Finances News Hebdo 1247

ECONOMIE

14

FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2026

Elections législatives «Le Maroc doit passer d’une logique de croissance à une logique de développement inclusif»

consolidation progressive, sans compromettre l’investissement public qui reste indispensable à la croissance potentielle. Mais la question essentielle est de savoir comment atteindre ces objectifs : une réduction du déficit obtenue au prix d’un affaiblissement de l’investisse- ment ou des dépenses sociales serait économiquement et socialement problématique. Il faut plutôt agir sur la qualité de la dépense publique, l’élar- gissement de l’assiette fiscale, la lutte contre l’évasion et la fraude fiscales, ainsi que l’amé- lioration du rendement des poli- tiques publiques. La soutena- bilité budgétaire doit donc être conçue comme un équilibre entre discipline financière et justice sociale, car derrière les ratios de déficit et de dette, il y a des citoyens qui attendent des services publics plus efficaces et une amélioration concrète de leurs conditions de vie. F. N. H. : On prévoit éga- lement un taux de crois- sance de 4,1%. Dans quelle mesure ce chiffre serait-il atteint ? A. Gh. : Une croissance de 4,1% constitue une hypothèse qui peut être atteinte, mais elle reste conditionnée à plu- sieurs facteurs, notamment la dynamique des activités non agricoles, l’investissement, la demande intérieure, les expor- tations et surtout les conditions climatiques qui continuent d’avoir une influence impor- tante sur l’économie maro- caine. L’expérience récente montre également que la crois- sance peut être soutenue par les secteurs non agricoles, ce

Le prochain gouvernement héritera d’un cadre budgétaire largement tracé par son prédécesseur, mais devra rapidement y imprimer ses propres priorités. Pour Ali Ghanbouri, président du Centre de prospection économique et sociale, l’enjeu ira toutefois bien au-delà des équilibres macroéconomiques : le Maroc devra surtout transformer la croissance en emplois, en amélioration du pouvoir d’achat et en réduction des inégalités sociales et territoriales.

Propos recueillis par C. J.

Finances News Hebdo : Le projet de Loi de Finances 2027 a été préparé par un gouvernement et sera exé- cuté par un autre. Quelles sont les contraintes que cela peut générer pour l’exécutif ? Ali Ghanbouri : Le principal enjeu réside dans le décalage possible entre les orientations budgétaires arrêtées dans le PLF 2027 et les priorités poli- tiques du prochain gouverne- ment, puisque celui-ci héritera d’un cadre budgétaire qu’il n’aura pas entièrement conçu. Cela peut limiter sa capaci- té à traduire immédiatement son programme en politiques publiques, notamment durant les premiers mois du mandat. Toutefois, il ne faut pas consi- dérer ce cadre comme tota- lement figé; le gouvernement et le Parlement disposent de

marges pour réorienter cer- taines dépenses, ajuster les priorités et procéder à des arbitrages en fonction des nouvelles urgences. La véritable difficulté sera donc de concilier continuité de l’État et changement de prio- rités. Le prochain gouverne- ment devra préserver les équi- libres macroéconomiques tout en répondant à des attentes sociales fortes, notamment en matière d’emploi, de santé, d’éducation, de pou- voir d’achat et de protection sociale. L’enjeu sera d’éviter que la discipline budgétaire ne se traduise par une réduc- tion de l’ambition sociale, car la réussite d’une politique budgétaire doit également être appréciée à travers son impact sur les ménages, sur les jeunes et sur les territoires les plus fragiles.

F. N. H. : La note d’orien- tation pour le PLF 2027 fixe un déficit budgétaire à 3% et un endettement limité à 66% du PIB. Ces hypothèses sont-elles réalisables ? A. Gh. : L’objectif d’un défi- cit budgétaire autour de 3% peut être considéré comme atteignable, mais il dépend for- tement de la réalisation des hypothèses de croissance, de l’évolution des recettes fiscales, de la maîtrise des dépenses et du coût du service de la dette. Il dépend également de facteurs que le gouverne- ment ne maîtrise pas totale- ment, notamment les prix de l’énergie, la conjoncture inter- nationale et les conditions de financement sur les marchés. Concernant l’endettement, le maintien autour de 66% du PIB suppose une trajectoire de

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker