée en gamme de la capitale, et l’arrivée de ces enseignes en est l’une des conséquences les plus visibles. F. N. H. : Qu’est-ce qui rend Rabat suffisamment attractive pour que les grandes enseignes mondiales y accélèrent leur installation maintenant ? M. H. B. : Rabat est attractive parce qu’elle réunit plusieurs atouts rares dans une même destination. D’abord, c’est la capitale politique et institutionnelle du Royaume. Elle concentre les ambassades, les institutions, les sièges administratifs, les événements officiels, diplomatiques et corporate. Cela crée une demande natu- relle pour une hôtellerie de haut niveau. Ensuite, Rabat a profondément changé ces dernières années. La ville bénéficie de grands projets structurants, d’un front de mer, du Bouregreg, du Grand Théâtre, de la Tour Mohammed VI, de nouvelles infrastructures culturelles, sportives et urbaines, ainsi que d’un environnement très sécurisé et très qualitatif. Enfin, Rabat correspond parfaitement aux nouvelles attentes d’une clientèle haut de gamme : une ville calme, élégante, propre, cultu- relle, ouverte sur l’océan, avec une expé- rience plus confidentielle que les destina- tions très denses. C’est cette combinaison entre capitale ins-
Finances News Hebdo : Rabat a accueilli en moins de 18 mois le Four Seasons, le Ritz-Carlton, le Conrad et maintenant le Waldorf Astoria. Est-ce le fruit d’une stratégie délibérée du CRT ou les grandes enseignes ont-elles devancé les pouvoirs publics ? Mehdi Hameda Benchekroun : L’arrivée de ces grandes enseignes n’est pas un hasard. Elle est le résultat d’une transformation profonde de Rabat, portée par la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, par les grands projets structu- rants de la capitale et par une dynamique publique et privée très forte. Le CRT n’est pas un investisseur hôtelier et ne décide pas à la place des groupes internationaux. En revanche, notre rôle est de renforcer l’image de la destination,
FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°51 106
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