NOUS SOMMES VIVANTS — Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d'entreprise
Sanders ( Regenerative City Circles , 2021) formalise cette vision en cercles concentriques : habitat physique → habitat social → vie économique. Cette approche converge avec les cadres internationaux qui fondent le livre blanc : Regenesis (section 3) pose la primauté du lieu et la co-évolution ; Konietzko, Das & Bocken (2023, section 2) montrent que les business models régénératifs créent de la valeur à multiples niveaux de parties prenantes incluant la nature via une comptabilité multicapitaux ; Haldane et Clay (RSA, 2023) élargissent le sens de « capital » au capital humain, social et naturel comme ingrédients essentiels de la prospérité ; la Regenerative Organic Alliance (ROC) articule santé des sols, bien-être humain et équité économique dans un référentiel certifiable. Le Capacity Score traduit cette convergence en instrument de diagnostic (section 5). 7.3. Quatre futurs pour la valeur « économie » : le diagnostic du Sénat Le rapport de la Délégation sénatoriale à la prospective ( L'évolution des valeurs dans le champ économique à l'horizon 2050 , octobre 2025) documente les limites du PIB comme indicateur de prospérité et propose quatre scénarios qui explorent des voies plaçant la résilience et la santé du vivant au centre de la valeur économique. Stéphane Sautarel, rapporteur, pose le cadre lors de l'examen : « Alors qu'il n'était au départ qu'un indicateur, le PIB est devenu un objectif. Or nous avons besoin de boussoles qui ne soient pas des objectifs. » C'est précisément ce que le Capacity Score opérationnalise — des indicateurs de capacité du vivant, pas de stocks. Scénario Logique de valeur Indicateur de prospérité Niveau Capacity Score
1. Croissance à marche forcée par l'hyper-innovation et la domination algorithmique
PIB dominant — la croissance est la fin et le moyen. Compétition pour les ressources, extraction accélérée par la technologie PIB ajusté — maintenir la croissance en réduisant les impacts. Transition pilotée par la régulation et l'investissement bas-carbone PIB déclassé — réduction volontaire, découplage consommation / bien-être. Rester dans les limites planétaires, réparer les écosystèmes dégradés PIB abandonné — reconstruire la valeur autour de la santé du vivant et de la solidarité intergénérationnelle. Économie biocentrée, ESS, communs
PIB, parts de marché, puissance algorithmique
N1
2. Croissance décarbonée et contrôlée
PIB vert, scores ESG, bilan carbone, ISSB
N2
3. Sobriété choisie
Limites planétaires, CARE, indices de bien-être
N2→N3
4. Communautés locales résilientes*
N3
Santé des sols, biodiversité, disponibilité en eau, capacité de régénération, bien-être des communautés
* Malgré le PIB abandonné et l'économie biocentrée, le scénario 4 reste N3 : ses indicateurs mesurent des stocks à préserver, pas des capacités à développer. Son économie régénérative est cantonnée aux structures ESS — la chercheuse Nadine Richez-Battesti (Labo de l'ESS), auditionnée par la délégation, confirme que l'ESS est le référentiel implicite. Le N4 — entreprises de marché dont la viabilité est structurellement liée à la contribution aux êtres vivants de leur territoire — est le chaînon manquant que ce livre blanc documente. Vanina Paoli-Gagin : « Des éléments que l'on considère à haute valeur ajoutée sont en réalité à haute destruction ajoutée. » Emmanuel Faber, président de l'ISSB, auditionné : « Passer d'une économie extractive et prédatrice du vivant à une économie régénératrice — non pas par vertu, mais par réalisme et par opportunité. » Fischer, Farny, Pacheco-Romero & Folke (Ambio, 2025) confirment que la régénération est une logique distincte de la durabilité (S2) et de la résilience (S3-S4). Le scénario 4 pose les bonnes finalités mais ses mécanismes restent N3. Ce que ce livre blanc formalise : le chemin pour passer du scénario 4 tel que le Sénat le décrit au N4 opérationnel en entreprise de marché — et les outils pour diagnostiquer où chaque organisation en est. Le rapport documente cinq basculements de valeurs qui distinguent le scénario 4 des trois premiers : Dimension Scénarios 1-2 Logique d'extraction et de réduction Scénario 4 (régénératif) Logique de relations mutuellement bénéfiques Ce qui a de la valeur Les flux monétaires (revenus, marge, CA)
La capacité des êtres vivants à évoluer — fertilité du sol, qualité de l'eau, vitalité des communautés humaines, confiance dans la filière Le territoire — l'écosystème habité dont l'entreprise est un être vivant constitutif Vitalité des relations entre êtres vivants — santé des sols, des écosystèmes, des communautés humaines et non humaines Rendre visibles les capacités des êtres vivants — capitaux naturel et humain — et les relations qui les renforcent Tisser des relations mutuellement bénéfiques avec les êtres vivants de son territoire — de sorte que chacun renforce la capacité des autres à évoluer
L'échelle pertinente
L'entreprise, la filière, le marché mondial
L'indicateur de prospérité
PIB, croissance
Le rôle de la comptabilité
Mesurer la production de richesses marchandes
Le rôle de l'entreprise
Maximiser le profit pour les actionnaires
La limite du scénario 4 : le rapport pense le triple impact mais son axe économique reste réduit aux seules structures de l'ESS (coopératives, associations, mutuelles). Les entreprises conventionnelles qui adoptent des pratiques régénératives n'y figurent pas. C'est précisément le chaînon que Nous Sommes Vivants vise à documenter : comment des entreprises de marché — pas seulement des coopératives — peuvent intégrer le triple impact dans leur modèle d'affaires et en démontrer la rentabilité.
55
Made with FlippingBook - Online Brochure Maker