NOUS SOMMES VIVANTS — Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d'entreprise
7.1. Constat : l'économie est l'angle mort structurant Ce constat est remonté directement du Regenerative Circle Écosystème — les sessions que Nous Sommes Vivants organise avec les acteurs de l'écosystème régénératif français (décembre 2025, janvier 2026). Le signal est net : l'économie est passée de « frein parmi d'autres » à angle mort structurant . Non pas parce que personne ne perçoit son importance, mais parce que personne n'assume l'expertise. Le paradoxe est documenté. Les entreprises engagées dans une visée régénérative performent économiquement : Patagonia affiche +6% de croissance annuelle sur 10 ans avec 550+ fermes ROC ; Expanscience connaît une croissance de son chiffre d'affaires avec 3 800 agriculteurs accompagnés et 30 M€ investis dans la décarbonation ; Dr. Bronner's cultive 2 240 ha en bio régénératif. Les Lauriers documentent 55 produits issus de pratiques régénératives économiquement viables (30 en 2024, 25 en 2025). Mais aucune de ces entreprises n'a formalisé le lien entre ses pratiques régénératives et sa surperformance financière. Le marché voit la performance sans voir la cause. Les financiers ne savent pas intégrer ces critères ESG dans un profil risk/return. Personne ne remonte le fil de la prospérité du territoire dont le produit est issu. Sur le terrain, l'urgence est concrète : beaucoup de fermes engagées dans des pratiques positives font marche arrière — faute de valorisation. Un état des lieux des filières bio-régénératives en France (février 2026) documente cette situation paradoxale dans l'agriculture, l'alimentation, les cosmétiques, le textile, les alcools et le bois. Des éleveurs bio en ovin ne peuvent pas valoriser leur agneau bio mieux qu'en Label Rouge — ils ont financièrement intérêt à acheter des compléments alimentaires non-bio à l'extérieur, ce qui déporte la pollution ailleurs. Les crédits carbone commencent à se vendre mais restent marginaux, les crédits de biodiversité sont en phase de test. L'absence de preuves économiques laisse le champ libre aux sceptiques et prive les pionniers des mécanismes de valorisation dont ils ont besoin pour tenir. Le rapport de la Délégation sénatoriale à la prospective ( L'évolution des valeurs dans le champ économique à l'horizon 2050 , octobre 2025, rapporteurs Dumoulin, Paoli-Gagin, Sautarel) confirme l'enjeu à l'échelle institutionnelle. Il documente un risque d'« insolvabilité planétaire » : le PIB mondial pourrait perdre 50 % de sa valeur entre 2070 et 2090 en raison des chocs climatiques en cascade, et plus de 40 % des titres détenus par les institutions financières françaises dépendent d'au moins un service écosystémique — que la comptabilité traditionnelle ne voit pas. Son scénario 4 — « communautés locales résilientes » — est le seul qui opère un changement de paradigme complet : une économie ancrée dans les territoires où la prospérité se mesure à la santé du vivant, pas à la croissance du PIB. Mais ce scénario reste « exploratoire » parce que personne n'a documenté le lien pratiques régénératives → performance financière, et parce que son axe économique se limite aux structures de l'ESS — les entreprises de marché n'y figurent pas. C'est exactement le chaînon que ce groupe de travail vise à construire. La section 7.3 détaille les quatre scénarios et les basculements de valeurs que le rapport documente. Entreprise Performance économique Performance extra-financière Lien établi ? Patagonia +6 % CA sur 10 ans 550+ fermes ROC. Bilan carbone +2 % seulement Non. Le marché voit la performance, pas la cause Expanscience CA en croissance, 30 M€ investis décarbonation Non. Le lien filières ROC → performance non formalisé
B Corp, société à mission, ROC & Fair for Life. 3 800 agriculteurs. 99 % du CA dépend de la biodiversité CSRD déployée, 2 % de produits services Prix producteur 540 €/1 000 l vs 480 € conventionnel. Contrats tripartites 2 240 ha bio régénératif, 954 agriculteurs, ROC + Fair Trade Agriculture régénérative française, filières directes
Michelin
-4 % chiffres d'affaires FY 2025
Non. La CSRD ne l'empêche pas de chuter Partiellement. La preuve formalisée manque
CQLP / LSDH
410 fermes, 90 M litres, +50 exploitations reprises à Lactalis
Dr. Bronner's
Leader mondial du savon bio
Non documenté en triple capital
Omie & Cie
Centaines de produits, distribution en ligne et magasins
Non. Le discours existe, pas la preuve
Le constat est brutal : personne ne regarde si un produit éco-conçu au point d'être régénératif génère plus de cashflow ou plus de marge. L'évaluation financière reste classique. Les financiers ne savent pas intégrer les critères ESG dans leur profil risk/return. Et personne ne remonte le fil jusqu'à la prospérité du territoire dont le produit est issu. 7.2. L'économie régénérative est du multicapitaux territorial Avant de documenter la preuve manquante, il faut poser ce qu'est un modèle économique régénératif — et ce que ça n'est pas. La conviction fondatrice : l'économie régénérative, c'est du multicapitaux pour une prospérité partagée dans les territoires. Un modèle où les trois capitaux — financier, environnemental, sociétal — sont structurellement liés, et où la croissance des ventes est corrélée à la croissance des impacts contributifs. Triple capital = triple actif. Le capital environnemental, le capital social et le capital financier sont tous trois dans la colonne de gauche du bilan comptable — ce sont des actifs. Dans une ferme, ça a du sens immédiatement : les pratiques bio-régénératives augmentent la nappe phréatique de 10 %, le sol est plus fertile — quand on le vend, on ne le vend pas au même prix que le sol du voisin. La qualité relationnelle entre les parties prenantes crée de la valeur mutuellement bénéfique — c'est l'indice de qualité relationnelle (IQR) qui mesure cette dynamique dans la méthodologie Economics of Mutuality (section 7.6). Ce n'est ni de l'ESS avec de l'environnemental surajouté. Ni de la RSE comptabilisée autrement. C'est un modèle où l'activité économique contribue, par son activité économique , au territoire. La robustesse des activités (résilience à la polycrise) est un prérequis — mais ce n'est pas de la régénération. La régénération, c'est quand l'activité économique elle-même renforce le territoire. Beth
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