FNH N° 1231

POLITIQUE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 16 & VENDREDI 17 AVRIL 2026

Législatives 2026 Les partis politique en ordre de bataille

de séduire cette population pour renforcer sa notoriété et en rallier un grand nombre lors des pro- chaines élections. F. N. H. : Peut-on s’attendre à des alliances avant les élections ? M. B. : C’est peu probable. La seule alliance organisée avant les élections a été celle de la Koutla, qui regroupait l’USFP, le PPS, l’Istiqlal et l’OADP, toutes des formations de l’opposition. C’est la même mouture qui a servi de base pour former le gouvernement d’alternance de Abderrahmane Yousfi. Les autres partis de la majorité formant à l’époque le gouvernement, dont notamment le RNI, le Mouvement populaire, le PND et l’UC étaient regroupés autour d’une coalition appelée Wifak. Mais ces alliances étaient plus animées par des inté- rêts purement électoraux que par des considérations idéologiques. Au Maroc, les partis préfèrent s’allier avec d’autres formations après le résultat des élections pour former le gouvernement. Ils l’affirment ouvertement. F. N. H. : Dans les pré- cédentes élections, les notables jouaient un rôle déterminant. Tous les par- tis tablaient sur eux, parti- culièrement dans le monde rural, pour remporter des sièges. Est-ce le cas tou- jours ? M. B. : Depuis toujours, les notables ont joué un rôle clé dans la vie politique nationale. Ils se basent sur leur solide popularité à travers une influence acquise soit grâce à leur richesse ou à leur appartenance familiale. Cela leur permet d’exercer des mandats consécutifs sans être inquiétés, notamment dans le monde rural. Dans ces régions, les électeurs votent pour les personnes et non pour les partis. ◆

A l’approche des échéances électorales, la scène politique nationale retrouve ses réflexes : intensification des discours, recompositions internes et stratégies de conquête. Mohamed Belmir, professeur universitaire de sciences politiques, décrypte les dynamiques à l’œuvre et les logiques qui devraient façonner le prochain scrutin.

Propos recueillis par C. Jaidani

Finances News Hebdo : Nous sommes à quelques mois des élections législa- tives. Comment jugez-vous la situation politique natio- nale ? Mohamed Belmir : La scène poli- tique nationale connaît une dyna- mique qui est tout à fait normale dans cette période précédant le scrutin. Les partis s’activent : ils affinent leurs positionnements, remobilisent leurs bases, réorga- nisent leurs structures et tentent d’élargir leur audience en attirant de nouveaux adhérents. Plus ils ont une assise populaire consé- quente, plus ils auront la possi- bilité de remporter des sièges. Dans cette optique, les mee- tings se multiplient et les leaders intensifient leurs prises de parole médiatiques. Fidèles à un registre bien connu, ils adoptent un ton critique à l’égard du gouverne- ment en place, mettent en avant ses insuffisances et s’emploient à promouvoir leurs propres alterna- tives et visions.

F. N. H. : On a remarqué la réapparition de la transhu- mance politique pourtant très décriée. Quel est votre avis sur le phénomène ? M. B. : Effectivement, la transhu- mance politique revient en force ces derniers temps. Ce phéno- mène avait quasiment disparu depuis l’entrée en vigueur de la Constitution 2011 qui stipule dans son article 61 que «tout membre de la Chambre des représentants ou de la Chambre des conseil- lers qui se sépare du parti ou de l'organisation professionnelle au nom de laquelle il a été élu, est déchu de son mandat». On remarque ce nomadisme chez les personnes qui ne sont pas élues ou qui ne disposent pas de mandat. Elles adhèrent à une autre formation politique qui leur permet d’être accréditées dans une circonscription où elles ont plus de chance de remporter le scrutin. Pour d’autres, leur trans- humance s’explique par des divergences profondes avec les

leaders de leurs partis. C’est le cas de plusieurs membres de l’USFP qui ont migré au PPS, estimant que la formation du livre, qui fait partie de la gauche, est plus proche idéologiquement de leur parti d’origine et de leur conviction. F. N. H. : Aziz Akhannouch a cédé sa place de leader du RNI au chef du groupe parlementaire du parti à la Chambre des représen- tants. Quels sont les enjeux d’un tel choix ? M. B. : Ce n’est pas un choix simple, surtout si l’on sait que rares sont les chefs de parti qui quittent leur poste de cette façon. Avec cette initiative, le parti de la colombe (RNI) émet des signaux très forts, en misant sur les jeunes pour donner un nouveau souffle à la formation politique. Avec l’arrivée du mouvement GenZ et la montée en puissance des réseaux sociaux très investis par les jeunes, le RNI ambitionne

Disparue des élections depuis l’entrée en vigueur de la Constitution de 2011, la transhumance politique revient en force ces derniers temps.

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