NOUS SOMMES VIVANTS — Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d'entreprise
Ce tableau n'est pas un aveu de faiblesse — c'est une condition de rigueur. Une proposition scientifiquement fondée doit expliciter ce qu'elle sait, ce qu'elle formalise et ce qu'elle conjecture. Les affirmations marquées ○ sont des hypothèses que le programme de recherche vise à tester. Version PDF du livre blanc disponible ici. Les quatre parties qui suivent déploient cette architecture en détail. La Partie I synthétise les deux publications de référence (Hahn & Tampe, 2021 ; HEC Paris, 2024) qui posent le continuum de transition — sept attributs, quatre niveaux de maturité, cinq lacunes convergentes. La Partie II réconcilie trois corpus parallèles : stratégie d'entreprise, science des systèmes socio-écologiques (Fischer, Folke) et développement régénératif (Regenesis, Sanford). La Partie III formalise les outils opérationnels et les valide empiriquement. La Partie IV pose la thèse ouverte de la triple profitabilité. Chaque partie s'appuie sur la précédente — la lecture linéaire est recommandée pour une première découverte. PARTIE I Le continuum de transition existe — l'instrument opérationnel manque Synthèse Hahn & Tampe (2021) · White paper HEC Paris (2025)
DOCUMENT 1 « Strategies for Regenerative Business » — Hahn & Tampe, 2021
1. PROBLÉMATIQUE ET POSITIONNEMENT
Le diagnostic de départ L'article part d'un double constat. D'un côté, les preuves scientifiques s'accumulent : l'activité humaine a poussé plusieurs systèmes socio-écologiques au-delà de leurs limites critiques et de leurs capacités de charge (Rockström et al., 2009 ; Steffen et al., 2015). De l'autre, la recherche sur la durabilité des entreprises ( business sustainability ), bien qu'en pleine expansion depuis plusieurs décennies, s'est progressivement éloignée de ses racines systémiques pour se concentrer sur une logique commerciale centrée sur l'organisation. La dérive du champ Les auteurs retracent une trajectoire intellectuelle précise. À ses origines, le champ de la durabilité des entreprises était ancré dans la pensée systémique et dans une préoccupation pour la dégradation des écosystèmes (Gladwin et al., 1995 ; Purser et al., 1995 ; Starik & Rands, 1995). Le débat paradigmatique initial plaçait l'activité économique à l'intérieur des limites écologiques de la biosphère. Jennings et Zandbergen (1995) affirmaient déjà que les organisations individuelles ne peuvent pas devenir durables en elles-mêmes : elles contribuent simplement à un système plus large dans lequel la durabilité peut ou non être atteinte. Or, avec la maturation du champ, la conceptualisation dominante s'est déplacée vers le business case for sustainability (Bansal & Song, 2017). Ce glissement a eu trois conséquences majeures : • Déplacement du niveau d'analyse : de la durabilité des systèmes socio-écologiques à la pérennité des organisations individuelles (Whiteman et al., 2013 ; Hahn & Figge, 2011). • Rétrécissement du périmètre : seuls les enjeux environnementaux et sociaux alignables avec les résultats commerciaux à court terme sont pris en compte (Gao & Bansal, 2013 ; Hahn et al., 2015), excluant les défis les plus critiques. • Déconnexion disciplinaire : les conceptualisations existantes reposent presque exclusivement sur des théories organisationnelles standard (théorie institutionnelle, resource-based view) sans intégrer les sciences écologiques ou environnementales (Linnenluecke & Griffiths, 2013 ; Williams et al., 2017). C'est face à l'escalade des crises — changement climatique (Lenton et al., 2019), sixième extinction de masse (Ceballos et al., 2015), inégalités (Amis et al., 2020) — que certains chercheurs appellent à revenir aux fondations systémiques et écologiques de la durabilité (Whiteman et al., 2013 ; Winn & Pogutz, 2013 ; Williams et al., 2019). CONSTAT CLÉ Le champ de la durabilité s'est progressivement déconnecté de ses racines écologiques pour se centrer sur le business case . Résultat : seuls les enjeux alignables avec la rentabilité à court terme sont pris en compte. L'ambition de l'article Les auteurs proposent que la notion de régénération , avec sa perspective systémique intrinsèque, fournit la fondation nécessaire pour reconceptualiser la durabilité des entreprises. Leur contribution principale est le développement de l' échelle restore-preserve-enhance , un continuum de stratégies régénératives opérationnalisé à partir de principes et critères dérivés de la littérature sur la durabilité régénérative.
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