Finances News Hebdo 1245

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 10 SEPTEMBRE 2026

Maroc Digital 2030 «L'IA doit être envisagée comme un amplificateur d'impact»

hydriques, ce qui est crucial pour le Maroc. Elle a la capacité d'optimiser la maintenance pré- dictive, la qualité et la produc- tivité dans le secteur industriel. Elle favorise une détection de fraude plus précise, une évalua- tion du risque plus détaillée et une optimisation de l'expérience client dans le secteur financier. Dans le domaine administra- tif, elle permet d'optimiser les services publics, d'accélérer le traitement des dossiers et d'améliorer la transparence. Finalement, dans des domaines tels que la création, les médias, le secteur du tourisme ou la logistique, elle peut favoriser l'innovation et définir de nou- veaux horizons commerciaux. En vérité, on doit considérer l'IA comme une technologie générale, similaire à l'électri- cité ou à Internet : sa véritable valeur porte sur la possibilité d'alimenter toute l'économie. Cette logique de transformation transversale est précisément au cœur de la stratégie nationale, l'IA étant l'un de ses principaux moteurs. F. N. H. : L’IA est-elle assez présente dans les programmes marocains de formation et d’ensei- gnement ? H. T. : Je dirais que sa pré- sence s'accroît, néanmoins, elle demeure encore trop faible en regard des défis. Aujourd'hui, on observe une véritable sen- sibilisation au sein des institu- tions. Cela se reflète dans les objectifs de Maroc Digital 2030, les collaborations concernant la formation, et le démarrage de programmes nationaux d'in- troduction au digital et à l'IA dans diverses régions du pays. On observe également, dans certains programmes d'études, une incorporation de plus en plus importante de compé- tences relatives à la donnée, à l'intelligence artificielle, à la télémédecine ou aux technolo- gies digitales. Cependant, nous devons pousser plus loin : il est indispensable d’intégrer la culture de l’intelligence artifi-

L’intelligence artificielle s’installe progressivement au cœur de la transformation numérique du Maroc. Pour Haytam Tazi, professeur à la Faculté des sciences et techniques de l’Université Hassan 1 er de Settat et expert en intelligence artificielle, l’enjeu pour le Royaume est de dépasser le statut de simple utilisateur de technologies conçues ailleurs pour développer ses propres solutions, renforcer ses compétences et faire de l’IA un véritable levier de souveraineté et de compétitivité.

Propos recueillis par C. Jaidani

Finances News Hebdo : Quelle place occupe le développement de l’IA dans le cadre du plan Digital Morocco 2030 ? Haytam Tazi : Selon moi, l'évo- lution de l'intelligence artificielle tient une position stratégique dans la feuille de route Maroc Digital 2030. Ce projet n'envisage pas l'IA comme un simple instru- ment technologique, mais plutôt comme un vecteur de souveraine- té, de compétitivité et de moder- nisation de la politique publique. L'objectif clairement exprimé est de transformer le Maroc non seu- lement en un consommateur de technologies numériques, mais également en un producteur de solutions à haute valeur ajoutée. Dans cette perspective, l'IA est étroitement liée au cloud, à la connectivité, à la numérisation des services publics et particuliè- rement à l'expansion des compé- tences. L'accent mis par la straté- gie sur la formation, l'innovation, l'entrepreneuriat et la transition numérique témoigne clairement que l'IA est destinée à s'ériger en pierre angulaire du modèle de développement marocain. F. N. H. : L’IA peut-elle combler le déficit en res- sources humaines dans cer- tains secteurs stratégiques comme la santé et l’ensei- gnement ? H. T. : L'IA est en mesure d'at-

ténuer une partie du manque de personnel, cependant, elle ne saura jamais entièrement le substituer. Que ce soit dans le secteur de la santé et de l'édu- cation, le véritable défi n'est pas de remplacer l'humain, mais de booster ses aptitudes. Dans le secteur de la santé, l'IA peut contribuer au diagnostic, optimi- ser le classement des patients, faciliter la téléconsultation, réduire la charge administrative et répartir plus efficacement les compétences sur le territoire. Dans un pays comme le Maroc où les disparités territoriales sont marquées, c'est un enjeu extrêmement essentiel. Dans le secteur de l'éducation, elle peut aider à corriger, personna- liser l'enseignement, créer des contenus et accompagner les élèves. Il faut cependant garder un certain discernement : aucun progrès technologique ne pour- ra faire disparaître la relation éducative qu'établit un ensei- gnant ou le discernement médi- cal d'un médecin. Il faut donc envisager l'IA comme un ampli- ficateur d'impact. L'intelligence artificielle doit donc être envi- sagée comme un amplificateur d'impact pour les profession- nels, et non comme un rem- plaçant. Il existe d'ailleurs un besoin immense du personnel œuvrant dans le domaine de la santé au Maroc, avec une visée

de 4,45 spécialistes de la santé pour chaque 1.000 résidents d'ici 2030 et un besoin prévu d'ajouter 83.000 professionnels de la santé. F. N. H. : Quel rôle peut jouer l’IA dans les autres secteurs ? H. T. : L'intelligence artificielle a un potentiel qui va bien au-delà de la santé et de l'éducation. Dans le domaine agricole, elle est capable d'affiner l'irrigation, anticiper les récoltes, identifier les maladies végétales et opti- miser la gestion des ressources

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