NOUS SOMMES VIVANTS — Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d'entreprise
PARTIE IV La preuve économique reste à construire Thèse ouverte, modélisation et chantier de recherche
La Partie III a posé les outils — Capacity Score, fresques, RegenBMC. La théorie est assise, l'instrument opérationnel existe. Mais un maillon manque : la preuve économique. Sans la démonstration formalisée que la montée en capacité du vivant, via des pratiques régénératives implémentées, génère une triple profitabilité — économique, écologique et sociale — mesurable, reproductible et investissable, la régénération restera un discours sans ancrage économique. Cette Partie IV pose le constat (l'économie est l'angle mort), définit ce qu'est l'économie régénérative en termes multicapitaux, analyse les quatre scénarios du Sénat, clarifie la relation post-croissance / régénération, pose les conditions d'applicabilité, explique pourquoi la triple bottom line classique ne suffit pas, documente la boucle vertueuse et modélise les trajectoires. Elle inclut le cas du Made in France régénératif — trente exemples d'industries qui matérialisent le changement de paradigme dans l'économie réelle. C'est un chantier ouvert : l'objet du groupe de travail « Économie régénérative à triple impacts localisés » (16 mars 2026). Sources principales : Acquier (2024) · Economics of Mutuality (Roche & Jakub) · Mars/Royal Canin · CQLP/LSDH · SEEA · PSE · CSRD-ESRS · ROC/Demeter · Rapport Sénat Délégation prospective (2025) · Impact Tank (2025) · Analyse Made in France régénératif — Nous Sommes Vivants (2025)
7. LE MAILLON MANQUANT : DÉMONTRER LA TRIPLE PROFITABILITÉ
7.1. Constat : l'économie est l'angle mort structurant Ce constat est remonté directement du Regenerative Circle Écosystème — les sessions que Nous Sommes Vivants organise avec les acteurs de l'écosystème régénératif français (décembre 2025, janvier 2026). Le signal est net : l'économie est passée de « frein parmi d'autres » à angle mort structurant . Non pas parce que personne ne perçoit son importance, mais parce que personne n'assume l'expertise. Le paradoxe est documenté. Les entreprises engagées dans une visée régénérative performent économiquement : Patagonia affiche +6% de croissance annuelle sur 10 ans avec 550+ fermes ROC ; Expanscience connaît une croissance de son chiffre d'affaires avec 3 800 agriculteurs accompagnés et 30 M€ investis dans la décarbonation ; Dr. Bronner's cultive 2 240 ha en bio régénératif. Les Lauriers documentent 55 produits issus de pratiques régénératives économiquement viables (30 en 2024, 25 en 2025). Mais aucune de ces entreprises n'a formalisé le lien entre ses pratiques régénératives et sa surperformance financière. Le marché voit la performance sans voir la cause. Les financiers ne savent pas intégrer ces critères ESG dans un profil risk/return. Personne ne remonte le fil de la prospérité du territoire dont le produit est issu. Sur le terrain, l'urgence est concrète : beaucoup de fermes engagées dans des pratiques positives font marche arrière — faute de valorisation. Un état des lieux des filières bio-régénératives en France (février 2026) documente cette situation paradoxale dans l'agriculture, l'alimentation, les cosmétiques, le textile, les alcools et le bois. Des éleveurs bio en ovin ne peuvent pas valoriser leur agneau bio mieux qu'en Label Rouge — ils ont financièrement intérêt à acheter des compléments alimentaires non-bio à l'extérieur, ce qui déporte la pollution ailleurs. Les crédits carbone commencent à se vendre mais restent marginaux, les crédits de biodiversité sont en phase de test. L'absence de preuves économiques laisse le champ libre aux sceptiques et prive les pionniers des mécanismes de valorisation dont ils ont besoin pour tenir. Le rapport de la Délégation sénatoriale à la prospective ( L'évolution des valeurs dans le champ économique à l'horizon 2050 , octobre 2025, rapporteurs Dumoulin, Paoli-Gagin, Sautarel) confirme l'enjeu à l'échelle institutionnelle. Il documente un risque d'« insolvabilité planétaire » : le PIB mondial pourrait perdre 50 % de sa valeur entre 2070 et 2090 en raison des chocs climatiques en cascade, et plus de 40 % des titres détenus par les institutions financières françaises dépendent d'au moins un service écosystémique — que la comptabilité traditionnelle ne voit pas. Son scénario 4 — « communautés locales résilientes » — est le seul qui opère un changement de paradigme complet : une économie ancrée dans les territoires où la prospérité se mesure à la santé du vivant, pas à la croissance du PIB. Mais ce scénario reste « exploratoire » parce que personne n'a documenté le lien pratiques régénératives → performance financière, et parce que son axe économique se limite aux structures de l'ESS — les entreprises de marché n'y figurent pas. C'est exactement le chaînon que ce groupe de travail vise à construire. La section 7.3 détaille les quatre scénarios et les basculements de valeurs que le rapport documente.
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