HIGH-TECH
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 17 SEPTEMBRE 2026
Gaming au Maroc Un marché installé, une industrie encore en construction Le Maroc compte désormais parmi les principaux marchés africains du jeu vidéo. Mais entre une consommation déjà bien installée et une production locale encore limitée, la filière cherche à franchir un cap. Depuis 2022, l’État multiplie les dispositifs pour faire émerger studios, compétences et investissements autour d’une industrie mondiale où la concurrence est déjà forte.
péenne s'est, de son côté, associée à la stratégie marocaine à l'horizon 2030, notamment sur la formation et la struc- turation de l'écosystème. Le financement reste le maillon faible Ces initiatives ne suffisent pas encore à faire du Maroc une industrie de produc- tion comparable aux places installées. Une étude consacrée aux industries culturelles et créatives, réalisée pour l'Agence française de développement (AFD), pointe plusieurs fragilités. On cite l’accès limité au financement pour les studios, des formations spéciali- sées encore insuffisantes dans certains métiers artistiques et de production, des capacités réduites en marketing et l'absence d'un cadre juridique entière- ment adapté aux spécificités du sec- teur. La question du financement est parti- culièrement sensible. Développer un jeu suppose souvent plusieurs années de dépenses avant les premières recettes, auxquelles s'ajoutent les coûts de com- mercialisation et le risque d'échec. Une mécanique peu compatible avec le financement bancaire classique et qui nécessite du capital patient, encore peu présent dans l'écosystème marocain. C'est aussi ce qui distingue aujourd'hui l'audience marocaine de l'industrie marocaine. Le pays dispose de joueurs, de développeurs, d'une scène e-sport et désormais de dispositifs publics. Il lui manque encore une masse critique de studios capables de sortir réguliè- rement des titres, de les financer, de les distribuer et d'en conserver une part significative de la propriété intel- lectuelle. Les objectifs affichés sont élevés. Une étude AFD évoquait un potentiel de 5.000 à 10.000 emplois à l'horizon 2030 et 500 millions de dollars de chiffre d'affaires. Plus récemment, Mohamed Mehdi Bensaid a avancé l'ambition de capter à terme 0,5% à 1% du marché mondial, soit entre 1,5 et 3 milliards de dollars de recettes annuelles vers 2030-2032. À ce stade, il s'agit toutefois d'objectifs, et non de projections acquises. Pour l’heure, l’écart reste important entre la taille du marché marocain et la valeur réellement produite dans le Royaume. C’est ce décalage que les politiques engagées depuis quelques années cherchent à réduire. Le succès de la filière dépen- dra surtout de la capacité des studios marocains à vendre, exporter et conser- ver davantage de valeur localement. ◆
Par K. A. A
u Maroc, le jeu vidéo commence à sortir du seul registre du loisir. Depuis quelques années, pouvoirs publics, écoles, incubateurs et investisseurs tentent de faire émerger une véritable filière de production autour d’un mar- ché déjà bien installé. D’ailleurs, une stratégie publique lui est consacrée depuis 2022 et la troisième édition du Morocco Gaming Expo, organisée en mai dernier à Rabat, a réuni une cen- taine d’exposants. Le point de départ est un marché domestique déjà consé- quent. Selon les données reprises par le rapport State of the African Video Game Industry 2026, les dépenses liées aux jeux vidéo au Maroc ont atteint environ 227 millions de dollars en 2024, soit plus de 2 milliards de dirhams. Le Royaume se situe ainsi parmi les princi- paux marchés du continent. Ce chiffre mérite toutefois une préci- sion. Il mesure d'abord un marché de consommation : achats de jeux, télé- chargements, abonnements et autres
dépenses des joueurs. Il ne signifie pas que plus de 2 milliards de dirhams sont produits localement par des stu- dios marocains. C'est précisément tout l'enjeu de la politique engagée ces dernières années : faire passer le Maroc du statut de marché pour les grands éditeurs internationaux à celui de pays producteur de jeux, de technologies et de services exportables. Le tissu local reste jeune. En juin, le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, estimait à une cin- quantaine le nombre de startups désor- mais structurées dans la filière, contre quelques porteurs de projets trois ans auparavant. Certaines commercialisent déjà leurs productions sur les plate- formes mobiles internationales, tandis que d'autres travaillent sur des projets destinés aux consoles. Il n'existe, en revanche, toujours pas de décompte officiel consolidé des emplois du sec- teur.
Construire la chaîne de valeur La stratégie marocaine repose sur quatre leviers : infrastructures, forma- tion, accompagnement des entreprises et attraction des investisseurs. Le projet le plus visible reste Rabat Gaming City. Implantée sur un site de trois hectares dans la capitale, la future zone doit regrouper studios, startups, incuba- teurs et acteurs technologiques. Elle est pensée comme le premier noyau phy- sique d'un écosystème qui, jusqu'ici, demeure dispersé. Le chantier des compétences avance parallèlement. La deuxième promotion de «Video Game Creator», développée avec l'école française ISART Digital, a démarré début 2026. Un accord entre les ministères de la Communication et de l'Enseignement supérieur prévoit également le développement de cursus diplômants. L'objectif annoncé est de former près de 4.000 spécialistes d'ici 2029, des profils techniques jusqu'aux ingénieurs et chercheurs. Sur le volet entrepreneurial, douze por- teurs de projets ont intégré cette année la deuxième édition du «Video Game Incubator». Le gaming a également été rendu éligible au Fonds de soutien à l'innovation à travers un programme R&D couvrant la période 2026-2028. À cela s'ajoute «Gamification Lab», un dispositif destiné à faire travailler les startups marocaines sur des applica- tions dépassant le jeu pur : éducation, tourisme, santé ou encore services numériques. En mai, un financement de 24 millions de dirhams a par ailleurs été mobilisé par le ministère, la CDG et la SMIT pour les programmes liés à la gamification et au gaming de loisir. L'Union euro-
Le Maroc structure progressivement son industrie du gaming, avec l’ambition de transformer un marché de consommateurs en filière de production et d’exportation.
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