réglementaire qui reconnaisse cette trajectoire — et des certifications équivalentes pour les secteurs industriels qui n'en ont pas encore. Troisièmement : porter ces standards dans les négociations européennes en cours — révision du PEF, DPP, affichage alimentaire post- Green Claims. La bataille se joue à Bruxelles autant qu'à Paris. Le DPP arrive en 2027 : c'est le moment d'y intégrer la reconnaissance des certifications de pratiques contributives — avant que l'architecture soit figée. Pour le consommateur : l'affichage lui donne les moyens de financer ce qu'il veut financer. Pour l'industrie vertueuse : l'affichage rétablit une concurrence loyale. Pour les territoires : une usine dont la contribution est visible est une usine défendable. Le programme France 2030, les aides à la relocalisation, les labels Origine France Garantie — tout cela est réel et nécessaire. Mais aucun de ces dispositifs ne conditionne les aides à la visibilité de la contribution, ni ne donne au consommateur un outil pour choisir, au rayon, le produit qui ancre un emploi en Isère plutôt qu'en Ukraine. Sans affichage de la contribution réelle des produits, la réindustrialisation reste une politique de l'offre sans levier de demande. Dans un monde où les tensions commerciales mondiales, les surcapacités de production et l'instabilité géopolitique se cumulent, une usine dont le consommateur ne voit pas la contribution ne survivra pas au prochain choc. Cette bataille se joue rarement frontalement Le paquet Omnibus (Commission européenne, février 2025) — en cours d'adoption — réduit le périmètre CSRD — moins d'entreprises concernées, moins d'indicateurs, délais repoussés. Paradoxe : dans le même temps, 67 % des entreprises soumises à la CSRD y voient une opportunité de repenser leur résilience, pas une contrainte (Tennaxia, 2025). Le reporting progresse en interne — mais il reste dans les rapports annuels, pas au rayon. La Green Claims Directive devait être la couche de vérification qui rendrait cohérent l'ensemble du dispositif : CSRD, DPP, affichage produits — les allégations environnementales et sociales auraient été encadrées et opposables. Elle a été retirée en juin 2025 sous pression industrielle, sans être remplacée. Chaque brique reste désormais isolée : le reporting sans vérification au rayon, le DPP sans cadre d'opposabilité des allégations. Le Nutri-Score obligatoire européen a subi le même sort que Green Claims : 150 études scientifiques, 17 réunions de la Commission avec des opposants industriels, 2 avec la société civile. Enterré à Bruxelles. En France, le Sénat l'a rejeté en décembre 2025 à 212 voix contre 117. En avril 2026, la proposition de loi n° 2599 — déposée le 27 mars 2026, présentée le 8 avril à l'Assemblée nationale par Sandrine Runel et 50 députés issus de 8 groupes parlementaires — vise à rendre le Nutri-Score obligatoire sur les produits alimentaires et les supports publicitaires, avec une taxe de 2 % sur le CA des entreprises qui refuseraient d'afficher. Le gouvernement la soutient. 94 % des Français y sont favorables. Un compromis a été accepté : les produits AOP/AOC/IGP en sont exemptés — autrement dit, les labels d'origine qui répondent au 'où' échappent au score qui répond au 'quoi'. C'est exactement la tension entre les deux Made in France que décrit cette tribune. La demande politique et citoyenne est là. La question est de savoir si l'inertie gagnera encore. C'est une rente informationnelle. L'industriel qui externalise ses coûts — sur les sols, sur la santé, sur le territoire — a plus à perdre d'un affichage que celui qui les internalise. Sans obligation, le bénéfice du doute revient toujours au leader de marché. Les fédérations qui ont bloqué le Nutri-Score à Bruxelles (FoodDrinkEurope, via le lobbying des industries agroalimentaires européennes) et celles qui bloquent l'affichage alimentaire en France ne défendent pas des PME — elles défendent une rente : le droit de ne pas comparer. Ce mécanisme n'est pas propre à l'alimentaire. Il vaut pour le textile, l'électroménager, tous les secteurs où rendre visible la contribution réelle créerait un classement défavorable aux acteurs qui optimisent leurs coûts en externalisant. En France, la méthodologie officielle de l'affichage alimentaire multi-critères n'est toujours pas arrêtée en avril 2026. Planet Score compte 300 marques et 135 000 produits analysés — sans statut officiel, sans obligation, sans calendrier. Les industriels qui affichent peu sur leur
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