La régénération du vivant pour les décisions d’entreprise

NOUS SOMMES VIVANTS — Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d'entreprise

Le cas C'est qui le patron ?! / LSDH (La Laiterie de Saint-Denis-de-l'Hôtel) illustre la boucle sur le capital agricole et territorial. 410 fermes collectées, 90 millions de litres sous cahier des charges équitable, prix producteur certifié 540 €/1 000 litres contre 480 € en conventionnel (+12,5 %), contrats tripartites, alimentation sans OGM, pâturage minimum 120 jours. La laiterie a repris 50 exploitations Lactalis en 2024 — preuve que le modèle attire. Ici la boucle est lisible : des pratiques exigeantes (pâturage, sans OGM) produisent un lait différencié → le consommateur paye le premium de transparence → le prix producteur sécurisé stabilise les exploitations → la filière se renforce et attire de nouveaux entrants. Mais là encore, le lien pratiques → surperformance financière de la laiterie n'est pas formalisé — la preuve reste narrative, pas comptable. Condition : la boucle ne fonctionne que si la finalité reste la capacité du vivant, pas la marge. Le business model régénératif n'est pas un hack de croissance déguisé en écologie — c'est une architecture économique où la prospérité découle de la vitalité. 7.8. Ce qui reste à construire : le profil cashflow Le nouveau groupe de travail « Économie régénérative à triple impacts localisés » propose de combler cette lacune. La preuve à construire : un profil cashflow lié aux pratiques régénératives . Trois questions : (1) Coût de transition amorti en combien de temps ? (2) Différentiel de marge positif ? (3) Valeur des externalités positives rendue visible au bilan ? La difficulté est que deux logiques coexistent sans se rejoindre. La surperformance : l'agriculture régénérative produit des produits qui se vendent mieux — qualité, différenciation, premium. Laines Paysannes vend sa laine ×20 le prix conventionnel ; les fromages AOP Roquefort bio captent une survaleur gustative liée aux plantes broutées en plein air. Le dérisquage : les races rustiques ne tombent pas malades, les filières solidaires résistent aux chocs, les exploitations diversifiées survivent aux crises. Les deux sont vrais. Mais personne ne les sépare ni ne les documente — et un financier a besoin de savoir quelle part du rendement est attribuable à chaque mécanisme pour calibrer son investissement. L'enjeu dépasse la comptabilité. Comme posé en section 1.5, la régénération est un concept essentiellement contesté (Gallie, 1956) exposé au risque d'obsolescence par absorption (Acquier, 2024). Le Capacity Score a répondu au premier défi : rendre le concept mesurable malgré la contestation (section 5). Le profil cashflow doit répondre au second : rendre le concept économiquement crédible . La démonstration économique n'est pas un complément — c'est la condition de survie du paradigme. Le mur comptable. Les comptabilités socio-environnementales existantes ne résolvent pas le problème. CARE (Rambaud & Richard, CERCES) comptabilise les coûts de préservation — mais ne peut pas valoriser la survaleur d'un produit régénératif : il chiffre un coût de transition, pas un surcroît de marge. LIFTS (Gibassier et al., Audencia 2025) traite le capital naturel comme un stock et le capital social comme une dette — mais sépare intellectuellement le monde de la nature (unités physiques, logique de préservation) et le monde de l'économie (euros, production). Ni l'un ni l'autre n'entre dans la logique qui fonde le régénératif : accepter que développer du service écosystémique est à la fois une proposition de valeur dans les produits et une source de valeurs communes qui doivent intégrer une économie. Le Mutual P&L (Economics of Mutuality) fonctionne en interne mais se heurte au même mur dès qu'on passe au reporting financier officiel : les normes IFRS ne permettent pas de valoriser les externalités positives — alors que l'exception IFRS 6 permet aux industries extractives de reconnaître des réserves non exploitées comme des actifs. L'asymétrie est structurelle. L'alpha régénératif. Côté finance, l'écosystème des fonds à impact en France est structuré (Phitrust, Mirova, Demeter, LITA.co, BlueBees, France Active). Mais leur discours d'investissement repose sur le dérisquage ou l'impact intentionnel — jamais sur le lien entre pratiques régénératives et performance financière. Aucun modèle financier ne valorise l' alpha régénératif : la surperformance attribuable au développement du capital naturel et social. Les fonds financent de l'impact malgré le risque. Personne ne finance de l'impact parce que ça rapporte. C'est exactement la preuve que l'évaluation terrain vise à produire. Ce que les fonds impact disent Ce qu'aucun fonds impact ne dit Une B Corp est moins risquée Investir dans le capital naturel d'une filière génère un retour financier mesurable Une filière solidaire est résiliente Une ferme qui régénère ses sols vaut plus qu'une ferme qui les épuise — et le produit surperforme Une CSRD sérieuse rassure l'investisseur Le delta de marge entre un produit régénératif et un conventionnel justifie un investissement en capital naturel L'impact est mesurable (indicateurs ESG, ODD) L'impact explique une part de la performance financière 7.9. Conditions systémiques : ce qui ne dépend pas de l'entreprise seule La boucle vertueuse ne dépend pas de l'entreprise seule. Quatre conditions systémiques la rendent possible — classées ici par horizon temporel, de la plus accessible à la plus structurelle : Horizon court terme (H1) — la demande premium. Les consommateurs acceptant le différentiel de prix pour un produit traçable et territorial existent déjà — les Lauriers le documentent. Mais les études de préférence (ITAVI, choice modeling) montrent que les deux attributs les plus valorisés sont le gustatif et le plein air — les caractéristiques environnementales pures ne valent presque rien en termes de préférence déclarée. Le défi n'est pas de créer la demande mais de la rendre lisible : il faut que les pratiques régénératives s'incarnent dans la qualité finale du produit, avec affichage environnemental et traçabilité. Horizon moyen terme (H2) — les distributeurs, les investisseurs et les PSE. Les circuits de distribution structurés pour porter la valeur territoire/traçabilité restent minoritaires. Les fonds à impact (Mirova, Phitrust, Demeter, LITA.co, BlueBees) émergent mais aucun ne valorise l'alpha régénératif (voir ci-dessus). Les Paiements pour Services Environnementaux (PSE), expérimentés depuis 2020 (170 M€, 130 territoires, ~3 500 agriculteurs, 100-120 €/ha/an), offrent un mécanisme opérationnel mais structurellement limité : financement quasi exclusivement public, rémunération modeste, ciblé sur les zones de captage eau, aucun lien avec la comptabilité d'entreprise. Le

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