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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 10 SEPTEMBRE 2026

soumise à une autorisation préalable de l'Académie régionale d'éducation et de formation (AREF), qui exerce ensuite un double contrôle, pédago- gique et administratif. Juridiquement, la loi ne laisse pas les mains totale- ment libres sur le contenu enseigné : les établissements privés doivent pré- senter des programmes conformes aux orientations générales du sys- tème éducatif national. Ce qui signifie qu’une école ne peut pas se contenter d'importer purement et simplement un curriculum étranger sans lien avec le socle marocain. Pédagogies : angles morts Mais ces pédagogies, malgré leur suc- cès, s’accompagnent aussi de contro- verses. Au Maroc comme ailleurs, psychologues, psychiatres et pédo- psychiatres alertent sur une méthode d’éducation qui, à force d'éviter toute frustration à l'enfant, produirait des «tyrans» , selon les termes de Didier Pleux, psychologue clinicien connu pour ses travaux sur «l'enfant roi» . Et la vulgarisation de l’éducation posi- tive sur les réseaux sociaux n’a fait qu’en accentuer les dérives, comme l’explique le psychiatre et clinicien Hachem Tyal : «La capacité à sup- porter une frustration, ça ne va pas de soi. Un enfant a besoin, réguliè- rement, de se heurter à un non pour apprendre que le monde ne se plie pas systématiquement à son désir. Quand cet apprentissage est esquivé pendant toute l'enfance, l'adolescent se retrouve démuni» . Un défaut d'ap- prentissage de la frustration qui, selon lui, se paie plus tard, à l'adolescence: décrochage scolaire au moindre échec, réactions disproportionnées face à une critique, sentiment d'être persécuté par un monde qui ne fait, en réalité, que résister comme il résiste à chacun. C’est justement ce que craint la maman du petit Ziad, qui présente déjà, à 5 ans, des «signes de résis- tance face au monde qui l’entoure» . Effet collatéral : l'injonction au «parent parfait» qui s’ajoute à une charge mentale déjà conséquente. Entre un marché en expansion et un débat clinique loin d'être tranché, les familles marocaines qui optent pour l'enseignement alternatif avancent, pour beaucoup, sans boussole. Reste à savoir si la promesse d'épanouisse- ment tient ses engagements, ou si elle déplace simplement le problème. ◆

 «Cette méthode a séduit de nombreux parents marocains, et certaines écoles affichent des listes d’attente dès le printemps».

Éducation alternative au Maroc Entre promesses, dérives et business Z Depuis l'installation à Casablanca, en 2011, de la première école Montessori du pays, l'offre d'enseignement dit «alternatif» ou «bienveillant» n'a cessé de croître. Mais derrière la promesse d'épanouissement, deux questions se posent : qui contrôle réellement ces pédagogies et sont- elles aussi bénéfiques qu'annoncé ? Par L . C.

iad fait sa rentrée scolaire en troisième année de maternelle dans la très hup- pée Ecole Montessori de Casablanca. Le petit garçon court partout; sa maman, elle, commence à remettre en question cette méthode d’éduca- tion et d’enseignement sur laquelle elle n’avait pourtant aucun doute il y a un an à peine : «avec mon mari, nous avons décidé avant même sa nais- sance d’appliquer l’éducation positive sur notre fils. C’est quelque chose qui nous semblait idéal pour l’épanouis- sement de l’enfant. Nous avons donc opté pour une école qui applique cette méthode ‘bienveillante’, surtout pour l’éloigner du stress et des trau- mas que peuvent causer une scolarité orientée vers les résultats et la disci- pline», confie-t-elle. Avant de se rembrunir : «Mais vu l’évolution du comportement de Ziad, on commence sérieusement à se poser des questions. Il ne supporte pas le mot «non», nous sommes sin- cèrement débordés par les cris et avons commencé une thérapie avec un pédopsychiatre, avant peut-être de

passer à l’étape supérieure» . À savoir remettre leur fils dans le système classique. Jusqu’à 200.000 dirhams C’est que les écoles dites «alter- natives» ont le vent en poupe au Maroc depuis une quinzaine d’années et l’installation de la première école Montessori du pays, à Casablanca, du nom de la médecin et pédagogue italienne Maria Montessori, à l’origine de cette méthode d’enseignement qui repose sur l’autonomie de l’en- fant, l’auto-apprentissage, l’usage de matériel sensoriel et la bienveillance. «Une éducation basée sur une vision profondément humaniste et participa- tive, de manière à accompagner l’en- fant au développement de son plein potentiel», peut-on lire sur les sites web d’écoles, à l’instar de Reggio Nature, installée à Dar Bouazza, qui bénéficie d’un succès exponentiel. Portée par la vague de l'éducation positive et de la parentalité bien- veillante, amplifiée par les réseaux sociaux, cette méthode a séduit

de nombreux parents marocains. D’ailleurs, certaines écoles affichent des listes d’attente dès le printemps, et ce malgré des frais de scolarité particulièrement coûteux : des tarifs qui s'échelonnent de 12.000 à 36.000 dirhams par an pour le préscolaire, et jusqu'à 30.000 - 70.000 dirhams pour les établissements Montessori ou Freinet les plus cotés. Un plafond qui est pourtant loin d'être le maxi- mum absolu. Au secondaire, pour les grandes écoles internationales, Montessori Casablanca par exemple, les frais de scolarité annuels peuvent atteindre, voire dépasser la barre des 200.000 dirhams lorsque l'on combine les droits d'admission uniques, les frais annexes et les «cursus certifiants d'excellence». Mais l'usage même du nom «Montessori » n'est pas protégé au Maroc. N'importe quel établissement peut s'en revendiquer sans validation externe de la méthode ni de sa mise en œuvre réelle. Sur le plan légal, en revanche, l'encadrement existe. Toute ouverture d'établissement privé est

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