Finances News Hebdo 1245

TRIBUNE LIBRE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 10 SEPTEMBRE 2026

cacité de son exécution gouvernementale et territoriale. Une vision peut être ambitieuse. Une stratégie peut être pertinente. Un budget peut être considérable. Mais si l'exécution est lente, si les programmes sont mal coor- donnés, si les responsabilités sont diluées, si les administrations ne sont pas suffisamment évaluées et si les responsables politiques ne sont pas comptables des résultats, le citoyen finit par ne retenir qu'une chose : la distance entre les promesses et sa réalité quotidienne. C’est là que se situe l’un des principaux défis du Maroc contemporain. Il ne s’agit pas de nier les progrès réalisés. Il serait intellectuellement injuste de présenter le Maroc comme un pays immobile. Le Maroc a profondément changé. Mais précisément parce que le Maroc a changé, les exigences de ses citoyens ont également changé. Le citoyen d’aujourd’hui compare, observe, voyage, utilise les réseaux sociaux, accède à l’information internationale et mesure quo- tidiennement les différences entre territoires, institutions et niveaux de service. La légitimité politique ne peut donc plus reposer uniquement sur le discours, elle doit de plus en plus reposer sur la preuve par les résultats. III/ Le citoyen n’est pas seulement un électeur Une erreur fondamentale consiste à réduire le citoyen à son bulletin de vote. Le citoyen est d’abord un être humain. Il est père ou mère, enfant, travailleur, étudiant, retraité, entrepreneur, agriculteur, artiste, médecin, fonctionnaire, salarié ou deman- deur d’emploi. Il vit dans un quartier, un village ou une ville. Il se soigne. Il se nourrit. Il paie son logement. Il scolarise ses enfants. Il prend les transports. Il cherche du travail. Il vieillit. Il tombe malade. Il connaît parfois la précarité. La sociologie contemporaine, de Pierre Bourdieu à Robert Castel, a montré combien les mécanismes économiques et sociaux peuvent produire de la vulnérabilité et de l'exclusion, puisque la pauvreté ne signifie pas seulement avoir moins d'argent, elle peut signifier avoir moins de possibilités, moins de capital social, moins de perspectives et moins de capacité à maîtriser son propre avenir. C'est pourquoi la politique sociale ne peut être réduite à l'assistance, elle doit viser l'autonomisation de l'individu. Au Maroc, cela signifie notamment renforcer l'emploi, l'éducation, la santé, la formation professionnelle, l'accès au logement, la for- malisation du secteur informel, l’accompa- gnement des TPE et l’élargissement de la couverture sociale. La vraie question n'est donc pas simplement:

 Le citoyen qui ne vote pas n'est pas nécessairement un citoyen indifférent. Il peut être un citoyen déçu.

combien le gouvernement dépense-t-il ?, mais plutôt : combien de vies cette dépense publique améliore-t-elle réellement ?

politique doivent être analysées dans cette perspective. Le citoyen qui ne vote pas n'est pas nécessairement un citoyen indifférent. Il peut être un citoyen déçu. Il peut considérer que les alternances politiques n'ont pas suf- fisamment modifié son quotidien. Il peut avoir le sentiment que les partis se rapprochent de lui principalement à l'approche des élec- tions, puis s'éloignent une fois les suffrages obtenus. Cette perception, qu'elle soit toujours objec- tivement exacte ou non, constitue déjà une réalité politique. Et en politique, la perception de la réalité finit souvent par produire des conséquences réelles. V/ Le problème des partis : quand la conquête du pouvoir devient une finalité C'est ici que se trouve probablement l'une des principales faiblesses de la politique contemporaine. Un parti politique devrait être un instrument de médiation entre la société et l'État. Mais lorsque le parti devient principalement une machine électorale, il risque de transformer le citoyen en électeur temporaire. On vient lui parler avant le scrutin. On lui promet. On lui explique que demain sera meilleur. Puis commence la gestion du pou- voir. Et c'est précisément à ce moment que devrait commencer l'évaluation : • Quel est le rendement politique réel d'un gouvernement ? • Combien d'emplois supplémentaires ? • Combien de médecins supplémentaires ? • Combien d'écoles améliorées ? • Combien de familles sorties de la précarité ? • Combien de territoires mieux desservis ? • Combien de citoyens réellement mieux

IV/ La dimension psychologique : lorsque le citoyen ne croit plus à la politique

La politique possède également une dimen- sion psychologique souvent sous-estimée. Lorsqu'un citoyen rencontre durablement des difficultés pour trouver un emploi, se soigner ou assurer l'avenir de ses enfants, il ne ressent pas uniquement une difficulté économique, il peut ressentir de l'injustice. De l'humiliation. De l'abandon. De la colère. Et surtout, progressivement, une perte de confiance. Le sociologue britannique Zygmunt Bauman a longuement analysé les formes contempo- raines d’insécurité et de précarité. La vulné- rabilité économique devient également une vulnérabilité psychologique et sociale. Le danger politique est alors considérable. En effet, lorsque le citoyen cesse de croire que les politiciens peuvent améliorer sa situation, il cesse progressivement de consi- dérer la politique comme un instrument de transformation. Il peut se retirer de la vie publique. S'abstenir. Se désintéresser. Ou se tourner vers les discours les plus radicaux. La crise de confiance n'est donc pas un phénomène secondaire, elle constitue une menace directe pour la démocratie et pour la cohésion sociale. Au Maroc, l'abstention et la désaffection

La politique sociale ne peut être réduite à l'assistance, elle doit viser l'autonomisation de l'individu.

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