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ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 7 MAI 2026

NEET Un phénomène à la croisée des enjeux économiques et sociaux

jeunes à ces mutations. Pour la population NEET, c’est une chance unique de requalification rapide, à travers des formations courtes, ciblées et orientées compétences. Aujourd’hui, nous constatons que même des profils sans parcours académique classique peuvent accéder à des opportunités grâce à des compétences digitales, à condition d’être bien encadrés. L’enjeu est donc de démocratiser l’accès à ces formations et de créer des passerelles concrètes vers l’emploi. F. N. H. : Le rapport met également en évidence un âge critique, autour de 24 ans, où le risque de basculer dans une situation de NEET semble plus élevé. Quel rôle la cellule familiale peut-elle jouer durant cette phase de transition entre la fin des études et l’entrée sur le marché du travail ? K. H. : L’âge critique autour de 24 ans correspond à une phase charnière, souvent marquée par la fin des études et une confrontation directe au marché du travail. La cellule familiale joue ici un rôle déterminant. Elle peut être un levier de soutien moral, finan- cier et psychologique, mais aussi d’orientation. Une famille engagée peut encourager la persévérance, valoriser l’apprentissage continu et éviter le décrochage. Cependant, elle peut également, parfois involontairement, renfor- cer l’inactivité en installant une forme de confort ou en manquant de compréhension des réalités du marché. D’où l’importance d’inté- grer les familles dans les dyna- miques d’accompagnement, en les sensibilisant aux enjeux de l’employabilité et de l’autonomie des jeunes. Enfin, le phénomène des NEET ne doit pas être perçu unique- ment comme un indicateur éco- nomique, mais comme un enjeu stratégique de développement humain. Il nécessite une approche globale, combinant formation, accompagnement, innovation et mobilisation de l’ensemble des acteurs (institutions/structures d’accompagnement, entreprises et familles). ◆

Le HCP identifie l’âge de 24 ans comme critique avant la bascule dans la situation de NEET (ni en emploi, ni en éducation, ni en formation). Un âge se situant à la frontière entre la fin des études et l’entrée en milieu professionnel. Entretien avec Keltoum Houssni, entrepreneure, consultante en recrutement et en transformation digitale et Managing Director de HoussniJob Innovation.

Propos recueillis par J. M.

Finances News Hebdo : Dans son récent rapport sur le phénomène des jeunes NEET, le haut-commissa- riat au Plan établit une dis- tinction entre les notions d’inactivité et de chômage. Pouvez-vous préciser cette distinction et son implica- tion dans l’analyse du phé- nomène des jeunes NEET ? Keltoum Houssni : La distinction opérée par le haut-commissariat au Plan (HCP) entre inactivité et chômage est fondamentale pour comprendre la réalité du marché du travail. Le chômage concerne les personnes sans emploi, dispo- nibles et en recherche active, alors que l’inactivité regroupe celles qui ne travaillent pas et ne cherchent pas activement un emploi. Dans le cas des jeunes NEET (Not in Education, Employment or Training), cette nuance est essen- tielle : une grande partie d’entre eux bascule dans l’inactivité, sou- vent par découragement, perte de confiance ou manque de lisibi- lité des opportunités. Cela rend

leur situation plus complexe, car ils sortent progressivement des radars des politiques publiques classiques de l’emploi. F. N. H. : Ce phénomène des NEET présente d’impor- tantes disparités territo- riales, avec des taux variant entre 28% et 40%. Quels peuvent être, selon vous, les facteurs économiques, sociaux ou structurels qui expliquent ces écarts entre régions ? K. H. : Les disparités territoriales observées - avec des taux de NEET variant entre 28% et 40% - s’expliquent par plusieurs facteurs combinés. Sur le plan économique, certaines régions souffrent d’un tissu pro- ductif limité, avec peu d’entre- prises créatrices d’emplois qua- lifiés. Sur le plan social, les iné- galités d’accès à une éducation de qualité, à l’orientation ou aux réseaux professionnels jouent un rôle déterminant. Enfin, d’un point de vue structurel, le décalage entre

les formations proposées et les besoins réels du marché accentue ces écarts. À cela s’ajoute un facteur clé : l’exposition aux opportunités. Un jeune dans une grande ville n’a pas le même accès à l’information, aux stages ou aux écosystèmes dynamiques qu’un jeune dans une zone plus enclavée. F. N. H. : L'essor et la diffu- sion rapide de l'intelligence artificielle dans de nom- breux secteurs d’activité représentent-ils un risque en plus ou une opportunité pour l’insertion profession- nelle des jeunes, et plus par- ticulièrement la population NEET ? K. H. : Concernant l’intelligence artificielle, je considère qu’elle représente avant tout une oppor- tunité, à condition d’être accom- pagnée. L’IA va transformer les métiers, mais elle va aussi en créer de nouveaux. Le véritable risque n’est pas l’IA en elle-même, mais l’absence de préparation des

Certaines régions souffrent d’un tissu productif limité, avec peu d’entreprises créatrices d’emplois qualifiés.

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