POLITIQUE
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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2026
F. N. H. : Le 21 septembre, Gideon Saar, chef de la diplomatie israélienne, a pro- posé à la commissaire euro- péenne à la Méditerranée de «promouvoir des projets communs entre Israël, le Maroc et l'UE». Comment lisez-vous cette tentative israélienne de s'associer au partenariat entre Rabat et Bruxelles ? M. B. E. Y. : On observe, chez les Israéliens, une volonté claire de passer par des tiers, l'UE ou les États-Unis, pour consolider leur relation avec le Maroc plu- tôt que de la construire sur une base strictement bilatérale. Cette stratégie leur profite largement : elle leur permet à la fois de se rapprocher du Maroc et, à travers lui, de renouer un dialogue plus apaisé avec l'Union européenne. Si le Maroc accepte de dévelop- per systématiquement une relation tripartite plutôt que bilatérale, il faut qu'il ait des objectifs clairs et des desiderata posés sur la table, avec la nécessité de protéger ses intérêts nationaux. C'est ce qui doit primer, tant sur le plan sécu- ritaire qu'économique, dans un monde de plus en plus troublé : les relations avec l'Espagne se com- pliquent et le seraient davantage en cas de changement de gouver- nement, la situation au Sahel se dégrade chaque jour, et les évé- nements internationaux affectent la stabilité économique mondiale. Le Maroc doit donc développer sa relation avec Israël en fonc- tion de son intérêt national et de ses priorités de développement. C'est là que les choses se com- pliquent : en arrimant cette relation à l'Union européenne, on introduit un troisième acteur, important et puissant, avec le risque de voir les intérêts marocains dilués dans cet ensemble. Il faut donc des priorités claires pour les dix ou vingt pro- chaines années, et savoir utiliser ces négociations comme un levier de développement économique, environnemental, ou encore sur les questions d'éducation ou de santé, domaines où les Israéliens disposent d'un savoir-faire techno- logique reconnu. Mais toute la question est de savoir
Le 16 septembre 2026, à New York, Rabat et Tel-Aviv ont annoncé leur intention «d'élever leurs missions diplomatiques au rang d'ambassades».
comment doser cela pour que la partie de la société marocaine fer- mement opposée à ce rapproche- ment ne bascule pas dans un rejet total. Il y a des équilibres sociaux et sociétaux à trouver, et c'est toute la complexité de l'exercice. D'autres pays, comme l'Égypte, la Jordanie, les Émirats, Bahreïn, ont des relations avec Israël depuis bien plus longtemps. Mais le Maroc reste dans une situation particu- lière, du fait de son histoire et de sa géographie : un pays situé à l'extrême ouest du monde musul- man, mais qui, via la présidence du Comité Al-Qods, entend jouer un rôle de puissance médiatrice. Non pas à travers de grands discours sur la question palestinienne, mais en faisant avancer concrètement des projets bénéfiques à la fois pour les intérêts nationaux maro- cains et pour la cause palesti- nienne, notamment via les projets de reconstruction à Gaza. F. N. H. : Justement, le Maroc, pourrait-il reven- diquer un rôle dans cette phase de reconstruction ou de gouvernance transitoire de Gaza ? Cela renforcerait- il sa légitimité à approfondir en parallèle ses liens avec Israël ? M. B. E. Y. : De par son rôle his- torique, le Maroc cherchera tou- jours à jouer un rôle de médiateur. Mais s'agissant de la reconstruc- tion, il faut être clair : c'est le
plan de Trump, tout comme la volonté israélienne, avec ou sans Netanyahou, qui détermineront quels pays de la région MENA au sens large seront amenés à y par- ticiper. Ce sont eux qui décideront. Cela dit, pour le Maroc, ce serait une forme de prestige diploma- tique que de pouvoir jouer un rôle effectif dans la reconstruction de Gaza ou dans la fourniture de diffé- rents types d'aide. Cela permettrait aussi à la diplomatie marocaine, et au pouvoir marocain au sens large, de justifier l'approfondisse- ment des relations avec Israël, en démontrant que celui-ci bénéfi- cie concrètement à la population palestinienne. F. N. H. : Comment analysez- vous le décalage entre l'atta- chement populaire marocain à la cause palestinienne et cette accélération institution- nelle de la normalisation ? M. B. E. Y. : Quelle que soit l'accélération de la normalisation, l'attachement populaire marocain à la cause palestinienne restera fermement ancré et ne baissera pas. Quel que soit le niveau de coopération entre le Maroc et Israël, cet attachement demeurera un élément majeur, transversal et transpartisan. On l'a vu jusque sur
le plan électoral : le PJD, pour- tant signataire à l'époque de la déclaration tripartite sous la hou- lette de Saad Eddine El Othmani, a critiqué de façon indirecte la décision marocaine d'échanger des ambassadeurs. Cela montre bien que même les partis qui ont accompagné cette normalisation doivent aujourd'hui manœuvrer avec beaucoup de prudence, tant la cause palestinienne reste au centre des préoccupations de la société marocaine. Le Maroc navigue donc entre deux logiques qui ne s'opposent pas frontalement, mais qu'il faut savoir concilier : une volonté stratégique de se rapprocher d'Israël, tout en approfondissant la relation avec les États-Unis de Trump, notamment sur le dossier du Sahara et sur un ensemble de questions régionales. Les adversaires désignés sont lar- gement les mêmes des deux côtés : l'Iran, le Hezbollah, les Houthis. Il y a là un alignement stratégique réel, qui dépasse les seules questions diplomatiques pour toucher aussi le sécuritaire et l'économique. Mais en parallèle, il faut ménager une partie de la société marocaine qui reste profondément attachée à la cause palestinienne, et continuer à montrer, via le Comité Al-Qods notamment, ou via son rôle dans les discussions sur la gouvernance de Gaza, que la diplomatie marocaine place cette question au premier rang de ses priorités, aux côtés de la question nationale du Sahara. ◆
Le Maroc doit développer sa relation avec Israël en fonction de son intérêt national et de ses priorités de développement.
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