ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 16 & VENDREDI 17 AVRIL 2026
Distribution Le digital impose une refonte du modèle commercial
monde n’a pas le même accès aux infrastructures ou aux ser- vices digitaux. F. N. H. : Le cadre juri- dique et réglementaire est-il adéquat pour favo- riser le développement du digital dans votre acti- vité ? A. T. : Le Maroc a fait des avan- cées importantes ces dernières années, notamment sur le paie- ment mobile et les transactions électroniques. Maintenant, nous sommes dans une phase où il faut accélérer et, surtout, adapter le cadre aux nouvelles réalités du marché. Aujourd’hui, certains acteurs trouvent encore que les pro- cédures sont complexes ou pas toujours alignées avec la vitesse d’évolution du digital. Il y a donc un effort à faire pour simplifier, clarifier et rendre le cadre plus agile. F. N. H. : A ce niveau, quels sont les points à corriger ou à réformer pour atteindre les objec- tifs escomptés ? A. T. : Je pense qu’il y a trois chantiers prioritaires. D’abord, accompagner davan- tage la formalisation du com- merce. Le digital peut être une opportunité pour intégrer pro- gressivement une partie de l’in- formel, mais cela doit se faire de manière incitative, pas contrai- gnante. Ensuite, il faut renfor- cer les mécanismes de soutien, notamment pour les PME et les petits commerçants, que ce soit en termes de financement ou d’accompagnement. Enfin, il est important d’avoir une vision d’ensemble. Le digital dans le commerce ne peut pas avancer en ordre dispersé. Il faut une vraie coordination entre les dif- férentes initiatives publiques et privées. ◆
Face à un consommateur de plus en plus connecté et exigeant, le commerce marocain amorce une mutation profonde : digitalisation des processus, transformation de la relation client, modernisation de la chaîne de valeur… Dans cet entretien, Ali Tazi, président de l’Association Tijara, décrypte les enjeux de cette transition, les leviers à activer et les défis à surmonter pour réussir ce virage aussi nécessaire que complexe.
Propos recueillis par C. Jaidani
Finances News Hebdo : Le commerce est aujourd’hui engagé dans une transfor- mation profonde sous l’ef- fet du digital. Comment cette mutation redéfinit- elle concrètement votre activité et vos priorités ? Ali Tazi : Le digital n’est plus une option aujourd’hui, c’est une réalité qui s’impose à tous les acteurs du commerce. Pour nous distributeurs, l’enjeu principal est d’abord un enjeu d’efficacité. Le digital permet de mieux piloter les stocks, d’optimiser les flux et de gagner en réactivité dans un environ- nement qui devient de plus en plus exigeant. Mais au-delà de cela, il y a un vrai changement du com- portement du consommateur marocain. Il est plus informé, plus connecté, et attend plus de transparence et de rapidité. Le digital nous pousse donc à repenser notre relation client. Enfin, il y a un enjeu plus struc- turel : celui de moderniser toute
la chaîne de valeur. Le digital peut être un formidable outil pour mieux connecter produc- teurs, distributeurs et détail- lants, et tirer l’ensemble du sec- teur vers le haut. F. N. H. : Quels sont les principaux leviers sur les- quels il faut capitaliser pour développer le digital dans le commerce ? A. T. : Si je devais résumer, je dirais qu’il y a trois priorités. La première, c’est l’accessibilité des outils. Il faut que les solu- tions digitales soient simples, abordables et adaptées à la réalité de nos commerçants, notamment les plus petits. La deuxième, c’est l’humain. On sous-estime souvent ce point. La transformation digitale ne se fait pas uniquement avec de la technologie, mais surtout avec des femmes et des hommes qu’il faut accompagner, former et rassurer. La troisième, c’est la logique d’écosystème. Aucun acteur ne
peut avancer seul. Il faut créer des ponts entre distributeurs, fintechs, startups et pouvoirs publics pour construire des solutions concrètes et utiles. F. N. H. : Quelles sont les principales contraintes qui peuvent perturber ce virage ? A. T. : Il faut être lucide : la transition ne se fait pas sans difficultés. La première contrainte, c’est la réalité de notre tissu com- mercial, où l’informel reste encore très présent. Cela rend l’adoption du digital plus com- plexe. Il y a aussi la question du coût. Pour beaucoup de petits commerçants, investir dans le digital reste perçu comme un risque. Et puis, il y a un sujet de confiance. Le paiement électro- nique, par exemple, progresse mais il y a encore des réti- cences. Enfin, il ne faut pas oublier les disparités territoriales. Tout le
Aujourd’hui, certains acteurs trouvent encore que les procédures sont complexes ou pas toujours alignées avec la vitesse d’évolution du digital.
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