Finances News Hebdo 1247

POLITIQUE

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2026

Maroc-Israël Le grand saut diplomatique

pas au pouvoir, même si le jeu des coalitions à la Knesset peut réserver des surprises. Le pari, côté marocain, c'est qu'une nou- velle majorité se mette en place. Côté marocain, il faudra nom- mer un profil qui convienne à la fois aux Israéliens et qui permette d'établir une nouvelle forme de partenariat, avec un ensemble d'enjeux : Gaza, le plan de paix, le rôle du Maroc comme parte- naire historique des Palestiniens et président du Comité Al-Qods à travers Sa Majesté le Roi. Le Maroc a un rôle très particulier à jouer dans une région où le lea- dership égyptien, comme le rôle historique du royaume jordanien, ont été ébranlés par l’escalade des tensions régionales, et où la monarchie saoudienne fait face à une situation régionale complexe avec l'Iran et les Houthis. De par son histoire, sa géographie et sa relation très spéciale avec Israël, le Maroc occupe une position particulière - et Israël en est d’ail- leurs conscient, notamment pour rétablir des relations plus apai- sées avec l'Union européenne et mettre en place des projets com- muns. F. N. H. : Quels secteurs sont les plus susceptibles d'atti- rer les capitaux israéliens une fois le cadre juridique posé ? M. B. E. Y. : Plusieurs secteurs : la tech, l'énergie, l’industrie de la défense et surtout l'agroalimen- taire. Tout dépendra aussi de la manière dont le cadre juridique sera posé et des garanties offertes aux investisseurs israéliens, ainsi que des conséquences des élec- tions sur le monde économique israélien. Depuis le 7 octobre 2023 et la politique menée par Netanyahou, nous avons assis- té à une fuite en avant : beau- coup d'Israéliens de gauche ou de centre-gauche, des profils très qualifiés du monde de la tech, ont quitté le pays. Certains se sont installés à Dubaï, d'autres ailleurs. Si une coalition d'extrême droite se reconstitue, avec ou sans Netanyahou, il n'est pas exclu que certains d'entre eux choisissent le Maroc.

Six ans après la signature de l'accord tripartite de décembre 2020, la relation entre Rabat et Tel-Aviv franchit une nouvelle étape : le 16 septembre 2026, les deux pays se sont engagés à élever leurs bureaux de liaison au rang d'ambassades. Entre opportunités économiques, calcul stratégique et attachement indéfectible à la cause palestinienne, cette normalisation entre dans une phase à la fois plus institutionnelle et plus scrutée. Entretien avec Mohamed Badine El Yattioui, professeur de géopolitique au Collège royal des Emirats arabes unis.

Propos recueillis par L. Ch.

France, le Royaume-Uni et bien d'autres pays se caler sur cette reconnaissance du plan d'autono- mie marocain comme seule solu- tion viable et réaliste. On verra aussi ce qui se passe fin octobre au Conseil de sécurité. Pour en revenir aux relations maroco-israéliennes : une rela- tion s'est construite et développée petit à petit, sur le plan écono- mique comme sécuritaire, et l'on arrive aujourd'hui à une forme d'aboutissement avec la nomina- tion d'ambassadeurs. Pourquoi pas il y a un an ? Tout simplement parce que nous étions dans un contexte post-7 octobre 2023, où il y avait, côté israélien mais surtout côté marocain, une volonté de ne pas afficher immédiatement cet échange d'ambassadeurs. F. N. H. : L'annonce est venue en premier lieu de la diplo- matie israélienne; le Maroc, de son coté, n’a fait aucune déclaration. Comment expli- quer cette asymétrie de communication ? M. B. E. Y. : Israël avait besoin

de démontrer qu'un pays arabe souhaitait aller plus loin diplomati- quement. Il ne faut pas oublier que l’Etat hébreu est isolé sur le plan diplomatique depuis plusieurs mois : il y a eu une série de pro- cédures devant la Cour interna- tionale de justice et devant la CPI contre les dirigeants israéliens, et de nombreux pays, au-delà du monde arabe, ont mis Israël au ban de la communauté interna- tionale. Le Maroc, de son côté, n'avait aucun intérêt à accélérer cet échange d'ambassadeurs au préalable, d’où sa discrétion sur la question. F. N. H. : Quel profil atten- dez-vous pour le futur ambassadeur marocain, et qu'est-ce que ce choix dira de la manière dont Rabat veut gérer ce dossier ? M. B. E. Y. : Nous entrons dans une phase très certainement iné- dite, avec des élections en Israël fin octobre, et probablement un nouveau gouvernement israé- lien. Il y a de fortes chances que Benjamin Netanyahou ne reste

Finances News Hebdo : Depuis l'accord tripartite de décembre 2020, la relation maroco-israélienne a connu plusieurs étapes : recon- naissance américaine, puis israélienne, de la marocani- té du Sahara, et aujourd'hui l'annonce de la nomination d'ambassadeurs. Comment analysez-vous cette évolu- tion et pourquoi cette étape intervient-elle maintenant plutôt qu'il y a un an ? Mohamed Badine El Yattioui: Il y a eu une évolution claire du contexte géopolitique depuis décembre 2020. À l'époque, la contrepartie de la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara était le rétablissement de liens avec Israël qui avaient existé plusieurs décennies auparavant. Puis est venue, quelques années plus tard, la reconnaissance israé- lienne elle-même. Aujourd'hui, nous sommes dans une nouvelle étape. Il y a eu une résolution historique au Conseil de sécurité l'année dernière, et l'on a vu les États-Unis, l'Espagne, la

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