Tribune made in france contributif

ses services sur les territoires ruraux, sécurise les réseaux des collectivités, accompagne hôpitaux et administrations. Ce travail est réel, audité, en progression. Et le client qui achète un pneu ou règle sa facture ne voit rien. Pas parce que l'information n'existe pas — mais parce que le système n'est pas conçu pour la faire descendre jusqu'au rayon. La réponse politique nettoie les labels sans changer le modèle Yves Jégo a lancé Origine France Garantie en 2011 — certification garantissant que 50 % ou plus de la valeur ajoutée est produite en France. C'est une certification d'origine — elle répond à la question 'où ?' mais pas à 'quoi finance-t-on ?' ni 'à qui va la valeur ?' Son rapport remis au gouvernement en mai 2025 va plus loin : marquage d'origine obligatoire, harmonisation des 92 certifications, fin des allégations trompeuses. C'est nécessaire. Vous tenez un pot de yaourt. Sur l'étiquette : les calories, l'origine France, le Nutri-Score. Ce que vous ne voyez pas : si l'éleveur a été payé au-dessus de son coût de production. Si les prairies reconstituent la biodiversité ou l'appauvrissent. Si cette laiterie maintient 40 emplois en Savoie ou si le lait vient d'Allemagne. Vous tenez un jean. Sur l'étiquette : la composition, le pays d'assemblage. Ce que vous ne voyez pas : si les ouvrières de la filière ont été payées au salaire vital. Si la teinture a pollué une rivière. Si la laine vient d'un élevage régénératif en Lozère ou d'un feedlot australien. Cette information n'est pas absente parce qu'elle n'existe pas. Elle est absente parce que personne n'est obligé de l'afficher. Le règlement ESPR — Plan de Travail adopté en avril 2025 — structure notamment le Passeport Numérique Produit (DPP) obligatoire dès 2027 (Europa). Le DPP intègre composition, origine, réparabilité, durabilité, empreinte carbone, accessibles via QR code. C'est l'infrastructure réglementaire la plus complète jamais construite sur les produits. Elle mesure le cycle de vie. Elle ne mesure pas la rémunération des producteurs, la contribution à la biodiversité, l'emploi territorial. Les chiffres le disent sans ambiguïté. Sous PEF, le gigot de mouton élevé à l'herbe en France score 5 010 — contre 778 pour le poulet en batterie importé. Le PEF mesure des flux physiques par kilo produit : les rendements plus faibles des élevages extensifs font mécaniquement apparaître un bilan carbone plus élevé, indépendamment de leur contribution réelle à la biodiversité et aux sols. ADEME et INRAE le reconnaissent eux-mêmes (colloque Agribalyse 3.0, 2020) ; 14 organisations européennes dont Demeter, Fairtrade et Greenpeace l'ont écrit à la Commission en 2022 : le PEF 'favorise les méthodes les plus intensives' (Food Policy Coalition, mars 2022). La méthode officielle française va plus loin que le PEF : elle ajoute des compléments biodiversité reconnus même par l'OFB comme changeant 'radicalement le message en comparaison avec la méthodologie du PEF' (OFB / ADEME, avril 2025). Progrès réel. Mais elle affiche un 'coût en points' illisible — pas de note A→E. Elle ne couvre pas la rémunération des producteurs, la densité nutritionnelle, les conditions sociales. Et la consultation technique s'est terminée fin octobre 2025 : en avril 2026, la méthodologie officielle n'est toujours pas arrêtée. L'inertie a encore gagné. Ce que les Français veulent savoir au moment d'acheter, ce n'est pas l'empreinte carbone — elle arrive en quatrième position des motivations, à 29 %. C'est d'abord si c'est bon pour leur santé (57 % : qualité des produits consommés), ensuite si le producteur est bien rémunéré et si les emplois sont dans leur territoire (59 % : soutien aux producteurs locaux), enfin si ce produit contribue à la biodiversité (En Vérité × Appinio, 2023, 1 000 répondants représentatifs). Santé, social, biodiversité — dans cet ordre. 51 % des consommateurs considèrent l'impact biodiversité comme le critère le plus important dans l'affichage environnemental, devant le climat à 43 % (Verian × Green Impact Index, octobre 2025). Rien de tout ça n'est dans le DPP ni dans le PEF sous sa forme actuelle. En 60 ans, les 70 fruits et légumes les plus consommés ont perdu 48 % de fer et 27 % de vitamine C —

Made with FlippingBook - Online Brochure Maker