ECONOMIE
32
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 16 & VENDREDI 17 AVRIL 2026
duisant un exode des populations actives vers les grands pôles éco- nomiques du Royaume - notam- ment Casablanca, Rabat ou encore la région de Tanger - à la recherche d’opportunités professionnelles plus attractives. Sur le plan de la création de richesse, l’écart est tout aussi significatif. La contribution de la région de l’Oriental au produit inté- rieur brut national reste limitée, généralement autour de 5%, loin derrière les régions les plus dynamiques du pays. À titre de comparaison, la région de Tanger- Tétouan-Al Hoceïma dépasse aujourd’hui les 10% du PIB natio- nal, portée notamment par l’effet structurant du port de Tanger Med et par l’émergence d’un écosys- tème industriel intégré. Ce contraste n’est pas anodin. Il rappelle qu’au début des années 2000, avant la mise en service de Tanger Med, la région de Tanger présentait elle aussi des carac- téristiques proches de celles de l’Oriental aujourd’hui : un tissu industriel limité, un chômage élevé et une attractivité économique encore embryonnaire. En l’espace de deux décennies, l’implantation d’une infrastructure portuaire stra- tégique, combinée à une politique industrielle volontariste, a profon- dément redessiné sa trajectoire de développement. Dans ce contexte, Nador West Med apparaît comme un instru- ment de rééquilibrage territorial. Il traduit une volonté stratégique de corriger une fracture géoéco- nomique historique, en dotant la région d’une infrastructure capable d’attirer capitaux, industries et flux commerciaux. Ce projet s’inscrit pleinement dans la logique de la régionalisation avancée, en cherchant à trans- former une périphérie en pôle de développement. Il marque le pas- sage d’une géographie subie à une géographie choisie, où l’Oriental ne serait plus simplement un espace de transit humain, mais un territoire productif intégré aux chaînes de valeur. Mais au-delà de l’infrastructure, l’enjeu est clair : reproduire - et adapter - le modèle de transforma- tion observé à Tanger, en tenant
Vue aérienne du complexe portuaire Nador West Med, symbole d’un nouveau cycle de développement pour la région de l’Oriental.
Nador West Med
Avec Nador West Med, le Royaume engage une transformation structurelle de sa façade méditerranéenne orientale, en misant sur une infrastructure intégrée à forte vocation logistique, énergétique et industrielle. Pensé comme un levier de rééquilibrage territorial et de projection géoéconomique, ce projet d’envergure pourrait redessiner les équilibres régionaux, à condition de réunir les conditions de sa pleine efficacité. L’infrastructure portuaire qui peut changer le destin de l’Oriental
S
Par M. B.
itué sur la façade méditerranéenne, à proximité immédiate de Nador, Nador West Med s’inscrit dans une logique d’infrastructure de nou- velle génération. Conçu comme un port en eau profonde capable d’accueillir des navires de très grande capacité, il se distingue par sa vocation multipolaire : logis- tique, industrielle et énergétique. Le complexe repose sur plusieurs composantes structurantes. Un terminal pétrolier destiné au stoc- kage et à la redistribution des hydrocarbures, des installations dédiées au vrac solide - notam- ment charbon et minerais - ainsi qu’une vaste zone industrielle intégrée appelée à accueillir des activités à forte valeur ajoutée.
L’ensemble s’inscrit dans un inves- tissement de plusieurs milliards de dirhams, traduisant une ambition claire : faire de Nador West Med bien plus qu’un simple port, mais une véritable plateforme de trans- formation économique. Dans cette perspective, l’infras- tructure ne doit pas être lue comme un point d’entrée maritime, mais comme un système intégré, pensé pour structurer un écosystème productif et logistique à l’échelle régionale. Corriger une fracture géoéco- nomique : le pari de l’Oriental Pendant des décennies, la région de l’Oriental a évolué en marge des grandes dynamiques écono-
miques nationales. Faiblement industrialisée, dépendante en grande partie des transferts finan- ciers de sa diaspora, elle a long- temps souffert d’un déficit d’in- vestissements structurants et d’un enclavement relatif. Cette situa- tion se reflète dans ses indica- teurs socioéconomiques : selon les données du haut-commissariat au Plan (HCP), le taux de chô- mage y demeure structurellement supérieur à la moyenne nationale, oscillant régulièrement entre 18% et 20%, contre environ 11% à 12% au niveau national. À cela s’ajoute une dynamique migratoire persistante. La région enregistre depuis plusieurs années un solde migratoire négatif, tra-
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker