Finances News Hebdo 1245

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 10 SEPTEMBRE 2026

servir de socle aux interac- tions entre les administrations et les citoyens dans les lan- gues locales. Jazari Root doit parallèlement développer des technologies linguistiques souveraines pour l'arabe, le français, la darija et l'amazigh, mais aussi des assistants IA métiers, des outils d'intelligence documen- taire et des technologies de protection de la confidentialité. Le choix est loin d'être anecdo- tique. Dans la course mondiale à l'IA, disposer de modèles capables d'intégrer les réali- tés linguistiques, administra- tives et culturelles nationales constitue une composante directe de l'autonomie techno- logique recherchée. Cette volonté commence éga- lement à se traduire par des applications concrètes. Une Marketplace souveraine de solutions IA doit offrir un point d'accès à des outils héber- gés dans un environnement où les données sont protégées et l'infrastructure maîtrisée au Maroc. Parmi les premiers outils figure Idarati AI, assistant destiné à informer et accompagner les citoyens dans leurs démarches administratives. Le Sovereign Meeting Assistant doit, lui, transcrire et analyser automatiquement des réunions en arabe, français et darija spontanée, puis générer des comptes-rendus structu- rés. Une Sovereign Document Suite est également annoncée pour le traitement sécurisé des documents. Dans le domaine juridique, Legal AI et Bulletin Officiel Search doivent faciliter l'accès aux textes marocains, avec près de 400.000 pages OCRisées pour ce dernier. L'enjeu est de faire évoluer progressivement l'Administra- tion d'une logique de procé-

dures vers une logique de par- cours centrés sur les besoins du citoyen. La stratégie reven- dique à terme le principe du «once and only» : éviter que l'usager fournisse plusieurs fois à l'Administration une information déjà détenue par celle-ci. Produire plutôt que simplement consommer C'est probablement là que se situe le pari central de «Maroc IA 2030». Le Royaume ne veut pas rester uniquement un marché consommateur de technologies conçues ail- leurs. La stratégie vise une économie capable de produire ses propres solutions, de faire émerger des champions nationaux et de positionner le Maroc comme hub régional du digital entre l'Afrique et le monde arabe. Cette recherche d'autonomie ne signifie toutefois pas un repli technologique. La feuille de route associe souveraine- té et coopération internatio- nale, à travers notamment des initiatives impliquant Nokia, Orange, Oracle, Mistral AI, Onepoint, l'Union européenne ou encore le PNUD. Reste maintenant l'épreuve la plus difficile : transformer l'architecture annoncée en résultats mesurables. Pour la ministre, «le Maroc dispose aujourd’hui d’une ambition, d’une vision et des premiers instruments pour les concré- tiser. Notre responsabilité col- lective est désormais de chan- ger d’échelle, d’accélérer le passage de l’expérimentation à l’impact et de transformer chaque avancée en valeur concrète pour notre pays». Et de conclure que « nous voulons un Maroc qui conçoit, déve- loppe et produit les solutions d’intelligence artificielle de demain; un Maroc qui contri- bue à façonner les usages de cette technologie et qui transforme cette révolution en une formidable opportunité de souveraineté, de compétitivité et de progrès partagé». ◆

 Amal El Fallah Seghrouchni : «Notre ambition est de faire de l’intelligence artificielle une force de transformation collective».

EduTech et Jazari Industrie X.0. Leur vocation est très opé- rationnelle. Jazari Smart City doit travailler sur les données urbaines, les jumeaux numé- riques, l'habitat et l'urba- nisme intelligents ou encore la résilience territoriale. Jazari Industrie X.0 ciblera notam- ment la robotique avancée, l'automatisation, l'Industrial IoT, la maintenance prédic- tive et l'efficacité énergétique. Jazari EduTech concentrera ses efforts sur l'apprentis- sage adaptatif, la détection du décrochage et les assistants destinés aux enseignants. La bataille des talents Le défi technologique est aussi humain. En 2025, le Maroc comptait 22.779 étudiants dans les filières digitales et 549 programmes accrédités. Quelque 9.374 personnes étaient inscrites dans des for- mations certifiantes Oracle et 2.326 certifications avaient déjà été délivrées. A terme, la marche est nette- ment plus haute : 100.000 nou- veaux talents du digital par an

à l'horizon 2030, notamment dans l'IA, la cybersécurité, le cloud, la data, le développe- ment et l'IoT. Différents programmes doivent alimenter ce vivier, depuis les bourses doctorales jusqu'à l'initiation des enfants à l'IA. AI & IoT Generation prévoit notamment de former 1.200 jeunes par an dès 2026. Pour la ministre, la finalité dépasse la seule formation de spécialistes. «Notre ambition est de faire de l’intelligence artificielle une force de trans- formation collective, capable d’ouvrir de nouvelles perspec- tives à notre jeunesse, d’ac- compagner nos entreprises, d’accélérer la modernisation de notre administration et de contribuer au développement de l’ensemble de nos terri- toires», indique-t-elle La souveraineté recherchée se joue également sur un ter- rain moins visible mais straté- gique : la langue. «Maroc IA 2030» prévoit le développement d'un LLM souverain maîtrisant la darija, l'amazigh et le contexte maro- cain. Celui-ci doit notamment

La stratégie vise une économie capable de produire ses propres solutions, de faire émerger des champions nationaux et de positionner le Maroc comme hub régional du digital entre l'Afrique et le monde arabe.

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