Finances News Hebdo 1245

TRIBUNE LIBRE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 10 SEPTEMBRE 2026

protégés ? Cette logique pourrait conduire à une véri- table culture nationale de l'évaluation poli- tique. Il faudrait sortir de la logique du résul- tat électoral comme principal indicateur de réussite. Une victoire électorale prouve qu'un parti a obtenu la confiance des électeurs. Elle ne prouve absolument pas qu'il a réussi à gou- verner. La gouvernance doit être évaluée par ses résultats. VI/ La vision royale et la nécessité d'une nouvelle culture de responsabilité Dans le contexte marocain, cette réflexion doit être articulée avec la vision royale. Le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l'assiste, a progressivement ins- tallé une conception du développement dans laquelle les dimensions humaine, sociale et territoriale occupent une place importante. Les discours royaux sur le développement humain, la réduction des disparités, la pro- tection sociale et la nécessité d'une adminis- tration efficace repose sur une idée centrale: le citoyen doit être au centre de l'action publique. Cette orientation donne aux res- ponsables gouvernementaux et politiques une responsabilité particulière, puisqu'ils ne peuvent pas simplement se présenter comme les auteurs des politiques publiques, ils doivent être les garants de leur exécution. Il ne devrait donc exister aucune contradic- tion entre la Vision Royale et une exigence démocratique accrue en matière d'évaluation des responsables politiques. Au contraire, plus la vision nationale est ambitieuse, plus son exécution doit être rigoureuse. La monarchie peut fixer une orientation stra- tégique. L'administration peut mettre en œuvre. Mais le gouvernement et les respon- sables politiques doivent assumer la respon- sabilité de la performance publique. Cela suppose une révolution silencieuse : passer d'une culture politique de la justification à une culture politique du résultat. Un responsable politique ne devrait plus être jugé principalement sur son éloquence, son ancienneté partisane ou sa capacité à occu- per durablement une fonction, il devrait être jugé sur ce qu'il a réellement changé. VII/ La pensée arabe : de la responsabi- lité du pouvoir à la dignité de l'homme Cette conception n'est d'ailleurs pas étran- gère à la pensée arabe et islamique. D'ailleurs, chez Ibn Khaldoun, le pouvoir politique est profondément lié à la cohésion sociale, et à la capacité des responsables politiques à maintenir l'ordre social et la pros- périté de la communauté.

La réflexion d'Al-Farabi sur la cité vertueuse repose également sur l'idée que la politique doit permettre aux êtres humains d'atteindre une forme de bien commun. Chez Mohammed Abed Al-Jabri, la réflexion sur la raison politique arabe invite à interro- ger les structures historiques et culturelles qui conditionnent le fonctionnement du pou- voir politique. Et chez Abdallah Laroui, l'analyse de la modernité politique arabe montre combien la construction de l'État moderne suppose une transformation profonde des rapports entre pouvoir politique, société et citoyen. Ces auteurs, malgré leurs différences consi- dérables, permettent de poser une question commune : comment construire une société dans laquelle l'État ne soit pas seulement puissant, mais également juste, rationnel, effi- cace et orienté vers le bien commun? Cette question demeure parfaitement actuelle. VIII/ De la protection de la vie à la protection des conditions de vie Défendre la vie ne signifie donc pas seule- ment empêcher la mort, c'est une conception beaucoup plus large. Défendre la vie, c'est permettre à l'enfant de naître dans des conditions dignes. C'est per- mettre à la mère de se soigner. C'est garantir à l'enfant une école publique de qualité. C'est donner au jeune une possibilité réelle d'insertion professionnelle. C'est protéger le travailleur contre les formes extrêmes de précarité. C'est permettre à une famille de se loger. C'est garantir aux personnes âgées une protection sociale. C'est assurer aux populations rurales un accès équitable aux services essentiels. C'est également proté- ger le citoyen contre la corruption, l'arbitraire et les inégalités excessives. La notion de dignité devient alors centrale, elle permet de réunir la liberté politique, la justice sociale et l'efficacité économique autour d'une même finalité : l'être humain. IX/ Quelle responsabilité pour les responsables politiques ? La question est désormais directe. Peut-on continuer à accepter que certains responsables politiques restent plusieurs années dans des fonctions importantes sans que leur rendement réel soit évalué de manière transparente ?

Peut-on considérer qu'un mandat électoral constitue à lui seul une justification suffisante ? Peut-on continuer à mesurer la réussite poli- tique par les discours, les conférences de presse, les inaugurations et les annonces ? Il est temps de poser une autre exigence : l'obligation de résultat. Cela ne signifie pas exiger l'impossible d'un gouvernement. Toute politique publique rencontre des contraintes : budget, conjoncture internatio- nale, sécheresse, crises géopolitiques, infla- tion mondiale, contraintes administratives ou territoriales. Mais ces contraintes ne peuvent pas devenir une excuse permanente. Il faut distinguer l'échec politique, qui peut être explicable, de l'absence durable de ren- dement, qui doit entraîner une remise en question. Un responsable politique peut échouer mal- gré une action sérieuse. Mais il ne devrait pas pouvoir rester durablement en responsabilité sans démontrer ni résultats ni amélioration. C'est ici que la démocratie doit progresser : du droit de choisir ses dirigeants au droit de les évaluer. X/ Pour une nouvelle doctrine marocaine de la responsabilité politique Le Maroc pourrait ainsi faire émerger une véri- table doctrine de la responsabilité publique articulée autour de six principes. */ Premier principe : la dignité humaine

Un responsable politique ne devrait pas pouvoir rester durablement en responsabilité sans démontrer ni résultats ni amélioration.

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