ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 16 & VENDREDI 17 AVRIL 2026
Contraintes énergétiques - Ambitions vertes Le parallèle stratégique Chine-Maroc A Dans un contexte mondial marqué par la volatilité des marchés énergétiques et les recomposi- tions géopolitiques, la question de la souveraineté énergétique s’impose comme un déterminant majeur de la puissance économique. Le Maroc et la Chine, bien que différents par leur taille et leur poids économique, partagent une contrainte structurelle commune : une forte dépendance aux importations d’énergie. Cette vulnérabilité agit comme un catalyseur stratégique, les poussant à accélérer leur transition vers les énergies renouvelables et à redéfinir leur positionnement géoéconomique. Par M. B.
u-delà des différences d’échelle, le Maroc et la Chine présentent une caractéristique commune structu- rante : leur dépendance aux impor- tations d’hydrocarbures. Le Maroc importe plus de 90% de ses besoins énergétiques, une dépendance quasi totale qui expose directement l’économie nationale aux fluctuations des prix internationaux du pétrole et du gaz. Cette réalité s’est brutalement rappelée lors du choc énergétique de 2022, où la hausse du baril a contribué à creuser le déficit com- mercial et à accentuer les tensions inflationnistes. La Chine, quant à elle, bien que puissance industrielle majeure, reste également dépendante de l’extérieur pour son approvi- sionnement énergétique. Elle est aujourd’hui le premier importateur mondial de pétrole, avec envi- ron 11 millions de barils par jour importés, soit plus de 70% de sa consommation. En matière de gaz naturel, sa dépendance dépasse également les 40%. Cette dépendance énergétique a des implications économiques directes. Elle agit comme un coût structurel pour la productivité en
renchérissant les coûts de produc- tion des entreprises, en particulier dans les secteurs industriels et logistiques. Elle constitue égale- ment un facteur de fragilité macro- économique, en contribuant à la dégradation des balances com- merciales, en accentuant l’exposi- tion à une inflation importée et en exerçant une pression croissante sur les finances publiques à travers les mécanismes de compensation. Sur le plan géoéconomique, cette dépendance réduit la marge de manœuvre stratégique des États. À l’inverse, les pays exporta- teurs d’énergie disposent d’un levier d’influence considérable. Le contrôle des ressources éner- gétiques devient ainsi un instru- ment de puissance, comme en témoignent les recompositions autour des grands corridors éner- gétiques ou les tensions sur des points de passage stratégiques tels que le détroit d’Ormuz. Dans ce contexte, la souveraineté énergétique ne relève plus unique- ment d’un enjeu économique : elle devient un enjeu de souveraineté tout court, conditionnant la capa- cité d’un État à sécuriser sa crois- sance et à affirmer son influence. De plus, les tensions géopolitiques récentes autour de points de pas- sage stratégiques, notamment le détroit d’Ormuz, ont entraîné une hausse des prix du baril, rappe- lant avec acuité la vulnérabilité des économies fortement dépen- dantes des importations énergé-
tiques. Cette situation agit comme un révélateur, voire comme une validation empirique des straté- gies de diversification énergétique engagées par des pays comme le Maroc et la Chine. Elle souligne que la transition vers les éner- gies renouvelables ne relève plus uniquement d’un choix environ- nemental ou économique, mais bien d’une nécessité stratégique visant à réduire l’exposition aux chocs exogènes et à sécuriser durablement les trajectoires de croissance. De la contrainte à l’opportunité Face à cette vulnérabilité structu- relle, le Maroc et la Chine ont enga- gé une transformation profonde de leur modèle énergétique, faisant des énergies renouvelables non seulement une alternative, mais un axe stratégique de puissance. Le Maroc s’est positionné comme un acteur pionnier en Afrique et dans le monde arabe. Son objectif est de porter la part des éner- gies renouvelables à 52% de la capacité installée d’ici 2030. Cette ambition s’appuie sur un effort d’investissement soutenu, avec plus de 130 milliards de dirhams déjà mobilisés et près de 100 mil- liards supplémentaires attendus à l’horizon 2030. Au-delà des volumes d’investisse- ment, la compétitivité énergétique se mesure également à des indi- cateurs techniques. À cet égard, le Maroc bénéficie d’un avantage
comparatif notable, avec un coût du kilowattheure solaire estimé entre 0,03 et 0,05 dollar, le pla- çant parmi les plus compétitifs à l’échelle internationale. Cette performance renforce directe- ment l’attractivité industrielle du Royaume en réduisant les coûts énergétiques des entreprises. La stratégie marocaine repose sur un mix énergétique diversi- fié, combinant le développement du solaire, notamment à travers les technologies CSP et photovol- taïque, avec un déploiement sou- tenu de l’éolien porté par le fort potentiel des façades atlantique et méditerranéenne. À ces piliers his- toriques s’ajoutent les capacités hydrauliques, ainsi qu’une orienta- tion plus récente vers l’hydrogène vert, appelé à jouer un rôle structu- rant dans la stratégie énergétique du Royaume. Dans cette dynamique, le Maroc ne se limite pas à une logique de substitution aux importations. Il ambitionne également de deve- nir un exportateur d’énergie verte, en particulier vers l’Europe, dans un contexte où le continent accé- lère sa transition énergétique et
Entre dépendance aux énergies fossiles et montée en puissance des renouvelables, le Maroc et la Chine illustrent deux trajec- toires convergentes vers une souveraineté énergétique redéfinie, au cœur des nouveaux équilibres géoéconomiques mondiaux.
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