Hors Se<0301>rie 51 Final

T OURISME

La station balnéaire de Saïdia s’impose comme l’un des principaux moteurs touristiques de la région. Mais derrière son potentiel, le modèle de développement continue de faire face à la saisonnalité, une contrainte structurelle majeure qui pèse sur la rentabilité des investissements et la continuité de l’activité économique. Saïdia La perle bleue de l’Oriental face au dé fi de la saisonnalité

Un modèle économique et structurel sous tension C’est tout le modèle de développement de la station qui est aujourd’hui remis en ques- tion. L’expert met en avant trois principaux facteurs qui continuent de freiner sa montée en puissance. «Le premier constat est un déficit de modèle économique. La formule all-inclusive impo- sée par les hôtels 5 étoiles empêche la station d’attirer des marchés plus dépensiers, capte la valeur à l’intérieur des murs des hôtels et l’exporte vers des opérateurs étrangers, sans irriguer le tissu local», affirme Tahiri. Et de poursuivre : « Le deuxième est un défi- cit de désenclavement. La desserte aérienne d’Oujda-Angad reste insuffisante pour les marchés européens premium. Sans connectivité directe avec les princi- pales capitales européennes telles que Paris, Bruxelles, Amsterdam et Madrid en vol char- ter ou low-cost saisonnier structuré, en plus de la communication désastreuse de ses débuts, Saïdia restera une destination de substitution pour une clientèle MRE, pas une destination de choix pour le touriste européen à forte dépense».

A

u fil des années, Saïdia s’est inscrite dans une dynamique plus large de structuration économique de l’Orien- tal, aux côtés de projets majeurs tels que la technopole d’Oujda, l’Agropole

le cadre du Plan Azur, avec un retour sur investissement encore partiel. La station a été successivement gérée par le groupe espa- gnol Fadesa, puis par le promoteur marocain Addoha, avant l’intervention de la CDG à tra- vers la Société de développement de Saïdia (SDS), qui a mobilisé 300 millions de dirhams pour sa relance, complétés par 600 millions de dirhams destinés aux infrastructures hors station. Malgré ces efforts, les performances demeurent limitées au regard des montants investis. L’économiste et opérateur touristique Said Tahiri dresse un constat nuancé sur la trajectoire de la station. «Il faut être lucide sur les faits. Saïdia est la seule station balnéaire du Plan Azur à avoir réellement émergé, avec une capacité de 6.000 lits sur les 16.000 prévus. Elle dispose d’un aquaparc, d’une marina, de plusieurs hôtels de luxe, de deux golfs et de plusieurs résidences immobilières touristiques, mais son attractivité demeure sous-exploitée. Aujourd’hui, notre responsabilité est surtout d’en réduire l’impact, en travaillant à l’élargis- sement de la période d’activité touristique afin de permettre aux professionnels de travailler sur une durée plus longue» , explique-t-il.

de Berkane ou encore le parc industriel de Selouane. Ces réalisations ont contribué à renforcer l’attractivité de la région, une dyna- mique appelée à se consolider davantage avec la mise en service du port de Nador West Med. Pour autant, le développement touristique reste confronté à plusieurs contraintes struc- turelles, notamment l’éloignement des prin- cipaux marchés européens et la fermeture de la frontière algérienne, qui prive la destination d’un flux touristique régional naturel. Sur le terrain, la saisonnalité demeure le prin- cipal frein à un développement équilibré de la station. Un constat partagé par les profes- sionnels du secteur, qui plaident pour une meilleure adaptation du modèle touristique. «Bien entendu, Saïdia demeure la locomotive touristique et le principal moteur économique de la destination. Cependant, la saisonnalité continue de peser sur l’ensemble des acteurs du secteur. Aujourd’hui, notre responsabilité est surtout d’en réduire l’impact, en travaillant à l’élargissement de la période d’activité touris- tique afin de permettre aux professionnels de travailler sur une durée plus longue», souligne Youssef Zaki, président du Conseil régional du tourisme de l’Oriental. Une performance économique en deçà du potentiel Conçue comme l’un des projets phares du Plan Azur, Saïdia est aujourd’hui pleinement opérationnelle. Toutefois, ses performances restent inférieures au niveau nécessaire pour assurer une rentabilité optimale des investis- sements engagés. Près de 15 milliards de dirhams d’investis- sements publics ont été mobilisés dans

À cela s’ajoute une autre contrainte majeure, la périodicité.

«Le troisième constat est un déficit de saison. La forte saisonnalité estivale (juin-septembre) génère un taux d’occupation de 80% en été, mais laisse les infrastructures quasi-vides le reste de l’année. Malgré les efforts de la Société de développement de Saïdia (SDS), ce modèle est non viable pour les investisseurs privés et destructeur de valeur à long terme» , fait savoir l’économiste. Trouver le juste équilibre entre le renforce- ment de la connectivité, la diversification de l’offre et l’allongement de la saison touris- tique constitue aujourd’hui l’un des princi- paux défis de Saïdia.

FINANCES NEWS HEBDO / HORS-SÉRIE N°51 130

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