FNH N° 1231

DEVELOPPEMENT DURABLE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 16 & VENDREDI 17 AVRIL 2026

tant les entreprises à décarboner volontairement. Les précédents de l'Afrique du Sud et du Sénégal démontrent la faisabilité politique, à condition d'une introduction pro- gressive avec exemptions pour secteurs vulnérables et recyclage transparent des revenus. Source 6 : Financements privés directs - 5 à 8 milliards-. Mobilisés par les entreprises industrielles via leurs capacités d'autofinance- ment, via l'endettement bancaire commercial rendu possible par les garanties du FNAM, et via les fonds propres apportés par les action- naires. Cette source constitue la contrepartie privée indispensable garantissant l'engagement effectif et maximisant l'efficacité allocative globale.

budgétaire tout en déployant les moyens massifs nécessaires.

L'urgence du printemps-été 2026 : la fenêtre critique La fenêtre temporelle pour structu- rer cette architecture et lancer les premiers décaissements s'ouvre maintenant, au printemps 2026, et se refermera progressivement au cours des 12 à 18 mois à venir. Les actions urgentes sont claire- ment identifiées : adoption poli- tique et capitalisation du FNAM au printemps, lancement des pro- cessus d'accréditation des enti- tés nationales auprès du Fonds vert pour le climat dès avril-mai, préparation et soumission des premiers dossiers aux bailleurs durant l'été, structuration et lan- cement de la première émission de Green Bond à l'automne 2026, et premiers décaissements effectifs avant la fin de l'année. Tout retard dans cette séquence se traduira par des surcoûts CBAM croissants supportés inutilement et par un rétrécissement de la fenêtre pour basculer vers la trajectoire pion- nière. L'alternative binaire est sans appel : soit mobiliser intelligem- ment dès maintenant les 18 à 25 milliards de DH via l'architecture intégrée et éviter les 180 à 250 mil- lions d'euros de surcoûts annuels tout en préservant 15.000 à 25.000 emplois; soit procrastiner et subir un gap de financement structurel condamnant les secteurs indus- triels à l'érosion compétitive et aux restructurations traumatiques. Les milliards de DH nécessaires à la décarbonation industrielle marocaine existent. Ils n'attendent pas dans les coffres du Trésor, mais ils sont mobilisables dès aujourd'hui. La vraie question n'est plus « Avons-nous l'argent ? », mais «Avons-nous la volonté politique et la capacité institutionnelle de le mobiliser intelligemment avant qu'il ne soit trop tard?» L'année 2026 sera décisive. ◆ (*) Mohamed Boiti est docteur ès Sciences de gestion, consultant en transition éner- gétique et décarbonation industrielle, et éditorialiste mensuel pour Finance News Hebdo. Cet article est extrait d'un mémo- randum stratégique sur l'adaptation du Maroc au MACF actuellement en cours de finalisation.

L'assemblage systémique : un ratio de levier global de 1 pour 4 à 6

 L’industrie marocaine face au défi de concilier performance économique et transition bas carbone.

La force de cette architecture réside dans son caractère systé- mique où chaque source renforce les autres. Le FNAM, doté de 500 millions à 1 milliard de DH, cata- lyse 2 à 4 milliards de finance- ments privés. Les cofinancements internationaux de 2 à 4 milliards apportent simultanément res- sources financières et validation technique renforçant l'attractivité auprès des financeurs privés. Les Green Bonds de 5 à 10 milliards mobilisent l'épargne institution- nelle internationale. Les revenus article 6 alimentent continûment le FNAM. Les réallocations budgé- taires de 3 à 4,5 milliards libèrent des marges sans dégrader le solde budgétaire. Et les financements privés de 5 à 8 milliards garan- tissent la viabilité économique. Au total, cette architecture permet de mobiliser 18 à 31 milliards avec une contribution directe des finances publiques marocaines limitée à 3 à 5 milliards, soit un ratio de levier global de 1 pour 4 à 1 pour 6, préservant ainsi la soutenabilité

à 15 PME industrielles au sein de programmes sectoriels cohérents atteignant les tickets minimaux de 50 à 100 millions de dollars exigés par les bailleurs; et une diploma- tie climat proactive menée par le ministère des Affaires étrangères. Source 3 : Green Bonds souverains - 5 à 10 milliards mobilisables-. L'appétit des investisseurs insti- tutionnels mondiaux pour la dette verte souveraine reste soutenu, porté par les contraintes ESG crois- santes. Le Maroc bénéficie d'un track record exemplaire : première émission de Green Bond souverain du continent africain en 2016 pour 200 millions d'euros, sursouscrite. Les conditions de marché 2026, caractérisées par une stabilisation des taux après le cycle de res- serrement monétaire 2022-2024, offrent une fenêtre favorable. Deux à trois tranches de 2 à 3 milliards de dirhams chacune, étalées sur 2026-2028, permettraient de mobi- liser 5 à 10 milliards au coût mar- ginal modéré du green premium (surcoût de 10 à 25 points de base largement compensé par l'élargis- sement de la base d'investisseurs). Source 4 : Article 6 de l'Accord de Paris - 20-30 millions USD annuels de revenus carbone-. Les méca-

nismes de l'article 6 permettent de générer des revenus via la vente de crédits carbone certifiés issus des réductions d'émissions véri- fiées. Le programme SR500 avec la Suisse, déjà opérationnel, génère 5 millions de dollars annuels. La multiplication d'accords bilatéraux avec pays scandinaves, Canada, Japon et Corée du Sud pourrait porter les revenus annuels de 5 millions en 2026 à 20-30 millions en 2030. Ces revenus, bien que modestes quantitativement, pré- sentent l'avantage d'être recy- clables vers le FNAM où ils jouent un rôle catalytique additionnel. Source 5 : Réallocation budgétaire intelligente - 3 à 4,5 milliards mobi- lisables-. Les subventions directes et indirectes aux énergies fossiles, estimées entre 1 et 2 milliards de dirhams annuels, constituent un gisement budgétaire mobilisable progressivement via une trajec- toire de réduction pluriannuelle. Par ailleurs, l'introduction d'une taxe carbone domestique modérée de 50 à 100 dirhams par tonne de CO2 - niveau nettement inférieur au prix du quota européen ETS - générerait des revenus de 2 à 2,5 milliards annuels, tout en créant un signal-prix économique inci-

L'introduction d'une taxe carbone domestique modérée de 50 à 100 dirhams par tonne de CO2 - niveau nettement inférieur au prix du quota européen ETS - générerait des revenus de 2 à 2,5 milliards de DH annuels.

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