FNH N° 1252

BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 30 OCTOBRE 2026

Grands projets Le défi du financement à long terme

sence au Maroc. Depuis plus de dix ans, Standard Chartered tra- vaille étroitement avec l’ensemble des grandes banques marocaines. Elles connaissent les entreprises, les régions et les secteurs, et portent la relation de long terme ainsi que le financement en dirhams. Une banque internatio- nale apporte autre chose : l’accès à des sources de liquidité en Asie, au Moyen-Orient, aux États-Unis et en Europe, et la capacité de réunir des prêteurs de plusieurs continents autour d’un même pro- jet. Notre réseau mondial couvre 55 marchés, et près des deux tiers des revenus de notre banque de financement et d’investissement sont issus d’activités transfronta- lières. Pour faire de cette complémenta- rité un véritable levier, il faut tra- vailler ensemble dès les premières étapes d’un projet, et pas seule- ment au moment du financement. Concrètement, cela passe par des syndications dans lesquelles la banque marocaine est chef de file local pendant que la banque inter- nationale mobilise des tranches en devises ou adossées à des agences de crédit export, par des cofinancements avec les institu- tions de financement du déve- loppement, et par des solutions de couverture et de gestion de trésorerie pour les entreprises qui investissent ou exportent. Nos expertises couvrent l’en- semble des métiers de la banque de financement et d’investisse- ment, y compris le conseil en fusions et acquisitions et les mar- chés de capitaux de dette, avec des équipes spécialisées par sec- teur, notamment dans l’énergie et les ressources naturelles. Nous pouvons ainsi accompagner les entreprises marocaines non seu- lement dans le financement de leurs grands projets, mais aussi dans l’évaluation d’acquisitions, la structuration de leurs opérations et la saisie d’opportunités d’inves- tissement à l’international. Le financement de Cobco, la coentreprise entre CNGR et Al Mada dans les matériaux pour batteries, en est une bonne illus- tration. Un crédit acheteur garanti par Sinosure a réuni sept banques de Chine continentale, de Hong

Face à l’ampleur des investissements dans l’eau, l’énergie et les infrastructures, le Maroc doit diversifier ses sources de financement et créer les conditions pour attirer davantage d’investisseurs. Cynthia El Asmar, Directrice générale de Standard Chartered Maroc, décrypte les leviers pour mobiliser les capitaux internationaux et les complémentarités à développer avec les banques marocaines.

Propos recueillis par D. William

Finances News Hebdo : Le Maroc s’engage dans un nouveau cycle d’investis- sement particulièrement ambitieux, porté par les infrastructures, l’indus- trialisation, la transition énergétique et la sécurité hydrique. Face à l’ampleur des besoins de finance- ment, le modèle bancaire traditionnel est-il encore suffisamment dimensionné pour accompagner cette dynamique ? Quelles évo- lutions vous paraissent nécessaires pour mobiliser davantage de capitaux de long terme, sans accen- tuer les risques de finan- cement ? Cynthia El Asmar : Le Maroc aborde ce cycle en position de force. Le Royaume a retrouvé la catégorie «investissement» chez S&P en septembre 2025, Moody’s a relevé sa perspective à positive en mars 2026, et les recettes d’in- vestissements directs étrangers ont atteint le niveau record de 56 milliards de dirhams en 2025. Le secteur bancaire marocain est solide et a accompagné chacune des grandes étapes du dévelop- pement du pays. La question porte donc moins sur la capacité du modèle bancaire

que sur la nature des besoins actuels. Les projets sont plus grands, plus longs et plus com- plexes : 1,7 milliard de m³ d’eau dessalée par an visés d’ici 2030, environ 15 GW de nouvelles capacités électriques program- mées par l’ONEE entre 2025 et 2030, une ligne à grande vitesse Kénitra-Marrakech de près de 53 milliards de dirhams, sans oublier l’hydrogène vert. Ces projets exigent des maturités longues, des financements en plusieurs devises et un partage des risques entre de nombreux acteurs. Trois évolutions me paraissent essentielles. D’abord, élargir le mix de financement : banques marocaines, banques internatio- nales, agences de crédit export, institutions de financement du développement et marchés de capitaux ont tous un rôle à jouer. Ensuite, renforcer la bancabilité des projets grâce à des cadres contractuels clairs, notamment pour les partenariats public-privé, sur lesquels le Maroc prépare une stratégie nationale. Enfin,

développer l’épargne de long terme et élargir la base d’inves- tisseurs institutionnels, tout en enrichissant les outils de cou- verture. Le Fonds Mohammed VI pour l’investissement illustre bien cette logique : ses fonds sectoriels visent à mobiliser plus de quatre fois les ressources publiques engagées. Bien structuré, un financement diversifié n’ajoute pas de risque : il le répartit mieux, vers les acteurs les mieux placés pour le porter. F. N. H. : Les banques maro- caines disposent d’une connaissance approfondie du tissu économique natio- nal, tandis que les grandes institutions financières internationales apportent leur capacité de mobilisation de capitaux et leur expertise des opérations complexes. Comment transformer cette complémentarité en un véri- table levier de financement des grands projets ? C. E. A. : Cette complémenta- rité est au cœur de notre pré-

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