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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 10 SEPTEMBRE 2026

Santé mentale infantile «L’éducation positive sans limites, c’est de la permissivité»

niveaux et ces niveaux sont liés entre eux. D'abord, sans forma- tion reconnue, sans supervision, chaque coach transmet sa ver- sion personnelle de la parenta- lité positive. Une version qui peut être contradictoire d'un coach à l'autre. Et ça, ça désoriente des parents qui cherchaient justement un repère stable. Il y a aussi la question de la res- ponsabilité. Le pédopsychiatre reste médecin : il est tenu par le code de déontologie médi- cale, par l'Ordre des médecins, qui l'obligent à reconnaître les limites de sa propre compétence et à orienter quand la situation le dépasse. Le psychologue, au Maroc, n'a pas encore ce sta- tut légal, c'est un manque qu'on réclame depuis des années, et le plan santé mentale 2030 présenté récemment par le ministère pré- voit justement d'y remédier. Mais tant que ce cadre n'existe pas, il reste un vide encore plus grand pour l'accompagnement parental en dehors du soin : là, il n'y a aucune instance, aucun recours, si une méthode échoue ou aggrave ce qu'elle prétendait résoudre. Ce n'est pas une question de bonne ou de mauvaise volonté indivi- duelle, beaucoup de ces accom- pagnants sont sincères. C'est un garde-fou qui manque, à plusieurs niveaux. Et dès que les psycholo- gues auront ce statut, ce qui ne saurait tarder, eux aussi seront cadrés, comme le sont déjà les médecins. Mais le risque qui m'inquiète le plus, dans ma pratique, c'est le diagnostic manqué. Un trouble anxieux, un trouble du spectre autistique, un trouble de l'atten- tion, ça peut très bien ressembler, en surface, à un simple compor- tement difficile. Et sans un œil clinique pour le lire autrement, ce comportement va être interprété comme la conséquence d'une éducation «pas assez positive». Le parent, déjà culpabilisé, va alors redoubler d'efforts éducatifs, alors que l'enfant, lui, aurait eu besoin d'un vrai bilan. Et c'est exacte- ment ce tiers-là qui disparaît du parcours de ces familles : celui qui sait faire la différence entre ce qui relève de l'éducation, et ce qui relève du soin.

De Montessori à la parentalité positive, les pédagogies dites bienveillantes ont profondément renouvelé le regard porté sur l’enfant et son éducation. Mais à force d’être simplifiée et popularisée sur les réseaux sociaux, elles peuvent parfois être confondues avec une éducation sans contraintes ni interdits. Le psychiatre, psychanalyste et président de la Fédération nationale pour la santé mentale, Hachem Tyal, fait le tri entre ce que ces pédagogies ont de juste et ce que les réseaux sociaux en ont fait.

Propos recueillis par L. C.

Finances News Hebdo: Comment définiriez-vous «l'éducation positive» aujourd'hui, et diriez-vous que le terme a été récupéré ou déformé par rapport à ses fondements théoriques d'origine ? Hachem Tyal : L’éducaton posi- tive, à l'origine, c'est un courant qui prend au sérieux les émo- tions et les besoins de l'enfant, et qui cherche à l'accompagner plutôt qu'à le punir; un courant qui a nourri des pédagogies comme celle de Montessori, avec de vraies bases en psychologie du dévelop- pement. Sur les réseaux sociaux, en revanche, elle est souvent pré- sentée de façon très simplifiée : ne pas punir, ne pas crier, accueillir toutes les émotions, privilégier le dialogue tout le temps. Dans les versions les plus caricaturales, on finit par croire qu'il ne faudrait jamais frustrer l'enfant, jamais lui poser fermement une limite. Mais ça, ce n'est plus de l'éducation

positive, c'est de la permissivité. Dans ce qu'elle a de plus sérieux, cette pédagogie part d'une intui- tion juste : un enfant se construit mieux quand on reconnaît ses émotions et ses besoins que quand on se contente de réprimer ses comportements. Mais reconnaître ce que l'enfant vit, ça n'a jamais voulu dire s'effa- cer devant lui. Ni le priver de la loi qui le structure. À l'origine, la bienveillance ne s'oppose pas à la limite; elle en est même la condi- tion. Parce qu'une limite posée dans l'humiliation ou la violence, l'enfant ne la reçoit jamais comme une limite. Il la reçoit comme une blessure. Ce qui s'est passé ensuite, c'est que ces idées ont circulé énormé- ment sur les réseaux. Et là, il y a eu un effet de vulgarisation : on a gardé le mot, mais on a perdu ce qui, dans la théorie, le faisait tenir

debout. On continue de parler de «positif», on continue de promettre un enfant épanoui mais on a oublié une chose essentielle : un sujet se construit aussi par ce qui lui résiste. Le mot n'a donc pas été inventé, il a été vidé de l'intérieur. Et dans son usage le plus courant aujourd'hui, il est presque devenu une invitation à ne plus jamais dire non. Ce qui est exactement le contraire de ce que ses concep- teurs voulaient dire. F. N. H. : Au Maroc, on voit fleurir des écoles, formations parentales et coachs qui se réclament de Montessori ou de la parentalité posi- tive sans réelle certification. Quels sont, cliniquement, les risques de cette absence de cadre ? H. T. : L'absence de cadre profes- sionnel, ça m'inquiète à plusieurs

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