FNH N° 1231

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 16 & VENDREDI 17 AVRIL 2026

une situation de dépendance stra- tégique. C’est précisément cette asymétrie qui conduit aujourd’hui l’Agence internationale de l’énergie à alerter sur les risques de vul- nérabilité systémique associés à une concentration aussi forte des capacités industrielles. Pékin ne se contente pas d’inves- tir: il domine également les chaînes de valeur industrielles. La Chine produit plus de 80% des panneaux solaires mondiaux et contrôle une part significative des technologies liées aux batteries et au stockage énergétique. Ce parallèle met en évidence une convergence stra- tégique visant à transformer une contrainte structurelle en véritable levier de puissance économique et industrielle. Pour le Maroc, cette transi- tion représente une opportunité majeure de réduire sa dépendance énergétique tout en renforçant la compétitivité de son tissu indus- triel, avec en perspective la possi- bilité de se positionner comme un hub énergétique régional, notam- ment à destination de l’Europe. Pour la Chine, il s’agit de sécuriser ses approvisionnements tout en consolidant son leadership tech- nologique mondial. Le parallèle entre le Maroc et la Chine met en lumière une dyna- mique essentielle des économies contemporaines : la capacité à transformer une contrainte struc- turelle en opportunité stratégique. Dans un monde où l’énergie redé- finit les rapports de puissance, la transition énergétique ne se limite plus à un impératif environne- mental. Elle devient un vecteur de souveraineté, de compétitivité et d’influence géoéconomique. Pour le Maroc, l’enjeu est désor- mais d’accélérer cette trajectoire en consolidant ses investisse- ments et en développant des éco- systèmes industriels autour des énergies vertes. Pour la Chine, il s’agit de mainte- nir son avance technologique et industrielle dans une compétition mondiale de plus en plus intense. Au-delà des différences d’échelle, une certitude s’impose : la maîtrise de l’énergie de demain détermi- nera les hiérarchies économiques de demain. ◆

compétitifs, notamment dans le solaire et l’éolien, renforçant ainsi la compétitivité globale de son appareil productif. Cependant, l’avantage chinois ne se limite pas à la seule production d’énergie. Il s’étend à l’ensemble des chaînes de valeur industrielles qui structurent la transition éner- gétique mondiale. Selon les don- nées de l’Agence internationale de l’énergie, la Chine contrôle entre 60% et 85% des capacités de production dans des segments stratégiques tels que les panneaux solaires, les éoliennes, les bat- teries, les pompes à chaleur ou encore les électrolyseurs destinés à la production d’hydrogène. Dans le détail, cette domination apparaît encore plus marquée dans certains maillons critiques. La Chine représente à elle seule près de 85% de la capacité de produc- tion mondiale de la chaîne d’appro- visionnement du secteur solaire, environ 80% de celle des batte- ries lithium-ion, et jusqu’à 95% de la production de plaquettes photovoltaïques, un composant essentiel dans la fabrication des panneaux solaires. Cette position dominante s’explique également par son contrôle en amont des ressources nécessaires à ces industries, puisqu’elle assure plus de 70% du raffinage mondial de matières premières stratégiques telles que le lithium, le cobalt, le graphite et les terres rares. Cette concentration industrielle confère à la Chine un double avan- tage décisif. D’une part, elle béné- ficie d’un avantage coût qui lui per- met d’inonder les marchés inter- nationaux avec des technologies à prix compétitifs. D’autre part, elle dispose d’un levier d’influence considérable sur les chaînes d’ap- provisionnement mondiales, pla- çant de nombreuses économies, notamment européennes, dans

 Un contraste visuel entre une raffinerie dépendante des importations d’un côté, et un parc solaire/éolien de l’autre, symbolisant le basculement stratégique vers la souveraineté énergétique.

cherche à sécuriser ses approvi- sionnements. L’hydrogène vert apparaît à cet égard comme un vecteur straté- gique majeur. Grâce à son poten- tiel solaire et éolien exceptionnel, le Royaume dispose d’un avantage comparatif naturel pour produire de l’hydrogène à coûts compé- titifs. Plusieurs projets sont déjà à l’étude ou en phase de struc- turation, en partenariat avec des acteurs européens, notamment allemands et espagnols. Ce positionnement s’inscrit dans une reconfiguration plus large des flux énergétiques euro-méditerra- néens. À terme, le Maroc pourrait jouer un rôle clé en tant que pla- teforme de production et d’export d’hydrogène vert vers l’Europe, contribuant ainsi à la sécurité éner- gétique du continent tout en ren- forçant son propre positionnement géoéconomique. La Chine, de son côté, évolue à une tout autre échelle, mais selon une logique similaire. Elle s’im- pose aujourd’hui comme le pre- mier investisseur mondial dans les énergies renouvelables, avec plus de 500 milliards de dollars engagés

au cours de la dernière décennie. Cette dynamique lui permet de concentrer à elle seule près de la moitié des capacités solaires mon- diales, tout en représentant envi- ron 40% des capacités éoliennes à l’échelle globale. Au-delà des volumes d’investisse- ment, la véritable force de la Chine réside dans sa capacité à indus- trialiser la transition énergétique à une échelle sans équivalent. En s’appuyant sur la taille de son mar- ché domestique, sur une planifi- cation étatique de long terme et sur une intégration verticale de ses filières, Pékin est parvenue à générer des économies d’échelle considérables. Cette dynamique lui permet aujourd’hui de produire une électricité d’origine renouve- lable à des coûts particulièrement

Chiffres clés

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Maroc : +90% de dépendance énergétique Objectif : 52% d’énergies renouvelables d’ici 2030 Chine : 1 er importateur mondial de pétrole (~11 Mb/j)

+70% de dépendance pétrolière

+500 milliards USD investis dans les renouvelables (10 ans) ~80% de la production mondiale de panneaux solaires

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