BOURSE & FINANCES
8
FINANCES NEWS HEBDO MERCREDI 30 SEPTEMBRE 2026
Élections Pourquoi la Bourse ne réagit jamais deux fois de la même manière Entre 2016, 2021 et 2026, trois scrutins et trois séquences boursières très différentes. L’expérience montre surtout que le marché actions réagit moins au verdict des urnes qu’au degré de visibilité économique qui en découle. Par Y . Seddik
recueillis à l’époque insistaient aussi sur l’espoir d’une formation rapide du gouvernement, précisément par contraste avec l’expérience de 2016, ainsi que sur les perspectives d’investissement privé. Cette réaction intervient en outre dans un marché déjà bien orienté. Le MASI terminera finalement 2021 sur une progression de 18,35%. L’élection a donc davantage joué le rôle d’accélérateur que de point de départ du mouvement. 2026 : aucune prime électorale visible, pour l’instant Le scrutin du 23 septembre 2026 offre un troisième scénario. Le PAM arrive en tête avec 97 sièges. La séance électorale elle-même s'achève sur un recul modéré du MASI de 0,20% à 18.040,73 points. Le lendemain matin semble d’abord dessiner un scénario proche de 2021 : l’indice gagne jusqu’à 0,69% dans les premiers échanges. L’élan disparaît pourtant rapidement. À la clôture du 24 septembre, le MASI abandonne 0,95% à 17.869,06 points, avant de céder encore 0,29% le vendredi. Surtout, rien ne permet d’attribuer cette baisse au résultat politique. Des analystes interrogés dès jeudi matin jugeaient la configuration issue du scrutin davantage por- teuse de continuité que de rupture et estimaient que les investisseurs attendaient surtout la composition de la coalition, le programme gou- vernemental et les orientations du prochain PLF. La baisse de fin de séance a par ailleurs été reliée à des flux vendeurs d’OPCVM, déjà obser- vés les jours précédents. En Bourse, le bulletin de vote n’est donc pas une variable boursière autonome. Ce que le marché finit par valoriser, ce sont ses consé- quences : rapidité de formation de la majorité, politique budgétaire, investissement public et privé, fisca- lité, trajectoire des taux et, au bout de la chaîne, perspectives bénéfi- ciaires des sociétés cotées. En 2026, le rendez-vous décisif pour les investisseurs pourrait ainsi se situer dans les premières décisions économiques du futur exécutif. À ce moment, le marché pourra réel- lement commencer à mettre un prix sur la nouvelle séquence politique. ◆
De 2016 à 2026, les élections législa- tives ont laissé des empreintes très diffé- rentes sur la Bourse de Casablanca, entre attentisme, soulage- ment et indifférence.
L
es élections font partie de ces ren- dez-vous que les marchés entourent volontiers d’un vocabulaire de risque, d’incertitude et d’attentisme. À la Bourse de Casablanca pour- tant, les trois dernières législatives racontent une histoire plus nuancée. En 2016, l’incertitude s’est surtout installée après le scrutin. En 2021, le résultat a provoqué l’une des réac- tions boursières les plus franches de ces dernières années. En 2026, enfin, le verdict des urnes n’a, jusqu’ici, guère modifié une dyna- mique de marché déjà travaillée par d’autres forces. Le scrutin du 7 octobre 2016 recon- duit le PJD en tête avec 125 sièges, devant le PAM avec 102. Une partie du marché avait pourtant abordé l’échéance en anticipant une autre configuration politique. Cinq ans plus tard, des gérants interrogés par Finances News Hebdo se sou- venaient d’un marché monté avant les élections en pariant notamment sur une défaite du PJD, avant d’être
pris à contrepied par le résultat. Mais réduire 2016 à un «effet élec- tions» serait trompeur. Le MASI terminera cette année-là sur un spectaculaire +30,46%, sa meilleure performance depuis une décen- nie. L’AMMC attribuait alors cette hausse à l’amélioration des résul- tats des sociétés cotées et surtout au faible niveau des rendements obligataires, qui poussait les inves- tisseurs vers les actions. Le véritable coût politique pour les investisseurs est apparu dans les mois suivants. Les négociations pour former une majorité se pro- longent, retardant la mise en place du gouvernement et brouillant la visibilité sur la politique budgé- taire. Le débat autour de la Loi de Finances 2017 et du rythme de la commande publique alimente alors l’attentisme des entreprises. 2016 livre ainsi une première leçon: une forte performance boursière peut parfaitement cohabiter avec une incertitude politique élevée
lorsque les taux, les bénéfices et les flux de liquidité jouent dans le sens opposé. 2021 : cette fois, la réaction est immédiate Cinq ans plus tard, la lecture du marché est beaucoup plus nette. Le 8 septembre 2021, le RNI arrive en tête des législatives. Dès le len- demain, le MASI bondit de 1,81% à 12.971,07 points, son plus haut annuel à ce moment-là. Surtout, le mouvement est accompagné de volumes élevés de 469 MDH sur le marché central. La hausse ne se limite pas à quelques valeurs puisque les banques, les cimentières, l’immobilier et plu- sieurs grandes capitalisations par- ticipent au mouvement. Attijariwafa bank gagne 2,54%, Maroc Telecom 2,11%, tandis que les trois immo- bilières cotées prennent autour de 4%. Le marché ne valorisait toute- fois pas uniquement un changement de majorité. Les commentaires
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker