TRIBUNE LIBRE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 10 SEPTEMBRE 2026
Défendre les conditions de vie du citoyen De la conquête du pouvoir politique à la protection de la dignité humaine ntroduction : La question première : à quoi sert le pouvoir politique ?
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infrastructures inaugurées. Elle devrait aussi porter sur des questions beaucoup plus simples : • Le citoyen peut-il se soigner ? • Peut-il trouver un emploi digne ? • Peut-il nourrir correctement sa famille ? • Peut-il se loger ? • Son enfant peut-il recevoir une éducation de qualité ? • Une personne âgée peut-elle vivre digne- ment ? • Une famille rurale bénéficie-t-elle des mêmes opportunités fondamentales qu’une famille vivant dans une grande métropole ? C’est ici que la philosophie rejoint la politique publique. La grandeur d’un gouvernement issu des urnes ne se mesure pas uniquement à la puissance de ses politiques publiques, mais à la protection qu’il apporte à ceux qui disposent du moins de pouvoir. II/ Le Maroc : entre transformation de l’État et crise de la traduction politique Le Maroc a engagé depuis plusieurs années des réformes structurelles importantes. La Vision Royale a notamment placé le déve- loppement humain, la cohésion sociale, la réduction des disparités territoriales et la protection des catégories vulnérables parmi les priorités nationales. Le chantier de la généralisation de la pro- tection sociale constitue à cet égard une transformation majeure. La réforme de la santé, la volonté de renforcer l'État social, les programmes de développement territorial et les politiques destinées à améliorer l'accès aux services essentiels témoignent d'une évolution importante de la conception de l'action publique. La vision portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu le Glorifie, s’inscrit ainsi dans une conception où le développe- ment ne doit pas être uniquement écono- mique, mais également humain et social. C’est précisément ici que se pose une ques- tion fondamentale concernant les respon- sables politiques : sont-ils capables de trans- former les grandes orientations nationales en résultats tangibles pour les citoyens ? Car il existe une différence considérable entre l’orientation politique de l’État et l’effi-
Comment des responsables politiques peuvent-ils prétendre défendre les bonnes conditions de vie des citoyens s’ils ne placent pas la dignité humaine, la santé, l’alimen- tation, l’emploi, l’éducation et la protection sociale au cœur de leur action ? Cette interrogation paraît simple, elle touche pourtant au fondement même de la politique. Car avant d’être une compétition électo- rale, avant d’être une conquête de sièges, avant même d’être une confrontation entre programmes et partis, la politique devrait répondre à une question fondamentale : com- ment organiser la société afin que chaque être humain puisse vivre dans la dignité et l’espérance ? La question est particulièrement impor- tante au Maroc à l’approche d’une nou- velle séquence électorale. Depuis plusieurs années, le pays connaît des transformations profondes : développement des infrastruc- tures, généralisation progressive de la pro- tection sociale, réforme du système de santé, investissements publics considérables, transformation numérique et IA, développe- ment des territoires et affirmation croissante du Maroc sur la scène internationale. Mais, parallèlement, une partie importante de la population continue d’exprimer des préoc- cupations très concrètes : pouvoir d’achat, emploi, coût des soins, logement, qualité de l’école, précarité, disparités territoriales et sentiment d’éloignement entre citoyens et responsables politiques. Le problème n’est donc pas uniquement celui de la croissance ou de la dépense publique. Il est celui de la traduction de l’action publique dans la vie quotidienne. Un gouvernement peut afficher de bonnes performances macroéconomiques et laisser subsister, dans certaines catégories sociales, le sentiment que la vie devient plus difficile. De même, un gouvernement peut présenter de nombreuses réformes et être néanmoins jugé sévèrement par les citoyens si ces réformes ne produisent pas suffisamment d'effets visibles dans leur quotidien. La véritable question devient alors : com- ment passer d’une politique qui administre
Par Fouad Boujbir, chercheur en sciences du management et de l'économie, spécialiste des politiques publiques.
les citoyens à une politique qui protège réellement leurs conditions de vie ?
I/ La philosophie politique : le pouvoir n’est légitime que s’il sert la vie humaine Depuis l’Antiquité, la réflexion politique s’est interrogée sur la finalité du pouvoir. Chez Aristote, la cité n’existe pas seulement pour permettre aux hommes de survivre, elle doit leur permettre de vivre bien. La politique possède donc une dimension éthique : gou- verner consiste à organiser les conditions du bien commun. Cette conception a profondément évolué avec la modernité. John Locke a associé le pouvoir politique à la protection de la vie, de la liberté et des biens. Avec Jean- Jacques Rousseau, la légitimité politique repose davantage sur la volonté générale et sur la recherche du bien commun. Plus tard, John Rawls rappellera que la jus- tice d'une société se mesure notamment à la manière dont ses institutions organisent les libertés, les chances et la situation des plus défavorisés. Elle signifie que l’évaluation d’un gouverne- ment ne devrait pas être fondée uniquement sur le nombre de lois adoptées, les budgets consommés, les discours prononcés ou les
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