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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 10 SEPTEMBRE 2026
Elections législatives
La promesse, cette fraude parfaitement légale
A
investissements, des hôpitaux, des écoles, des routes, des logements, de la justice sociale, davantage de croissance et, tant qu’à faire, moins d’impôts. Le candidat peut promettre beaucoup. Enormément. Presque tout. Il lui suffit sim- plement d’éviter de promettre directement quelque chose à un électeur en échange de son bulletin. Là, évidemment, les ennuis commencent. La nuance est savoureuse : promettre 500 dirhams à un électeur pour obtenir sa voix peut conduire devant la justice. Promettre à des millions d’électeurs que leur pouvoir d’achat augmentera considérablement après les élections relève du débat démocratique. Toute la subtilité de la chose politique est là. Les autorités peuvent contrôler l’origine de l’argent d’une campagne, surveiller les affiches, les meetings, les réseaux sociaux et les bureaux de vote. Mais personne ne demandera au candidat, avant qu’il monte sur scène : «Excusez-nous, avez-vous les moyens budgétaires de financer ce que vous allez annoncer dans cinq minutes» ? Il n’existe pas encore de brigade spéciale chargée du contrôle des promesses élec- torales. Encore moins de tribunal devant lequel comparaîtrait, cinq ans plus tard, le responsable politique sommé de répondre à cette question embarrassante : «Vous aviez promis cela. Où en sommes-nous» ? Et heureusement, pourrait-on objecter. Gouverner suppose de composer avec les crises, les contraintes budgétaires, la
conjoncture internationale, les sécheresses, les guerres, les retournements économiques et toutes ces réalités que les programmes électoraux ont parfois la délicatesse de ne pas prévoir. Une promesse non tenue n’est donc pas nécessairement un mensonge. Mais lorsque les promesses deviennent sys- tématiquement déconnectées des moyens permettant de les réaliser, nous ne sommes plus tout à fait dans le même registre. Nous entrons dans cette zone grise où la politique devient une industrie de fabrication d’illu- sions et de rêves. C’est peut-être là que se trouve le véritable défi de l’intégrité électorale. Car la sincérité d'un scrutin ne dépend pas uniquement de ce qui se passe autour de l’urne. Elle dépend également de la qualité de l’information sur laquelle l’électeur construit son choix. Un bulletin obtenu contre de l’argent fausse évidemment l’élection. Mais une voix obte- nue grâce à une promesse manifestement irréaliste pose une autre question, plus dif- ficile : jusqu’où peut aller la surenchère électorale avant de devenir une forme de manipulation ? La réponse ne viendra probablement jamais du Code électoral. Elle doit venir d’ailleurs. Des médias, d’abord, qui devraient davan- tage confronter les programmes aux chiffres plutôt que de simplement relayer les slogans. Combien coûte cette mesure ? Comment sera-t-elle financée ? Dans quel délai ? Avec quelles ressources ? Et surtout : que reste- t-il des engagements pris lors de la précé- dente campagne ? Des partis politiques, ensuite, auxquels il appartient de comprendre qu’un programme électoral n’est pas un catalogue de bonnes intentions mais, théoriquement du moins, un contrat politique proposé aux citoyens. Des électeurs, enfin, qui disposent de la sanction la plus efficace de toutes. Le bulle- tin de vote. Car il existe finalement un moyen de contrô- ler les promesses électorales. Il ne nécessite ni commission centrale, ni procureur, ni poli- cier, ni intelligence artificielle… Il nécessite simplement de la mémoire. Comme le disait le philosophe, essayiste, poète et romancier hispano-américain George Santayana, «ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter». ◆
Par D. William
l’approche des élections législatives, le Maroc a sorti l’artillerie lourde pour protéger l’intégrité du scrutin. Administration mobili- sée, justice en état de vigilance, sanctions renforcées, surveillance de l’achat des voix, encadrement de l’utilisation des moyens publics, contrôle des réseaux sociaux, lutte contre les fausses informations et même contre les contenus fabriqués par intelli- gence artificielle. Cette fois, les mailles du filet se veulent particulièrement serrées. Très serrées. Mais pas suffisamment pour arrêter l’arme électorale la plus ancienne, la plus redou- table et probablement la plus résistante à toutes les réformes : la promesse politique. Car on peut surveiller les urnes. On peut suivre les dépenses. On peut traquer les cadeaux distribués aux électeurs, les bil- lets qui changent discrètement de poche, les véhicules administratifs qui auraient la mauvaise idée de participer à une cam- pagne électorale. On peut poursuivre celui qui achète une voix et celui qui accepte de la vendre. On peut même désormais traquer les deepfakes et les manipulations produites par l'intelligence artificielle. Mais que faire de celui qui promet la lune ? Rien. Et c’est bien là toute la beauté de la chose. Pendant une campagne électorale, promettre reste parfaitement légal. Mieux : c’est pratiquement recommandé. Il faut pro- mettre des emplois, du pouvoir d’achat, des
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