Finances News Hebdo 1247

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2026

qui constitue un élément posi- tif pour la diversification de l’économie. Mais il faut rester prudent, car un choc externe, une hausse des prix énergé- tiques ou un ralentissement de la demande internationale peuvent modifier sensiblement les perspectives. Au-delà du chiffre de 4,1%, la question fondamentale est celle de la qualité de cette croissance. Une croissance élevée n’a de véritable portée économique et sociale que si elle génère suffisamment d’emplois, amé- liore les revenus et contribue à réduire les inégalités. Le Maroc doit donc chercher à transfor- mer la croissance en opportu- nités économiques concrètes pour les ménages, notamment pour les jeunes, dont l’insertion professionnelle reste un défi majeur. Le véritable indicateur de réussite sera ainsi la capa- cité à faire correspondre crois- sance, emploi, pouvoir d’achat et cohésion sociale. F. N. H. : La dépendance à l’agriculture commence- t-elle à s’orienter vers un trend baissier au profit d’autres secteurs ? A. Gh. : Il existe effectivement une tendance à une diversifica- tion progressive de l’économie marocaine, avec une contri- bution croissante de l’indus- trie, des services, du BTP, du tourisme, des activités numé- riques et des énergies renou- velables. Cela ne signifie tou- tefois pas que la dépendance à l’agriculture ait disparu. Le secteur agricole conserve un poids important dans l’emploi, dans les revenus ruraux et dans l’équilibre des territoires, et les fluctuations de la production agricole continuent d’avoir un impact sur la croissance, la demande intérieure et certaines variables sociales. L’enjeu n’est donc pas de remplacer l’agriculture, mais de réduire la vulnérabilité de l’économie aux aléas agricoles. Cela passe par l’accélération de l’industrialisation, le déve- loppement des services à forte

 Le gouvernement devra mobiliser assez de ressources budgétaires pour répondre aux défis à caractère social.

valeur ajoutée, la transforma- tion numérique, la montée en gamme des chaînes de pro- duction et la promotion d’un investissement davantage créateur d’emplois. Les don- nées récentes sur l’emploi montrent d’ailleurs une pro- gression du rôle des services, de la construction et de l’indus- trie dans la création d’emplois, ce qui peut contribuer progres- sivement à rendre la croissance moins dépendante du cycle agricole. F. N. H. : Quelles sont les priorités que le prochain gouvernement doit abor- der durant son mandat ? A. Gh. : La première priorité devrait être l’emploi, particu- lièrement celui des jeunes, car aucune politique de développe- ment ne peut être durable si une partie importante de la popula- tion active reste éloignée du marché du travail. Il faut paral- lèlement renforcer les secteurs sociaux fondamentaux, notam- ment l’éducation, la santé, la protection sociale et le loge- ment, tout en accordant une attention particulière aux petites et moyennes entreprises, aux travailleurs indépendants et aux territoires qui bénéficient moins de la dynamique économique nationale. L’objectif devrait être de construire une économie productive, inclusive et davan-

tage créatrice de valeur. La deuxième priorité concerne la réduction des inégalités sociales et territoriales. Le Maroc doit désormais fran- chir une étape supplémen- taire, passer d’une logique de croissance et de redistribution à une logique de développe- ment véritablement inclusif. Cela implique de mieux cibler les politiques publiques, d’amé- liorer l’efficacité des services publics et de garantir un accès équitable aux opportunités éco- nomiques. La protection sociale ne doit pas seulement être per- çue comme un mécanisme de compensation, elle doit éga- lement accompagner la mobi- lité sociale, prévenir la précarité et permettre aux ménages de construire des trajectoires éco- nomiques plus stables. F. N. H. : Et aura-t-il assez de marge de manœuvre sur le plan budgétaire pour exécuter son pro- gramme ? A. Gh. : La marge de manœuvre budgétaire existe, mais elle ne sera certainement pas illi- mitée. Le prochain gouverne- ment devra composer avec

les engagements déjà pris, la dynamique de la dette, les dépenses sociales, les besoins d’investissement et la néces- sité de maintenir la confiance des investisseurs et des parte- naires financiers. Sa capacité à financer de nouvelles politiques dépendra donc largement de la croissance des recettes, de l’efficacité du système fiscal et de la capacité à réorienter cer- taines dépenses vers les prio- rités du nouveau programme gouvernemental. Il faudra surtout éviter de consi- dérer la consolidation budgé- taire comme une fin en soi. Le véritable objectif doit être de construire une trajectoire finan- cière qui permette à la fois de préserver les équilibres macro- économiques et de répondre aux besoins sociaux. Cela sup- pose une meilleure mobilisation des recettes, un élargissement de l’assiette fiscale, une lutte plus efficace contre l’informel et la fraude, mais aussi une évaluation régulière de l’effica- cité de la dépense publique. Le prochain gouvernement devra finalement arbitrer entre plu- sieurs urgences, mais son prin- cipal défi sera de faire en sorte que chaque Dirham de dépense publique produise un maximum d’impact économique et social, notamment en matière d’em- ploi, de services publics et de réduction des inégalités. ◆

Le prochain gouvernement devra préserver les équilibres macroéconomiques tout en répondant à des attentes sociales fortes.

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