FNH N° 1252

Découvrez le numéro 1252 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc

Du 30 octobre 2026 - 8 DH - N° 1252

PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC

Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli

Grands projets

Sahara marocain

Transformer l’essai diplomatique

Le défi du financement à long terme  Entretien avec Cynthia El Asmar, DG de Standard Chartered Maroc

P. 18 à 20

P.2/37

Batiment et travaux publics

DERRIÈRE LE BOOM, LA BATAILLE DE LA TRÉSORERIE

P. 26/27

La bonne posologie pour financer sa croissance IPO Laprophan

Assurance «Les complémentaires santé ne compenseront pas la couverture au premier Dirham»  Entretien avec Farid Bensaïd, président de la FNACAM

P. 8/9

P. 12

Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma

SOMMAIRE

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 30 OCTOBRE 2026

Entretien avec Yassine Manane : Gately, Du registre papier au pass numérique 32 L'UNIVERS DES TPME

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Editorial

Voyons voir : Cisjordanie : La dépossession par la violence BOURSE & FINANCES

POLITIQUE

Point Bourse Hebdo : Le plancher tient, mais les flux se font attendre Entretien avec Farid Bensaïd : Assurance, «Les complémentaires santé ne compenseront pas la couverture au premier Dirham» IPO : Du solaire à la Bourse, Jet Energy voit plus grand IPO Laprophan : La bonne posologie pour financer sa croissance Obligations – OPCVM - Actions : Les institutionnels font le pari de la patience Gouvernance des sociétés cotées : Le marché attend davantage d’explications Entretien avec Cynthia El Asmar : Grands projets, Le défi du financement à long terme

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Entretien avec Antoine Glaser : Maroc-France, «Les Marocains n’ont pas besoin des Français pour inter- venir en Afrique» Entretien avec Mohamed Belmir : Sahara marocain, Vers un tournant politique à l’ONU ?

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Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication

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Sahara marocain

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24 heures du 31 octobre 2026, date d’expiration du mandat de la MINURSO, le dossier du Sahara revient au premier plan au Conseil de sécurité. Pour le Maroc, cette échéance intervient un an après l’adop- tion de la résolution 2797, qui a conforté la place de son plan d’autono- mie dans la recherche d’une solution politique. Rabat doit désormais convertir cette dynamique diplomatique en avancées concrètes. Et ce, à travers deux exigences : consolider ses acquis internationaux et leur donner une traduction politique. Car une dynamique favorable, aussi solide soit-elle, ne règle pas à elle seule un différend. Elle crée les conditions de son règlement. C’est tout l’enjeu de l’étape qui se joue aux Nations unies. Certes, le rapport de force est favorable à Rabat, mais il faut se garder de toute lecture triomphaliste. Car les grandes puissances restent guidées par leurs intérêts et leurs propres échéances. Leurs positions sur le Sahara s’inscrivent dans cet ensemble mou- vant. Aucun soutien ne dispense donc de poursuivre les efforts diplomatiques. Le Maroc aurait ainsi tort de suspendre ses attentes à une déclaration américaine, une inflexion chinoise ou une abstention russe. Washington compte, évidemment. Paris aussi. Mais, et Rabat le sait mieux que quiconque, la force d’une diplomatie repose aussi sur sa capacité à multiplier ses appuis sans devenir tributaire d’un seul. Dès lors, maintenir un dialogue avec des puissances qui s’opposent entre elles constitue un atout, à condition de conserver une ligne lisible. A Transformer l’essai diplomatique Cette ligne doit maintenant gagner en précision sur le terrain institutionnel. Le plan d’autonomie porte une ambition politique, mais il faut pouvoir en expliciter les mécanismes. Quelles compétences pour les institutions locales ? Quelles ressources propres ? Quelles garanties de représentation, de responsabilité et de contrôle ? Quelle articulation entre les prérogatives de l’Etat et celles des organes élus ? Ces questions donnent au projet sa portée concrète. Une autonomie convainc aussi par ce qu’elle permet aux populations de décider et d’administrer. La cré- dibilité du dispositif dépendra de la manière dont il conciliera l’unité nationale et l’exercice effectif des responsabilités locales. Reste la négociation. Il faudra des interlocuteurs disposés à discuter du contenu, formuler des propositions et assumer des compromis. L’Algérie ne peut dura- blement peser sur ce dossier tout en se tenant à distance des responsabilités qu’impliquerait son règlement. La participation au dialogue doit, ainsi, se traduire par des actes concrets. Quant au Maroc, fort de ses acquis diplomatiques, il dispose d’une marge de manœuvre pour faire avancer le dialogue. Cette position renforce la portée de sa main tendue. Encore faut-il inscrire cette ouverture dans la durée, y compris lorsque les réponses tardent ou prennent la forme d’une nouvelle manœuvre dila- toire. Le prochain rendez-vous onusien sera donc une étape décisive. Sa portée dépendra des perspectives qu’il ouvrira : remettre les parties autour de la table, préciser les contours d’un accord et obtenir des engagements concrets. Les voix favorables compteront, mais le véritable progrès sera de relancer un processus trop longtemps enlisé. Pour la diplomatie marocaine, l’enjeu est désormais de donner une traduction politique aux soutiens obtenus. Elle dispose d’atouts pour peser sur la suite des discussions. Il lui revient de les mobiliser pour rapprocher la perspective d’un règlement durable de ce conflit artificiel. u

38 SOCIÉTÉ

WeXchange 2026 : Le tiers-secteur marocain cherche comment transformer le collectif en impact

21 SALON DE L'EPARGNE

L’épargne sous toutes ses facettes : Quelle place pour l'épargne assurantielle ?

«Une nouvelle génération de stratégies» : Le PLF 2027 répond par la stratégie de 2009 40 DEVELOPPEMENT DURABLE

ECONOMIE

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Chômage : Gros investissements, petits résultats sur l’emploi Prix alimentaires : Pourquoi l’accalmie annuelle ne se ressent pas dans les paniers BTP : Derrière le boom, la bataille de la trésorerie Immobilier : Le logement à 300.000 DH devient-il intenable ? Entretien avec Mohamed Lahlou : Immobilier, Les freins à une relance qui se fait attendre De la startup à la PME : Le cap difficile à franchir

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43 HIGH-TECH

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Zero-day : L’IA peut-elle prendre les hackers de vitesse ?

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• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine

• Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL • Impression : Les imprimeries du Matin • Distribution : Sochpress • Tirage 5.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021

• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com

• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri

VOYONS VOIR

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Cisjordanie

La dépossession par la violence

détruits à tout moment, sous le regard complice des autorités ? Chaque famille chassée laisse derrière elle une maison, une parcelle, un espace que la colonisation peut investir. La violence devient ainsi un instrument de dépossession. La responsabilité du pouvoir israélien est direc- tement engagée. Il doit protéger les populations vivant sous occupation et poursuivre les auteurs d’exactions. Or, les violences persistent, tan- dis que les implantations s’étendent et que les avant-postes se multiplient. Des membres du gouvernement soutiennent ouvertement cette expansion. Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, en assume la finalité politique : empêcher la création d’un Etat palestinien. Le projet se lit sur le terrain. Les colonies et leurs routes fragmentent la Cisjordanie. Les barrages entravent les déplacements. Les confiscations et les démolitions fragilisent la présence pales- tinienne. Les villes et les villages se retrouvent enfermés dans des espaces discontinus, sépa- rés les uns des autres. Dans ces conditions, où établir un Etat viable ? Sur quelles terres exerce- rait-il sa souveraineté ? Comment sa population circulerait-elle ? La colonisation continue rend progressivement impossible la solution à deux Etats que tant de gouvernements prétendent encore défendre. Chaque nouvelle implantation compromet sa réalisation. Répéter son attachement à cette perspective tout en laissant détruire ses fon-

dements relève désormais de la contradiction politique. Les conclusions de la commission d’enquête mandatée par l’ONU imposent de regarder cette réalité en face. Elle accuse les autorités et les forces israéliennes de crimes contre l’humanité en Cisjordanie, dont l’extermination, la torture et la persécution. Ces accusations ne constituent pas un jugement de justice. Leur gravité exige des enquêtes indépendantes et l’établissement des responsabilités. Le rejet israélien du rapport ne dispense personne d’examiner les faits docu- mentés. Aucun impératif de sécurité ne justifie les agres- sions de colons, la dépossession des paysans ou les sanctions infligées à des familles entières. Le droit de protéger sa population n’autorise ni à chasser celle d’un autre territoire ni à s’emparer de ses terres. Les partenaires d’Israël doivent passer des déclarations aux actes : sanctionner les respon- sables des exactions, agir contre les soutiens à la colonisation et faire pression pour arrêter son expansion. Condamner les violences tout en laissant leurs auteurs poursuivre leur entreprise entretient l’impunité. A force de tolérer la colonisation, la commu- nauté internationale laisse se fermer la possibilité d’un partage territorial. Elle devra alors répondre d’une politique qui promet deux Etats pendant qu’elle laisse l’un empêcher l’autre d’exister. ◆ oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)

D es colons attaquent des paysans, détruisent leurs oliviers, volent leurs récoltes, saccagent leurs maisons et les poussent à partir. En Cisjordanie occupée, ces violences accompagnent une colo- nisation qui avance chaque jour et réduit d’autant le territoire sur lequel pourrait naître un Etat palestinien. Les chiffres documentés par le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) donnent la mesure des exactions : 2.159 attaques de colons ayant fait des victimes (18 Palestiniens tués entre le 1 er janvier et le 20 juillet 2026) ou des dégâts matériels depuis le début de l’année, selon son bilan arrêté au 19 octobre. La récolte des olives concentre cette brutalité. Des familles sont agressées sur leurs terres, des arbres détruits et des journalistes et des observateurs venus accompagner les agriculteurs sont eux-mêmes pris pour cibles. Par D. William

Ces attaques ont un effet concret : elles rendent la vie insupportable et provoquent des départs. Comment rester lorsque travailler son champ expose aux coups, lorsque les enfants vivent dans la peur et que les biens peuvent être

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Point Bourse Hebdo Le plancher tient, mais les flux se font attendre

Evolution de l'indice Masi depuis début octobre 2025

A À un peu plus de deux mois de la clôture annuelle, le MASI peine encore à retrouver une vraie dynamique. Deuxième semaine positive d’affilée, certes, mais avec seulement 0,33% grappillé cette fois-ci. Après la purge de fin septembre, la cote a trouvé un plancher; elle cherche encore le courant acheteur capable de remettre du momentum dans la tendance. 17.054,31 points vendredi soir, le MASI reste scotché autour des 17.000 points. Depuis la jambe bais- sière de fin septembre, qui lui a coûté près de 2.100 points, l’indice n’en a repris que moins de 400. Le rebond existe donc, mais il reste essentiellement technique, sans véritable accélération des flux ni élargissement suffisamment net du mouvement. augmentation de capital, tandis que Maroc Telecom et Ennakl ont ouvert le bal des publications trimestrielles. Le marché retrouve aussi peu à peu ses réflexes de stock-picking (surtout sur l’immobilier), après plu- sieurs semaines où les arbitrages de portefeuille et la réduction du risque avaient largement dicté les séances. Les projections de BKGR apportent, elles aussi, quelques arguments aux haussiers. La recherche anticipe une hausse de 11,4% des bénéfices de son univers en 2026, à 50,6 milliards de dirhams, puis encore 6,9% en 2027. Les mines et les banques devraient concentrer l’essentiel de la croissance cette année, avant un relais plus marqué du BTP, de Marsa Maroc et de Taqa Morocco l’an prochain. Par Y . Seddik

TOP Performances

FLOP Performances

Promopharm Oulmès Rebab Company

-5,74%

+9,32% +7,49%

Résidences Dar Saada Addoha Sanlam Maroc

-5,04%

-4,05%

+6,2%

à 3,1%. Le marché redevient donc plus abordable sur le papier, mais le rerating ne viendra que si les profits délivrent et si les flux reviennent. Sur le plan macro, le PLF 2027, adopté en Conseil de gouvernement puis présenté au Parlement, ajoute un autre étage au scénario domes- tique. Réforme de l’IR, exonération annoncée des salaires nets inférieurs à 10.000 DH, revalorisation de cer- taines pensions et mesures de sou- tien au pouvoir d’achat : autant d’élé- ments susceptibles de soutenir la demande intérieure et, par ricochet, les valeurs les plus exposées à la consommation. Le décor international reste en revanche moins porteur. En France, le rendement de l’OAT à dix ans a

franchi les 5% pour la première fois depuis 2002, maintenant la pression sur le coût du capital et les primes de risque en Europe. Le Brent, lui, reste installé autour de 117 dollars, un niveau qui entretient la pres- sion sur la facture énergétique et les marges des secteurs les plus dépendants des intrants importés. Le marché casablancais a donc cessé de dévisser, mais n’a pas encore retrouvé de véritable trac- tion. Les valorisations se sont déten- dues, les perspectives bénéficiaires restent correctement orientées et les nouvelles opérations reviennent sur le devant de la scène. Pour autant, deux semaines légèrement positives ne suffisent pas à effacer une baisse de 2.100 points. ◆

Les échanges confirment cette impression, puisqu’un peu plus de 1,03 milliard de dirhams ont transité sur la semaine, soit un volume quoti- dien moyen proche de 200 MDH. On est loin des séances de dégagement qui avaient accompagné la correc- tion de septembre. Les carnets res- pirent davantage, les rachats à bon compte existent, mais le marché manque encore de conviction pour transformer cette stabilisation en vraie reprise. L’actualité micro commence pour- tant à fournir davantage de matière aux investisseurs. Jet Energy s’ap- prête à rejoindre la cote avec une opération comprise entre 328,1 et 375,4 MDH, entièrement réalisée par

La correction des dernières semaines a, dans le même temps, commencé à comprimer les mul- tiples. Le PER du périmètre suivi par BKGR ressortirait à 18 fois les bénéfices 2026, puis 16,8 fois ceux de 2027, contre une moyenne histo- rique de 20,3 fois. Le rendement du dividende remonterait parallèlement

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Assurance «Les complémentaires santé ne compenseront pas la couverture au premier Dirham»

La bascule de l'assurance maladie vers la CNSS, la fragilité économique des petits cabinets, la digitalisation et la réforme du Code des assurances figurent parmi les principaux dossiers qui préoccupent les intermédiaires. Farid Bensaïd, président de la Fédération nationale des agents et courtiers d'assurance au Maroc (FNACAM), revient dans cet entretien sur les enjeux de ces transformations et les attentes de la profession.

Propos recueillis par Y. Seddik

Finances News Hebdo : Vous avez récemment plaidé pour une période transitoire d'au moins deux ans avant la bascule des contrats d'assurance maladie concernés vers la CNSS. Pourquoi un tel délai est-il nécessaire ? Les assurances complémen- taires pourront-elles compenser la perte d'activité pour les inter- médiaires ? Farid Bensaïd : Pour passer d'un régime à un autre, il faut du temps. Cette transition nécessite d'abord des études actuarielles et une évaluation des droits acquis des salariés. Les entreprises concernées devront déter- miner si elles souhaitent conserver le même niveau de dépenses ou main- tenir les garanties dont bénéficient actuellement leurs salariés. Il faudra également engager des dis-

cussions avec les partenaires sociaux et construire des couvertures com- plémentaires adaptées. Tout cela demande de la préparation. C'est pourquoi nous estimons, au niveau de la FNACAM, qu'un délai de deux ans est nécessaire à compter de la fixation de la date de bascule. Il faut aussi tenir compte du fait que deux systèmes vont cohabiter : l'AMO gérée par la CNSS et les assurances complémentaires pour les entreprises qui choisiront d'y souscrire. Sur le plan du chiffre d'affaires, les complémentaires ne compense- ront pas la couverture au premier Dirham. Leur mise en place exige un travail important, avec des garanties construites sur-mesure pour chaque client. La gestion des sinistres devra éga- lement être fluide, ce qui suppose notamment une interconnexion des systèmes d'information afin d'éviter les traitements en doublon. Il y a donc un véritable travail de préparation à mener.

F. N. H. : Vous avez rappelé que 68% des agents d'assurance per- çoivent moins d'un million de dirhams de commissions par an. Le modèle économique des petits cabinets est-il aujourd'hui fragilisé ? Quelles solu- tions envisagez-vous avec les compa- gnies d'assurances ? F. B. : Le secteur de l'intermédiation est aujourd'hui assez atomisé. Les cabinets de petite taille, qu'il s'agisse d'agents ou de courtiers, sont particulièrement exposés aux transformations qui s'annoncent, notam- ment avec le développement du digital et de l'intelligence artificielle. Nous avons d'ailleurs engagé des discus- sions avec les compagnies d'assurances pour réfléchir aux moyens d'accompagner ces structures et éviter qu'elles ne souffrent trop de cette transformation. Le digital risque notamment de venir concurrencer leur acti- vité traditionnelle de proximité. Nous cher- chons donc collectivement des solutions. Mais il est clair que les cabinets de petite, voire de très petite taille, pourraient se retrouver en difficulté si le secteur dans son ensemble ne réagit pas à ces évolutions.

La transformation digitale est déjà engagée, particulièrement dans l'assurance automobile, qui représente environ un tiers de l'activité du secteur.

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F. N. H. : La disparition de l'attes- tation automobile papier est envi- sagée pour juillet 2027, tandis que l'intelligence artificielle commence à transformer les métiers de l'assu- rance. Comment les intermédiaires peuvent-ils tirer parti de ces évo- lutions et quel rôle la FNACAM entend-elle jouer dans leur accom- pagnement ? F. B. : La transformation digitale est déjà engagée, particulièrement dans l'assu- rance automobile, qui représente environ un tiers de l'activité du secteur. Dans les autres branches également, l'in- telligence artificielle peut apporter des solutions intéressantes, notamment pour automatiser la gestion répétitive de cer- tains dossiers. Je pense que la FNACAM a un rôle impor- tant à jouer pour rechercher des solutions collectives et permettre aux intermédiaires de disposer des outils nécessaires à l'uti- lisation de l'IA. Nous n'avons pas vraiment le choix : certaines tâches simples et répétitives seront demain réalisées par

la Fédération marocaine de l'assurance et l'ACAPS, aux travaux de conception et d'élaboration de ce nouveau Livre IV, qui constituera notre cadre réglementaire pour les prochaines années. Beaucoup de choses ont évolué depuis le lancement de cette réforme, il y a plu- sieurs années. Entre-temps, de nouvelles problématiques sont apparues, notam- ment avec l'intelligence artificielle, la digi- talisation et les enjeux de sécurité. Le texte a donc connu plusieurs adaptations pour tenir compte de ces changements. Il ne répond pas à 100% à toutes les attentes des intermédiaires, mais la FNACAM a pu faire intégrer des avan- cées importantes, qui figurent aujourd'hui dans le projet. Je pense notamment aux conditions d'accès à la profession, aux dispositions relatives aux succursales et aux examens professionnels. Plusieurs procédures ont été simplifiées afin de permettre aux intermédiaires de développer leurs acti- vités plus sereinement dans le contexte actuel. ◆

AMO, digitalisation, réforme du Code des assurances…, les intermédiaires d’assurance font face à plusieurs transformations majeures.

l'intelligence artificielle. Mais il ne faut pas voir cette technologie uniquement comme une menace. Elle peut aussi devenir un outil de gestion et d'ana- lyse commerciale. Elle peut nous aider à mieux comprendre les besoins des clients, à affiner notre analyse et à renforcer notre proximité avec eux. L'intelligence artificielle représente donc aussi une opportunité pour les intermé- diaires qui sauront l'utiliser à bon escient. F. N. H. : La refonte du Livre IV du Code des assurances avance et pré- voit notamment un assouplissement des conditions d'accès à la profes- sion. Dans quelle mesure le nou- veau texte répond-il aux attentes des intermédiaires ? F. B. : La FNACAM a été associée, avec

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nus futurs de cette activité sont exclus du business plan, alors que la présentation recense plus de 6 GWh de capacités annoncées à l’horizon 2030, notamment chez l’ONEE, Masen et OCP. Les batteries permettent de resti- tuer l’électricité après sa produc- tion et peuvent équiper d’autres installations que les centrales solaires. L’Afrique de l’Ouest et l’ouverture de l’activité électrique à des clients extérieurs au groupe constituent deux autres relais non intégrés aux prévisions.

 Avec près de 1,5 milliard de DH de commandes, Jet Energy veut lever jusqu’à 375,4 MDH pour financer ses chantiers et renforcer ses moyens de construction.

La levée doit financer les chantiers

Environ 175 MDH sont destinés à la construction de centrales : préfinancement, logistique et éventuelles participations minori- taires dans des actifs pour faci- liter l’obtention de contrats EPC. L’intégration verticale, notamment les structures métalliques et les trackers, mobiliserait 130 MDH, contre 70 MDH pour l’international. Ces enveloppes seront ajustées au montant levé. L’internalisation doit améliorer la maîtrise des délais et des coûts. La marge d’EBITDA, proche de 29% en 2025, resterait comparable en 2026 et 2027, avant de reve- nir vers 26% en 2030. La hausse des bénéfices repose donc surtout sur les volumes. L’offre porte sur 2.625.000 actions nouvelles, soit 20% du capital après l’opération, à un prix compris entre 125 et 143 DH. La valorisation avant augmen- tation de capital ressort entre 1,313 et 1,502 milliard de DH. Red Med Corporate Finance obtient des valeurs de 170 DH par action par actualisation des flux et de 167 DH par référence transactionnelle. La décote annon- cée atteint ainsi 14 à 26%. Elle mesure l’écart avec les évaluations du conseiller, tributaires des hypo- thèses retenues. Calculé sur une base pré-money, le PER s’établit entre 14,1 et 16,2 fois les bénéfices estimés de 2026, puis entre 9,9 et 11,3 fois ceux de 2027. Les multiples les plus bas supposent donc que la croissance prévue se réalise. Les souscrip- tions sont ouvertes du 2 au 5 novembre. ◆

IPO Du solaire à la Bourse, Jet Energy voit plus grand D Avec près de 1,5 milliard de DH de commandes, Jet Energy vient chercher en Bourse les moyens de poursuivre sa croissance. La filiale de Jet Contractors mise sur les programmes solaires marocains et prépare son développement dans le stockage, dont les revenus futurs ne figurent pas dans le business plan. Par Y . Seddik Tadlaoui, Directeur général. Jet Energy intervient de l’ingénierie à la maintenance et réalise aussi les installations électriques de grands ouvrages. Les producteurs comme Taqa Morocco sont donc considé- rés comme des clients potentiels. Un carnet de commandes qui donne de la visibilité

epuis ses débuts en 2012, Jet Energy a participé à la réalisation de plus de 330 MWc de capaci- tés photovoltaïques. Des premiers projets aux grandes centrales d’OCP, les chantiers ont changé de taille, avec des besoins accrus de préfinancement, d’équipes et de garanties. L’augmentation de capital de 328,1 à 375,4 MDH doit accompagner cette évolution. Sans cession d’actions existantes, son produit reviendra intégrale- ment à l’entreprise. Le management compte sur une demande électrique portée par l’in- dustrie, le dessalement, les centres de données et les infrastructures prévues à l’horizon 2030. «Ces cen- trales-là, il va falloir les déployer et les construire», souligne Ismail

en 2026, puis 780 MDH en 2027. Le résultat net progresserait de 71,4 MDH à respectivement 93 et 133 MDH. En 2030, le business plan vise 1,165 milliard de DH de revenus et 191 MDH de bénéfice. La croissance annuelle moyenne attendue atteint ainsi 21% entre 2026 et 2030. Pour soutenir cette trajectoire, les dirigeants évaluent le mar- ché solaire à 36 milliards de DH d’ici 2030, correspondant à 6,5 GW de capacités annoncées. Ces programmes constituent toutefois des contrats à conquérir au fil des consultations. Par ailleurs, Jet Energy a réalisé une installation de stockage de 125 MWh à Benguerir et participe à d’autres appels d’offres. Les reve-

À fin juin 2026, les commandes fermes atteignent 1,492 milliard de DH, soit 4,4 fois le chiffre d’af- faires de 2025 : 844,5 MDH dans le photovoltaïque, 584 MDH dans les infrastructures électriques et 63,5 MDH en exploitation-maintenance. Elles couvrent 2026, 2027 et une partie de 2028. Le chiffre d’affaires passerait de 339,6 MDH en 2025 à 547 MDH

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en 2024, puis 60% du suisse Rivopharm en février 2026. Le groupe compte désormais quatre sites industriels au Maroc et en Suisse, près de 1.450 collabora- teurs et une présence commer- ciale dans plus de 50 pays. Des résultats portés par les acquisitions et la croissance organique En 2025, Laprophan a réalisé 1,82 milliard de DH de chiffre d'affaires, un EBE de 354 MDH et un résultat net de 109 MDH. Avec Rivopharm intégré sur douze mois, les revenus profor- ma auraient atteint 2,52 milliards de DH. Au premier semestre 2026, le chiffre d'affaires consolidé a pro- gressé de 11,4% sur une base proforma comparable, à 1,35 mil- liard de DH. L'EBE a augmenté de 35,2%, à 284,5 MDH, et le résultat net consolidé a plus que doublé, à 125,7 MDH. Le management vise 2,83 mil- liards de DH de revenus en 2026 et 4,31 milliards en 2031. À cette échéance, l'EBE atteindrait 1,08 milliard de DH, pour une marge de 25%, et le résultat net part du groupe 521 MDH. La nou- velle unité d'injectables d'Aïn El Aouda, attendue en 2027, doit accompagner cette trajectoire. Ces projections n'intègrent pas Polymédic ni certaines synergies des acquisitions précédentes. Au prix de 341 DH, Laprophan est valorisé environ 4,5 milliards de DH avant augmentation de capi- tal. CFG Finance fait ressortir une décote de 26,6% par rapport à la valeur DCF de 465 DH par action, de 16% face à la référence tran- sactionnelle et de 21% par rap- port aux comparables boursiers. Le prix correspond à 27,8 fois le bénéfice attendu en 2026 et 16,4 fois celui projeté pour 2027. Le business plan prévoit aussi une baisse de l'endettement financier net, de 1,41 milliard de DH fin 2026 à 32 MDH en 2031, ainsi qu'une première distribution de dividendes en 2027. La souscription est programmée du 9 au 17 novembre 2026, pour une première cotation prévue le 25 novembre. ◆

 Laprophan prépare une introduction en Bourse de 2,22 milliards de dirhams, dont 1,4 milliard d'argent frais.

IPO Laprophan La bonne posologie pour financer sa croissance F Avec une opération de 2,22 milliards de DH, dont 1,4 milliard d'argent frais, Laprophan prépare l'une des plus importantes IPO de ces dernières années. L'essentiel des fonds servira au rachat de Polymédic, nouvelle étape de sa stratégie d'acquisitions. Par Y . Seddik de titres par les véhicules de MCP. Le prix est fixé à 341 DH par action. Le flottant atteindra 37,64%, tandis que Farid Bennis conservera, directement et via ses holdings, 57,47% du capital.

ondé en 1949 par Abderrahim Bennis, Laprophan a changé de dimension depuis le retour de Farid Bennis à sa tête en 2020. Lors de la présenta- tion du 29 octobre, Hatim Ben Ahmed, Managing Partner de Mediterrania Capital Partners (MCP), a présenté l'opération comme la plus importante IPO du secteur de la santé au Maroc. CFG Finance, conseiller financier, l'a également située parmi les plus grosses opérations de la cote, hors privatisations et intro- duction de SGTM. Sur les 2,22 milliards de DH de l'offre, 1,4 milliard proviendra d'une augmentation de capi- tal et 822,6 MDH d'une cession

Polymédic a réalisé 405 MDH de chiffre d'affaires en 2025 et en prévoit environ 455 MDH en 2026. Avec 138 autorisations de mise sur le marché, plus de 200 produits et une usine à Casablanca, le laboratoire per- mettra à Laprophan d'étoffer son portefeuille dans des spécialités où il est encore peu présent. CFG Finance a souligné la par- ticularité du financement : les capitaux seront mobilisés pour une acquisition déjà identifiée et contractualisée, plutôt que pour d'éventuels projets futurs. L'opération prolongera une série d'acquisitions engagée depuis l'entrée de MCP en 2023: Amanys Pharma et Botanic Pharma

Polymédic absorbera près de 90% de l'argent frais Selon la note d'opération visée par l'AMMC, près de 90% de l'augmentation de capital, soit environ 1,26 milliard de DH, finan- ceront l'acquisition de Corporate Investment Holding, maison mère de Polymédic. Le contrat de rachat a été signé en octobre, mais l'opération reste soumise à l'accord du Conseil de la concur- rence.

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EN BRÈF

Dépenses fiscales

Immobilier

La facture atteint 38 milliards de dirhams en 2026 L e coût des dépenses fiscales au Maroc atteint 38,015 milliards de dirhams en 2026 contre 33,426 milliards en 2025, soit une progression de 13,7%. Le rapport accompagnant le projet de Loi de Finances pour 2027 recense 283 mesures dérogatoires, dont 241 ont été évaluées. La hausse provient princi- palement des droits d’importation, dont les dépenses fiscales augmentent de 117,9% à 5,284 milliards de dirhams. L’exonération des biens d’équipement, maté- riels et outillages acquis par certaines entreprises s’en- gageant à investir au moins 50 millions de dirhams pèse particulièrement lourd : son coût passe de 1,461 milliard à 4,491 milliards de dirhams. La TVA reste néanmoins le premier impôt concerné, avec 17,848 milliards de dirhams de dépenses fiscales, soit 47% du total. Les ménages représentent 48,8% du montant global, devant les entreprises à 46,1%. Le poids des dispositifs anciens demeure prépondérant. Les mesures adoptées avant 2021 représentent 86% des dérogations recen- sées et 93% du coût constaté en 2026. Ces montants correspondent à des recettes auxquelles l’État renonce par rapport au régime fiscal de référence. Leur évalua- tion ne mesure pas, à elle seule, l’efficacité économique ou sociale des avantages accordés. ◆

L es dépenses fiscales rattachées aux activités immobilières s’établissent à 4,809 milliards de dirhams en 2026 contre 4,974 milliards en 2025, soit une baisse d’environ 3,3%. Le secteur représente encore 12,7% du coût global des dérogations fiscales, selon le rapport accompagnant le PLF 2027. Sur 40 mesures recensées dans l’immobilier, 35 ont fait l’objet d’une évaluation. Le logement social occupe une place importante dans cet ensemble. L’exonération de TVA sur les opérations de cession de logements sociaux à usage d’habitation principale représente 1,957 milliard de dirhams en 2026 contre 2,119 milliards un an auparavant. Le dispositif vise les logements dont la superficie couverte est comprise entre 50 et 80 m² et dont le prix de vente ne dépasse pas 250.000 dirhams hors taxes. Son coût prévisionnel atteint 2,074 milliards pour 2027. D’autres avantages concernent les transactions des particuliers. L’exonération d’IR du profit réalisé lors de la cession d’un immeuble occupé comme habitation principale depuis au moins cinq ans, sous les conditions prévues, représente 753 millions de dirhams en 2026 contre 627 mil- lions en 2025. ◆ Les avantages fiscaux reculent, le logement social reste central

Finances publiques

Les SEGMA affichent un excédent de 4,89 milliards de dirhams L es Services de l’État gérés de manière autonome (SEGMA) ont clôturé l’exercice 2025 avec un excédent bud- gétaire de 4,89 milliards de dirhams, selon le rapport accompagnant le projet de Loi de Finances 2027. Le secteur de la santé concentre près de la moitié de ce solde positif. Les ressources comptabilisées ont atteint 7,77 milliards de dirhams, dont 3,03 milliards de recettes propres, 427,77 millions de dotations du budget général et 4,32 milliards d’excédents reportés de l’exercice précédent. Ces reports représentent ainsi 55,55% du total. En parallèle, les dépenses émises se sont établies à 2,88 milliards de dirhams, soit un taux d’exécution de 44,56% des crédits ouverts. L’investissement présente un taux particulièrement faible : 24,90% pour 402,58 millions de dirhams de dépenses. Si les recettes propres couvrent globalement 104,96% des dépenses, cette moyenne masque des disparités. La couverture se limite à 45,20% dans l’enseignement et la formation, contre 146,50% dans les pouvoirs publics et services généraux. ◆

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Obligations – OPCVM - Actions Les institutionnels font le pari de la patience Caisses de retraite, assureurs, fonds de prévoyance : ces gestionnaires d’épargne de long terme ajustent leurs portefeuilles au rythme des taux d’intérêt. Pour un gérant d’OPCVM de la place, la remontée des rendements obligataires a rebattu les cartes, et les institutionnels n’attendent plus pour en profiter.

tout pour les engagements loin- tains. Un assureur non-vie, tenu de payer des sinistres à court terme, garde de bonnes raisons de placer la liquidité plus haut. L’obligation, ou l’art de savoir à l’avance C’est pourquoi l’obligation reste le socle des portefeuilles insti- tutionnels. Dans les bilans des assureurs-vie européens, elle représente généralement la majorité des placements, sou- vent de l’ordre des deux tiers. Elle promet un calendrier : des cou- pons réguliers, puis le rembour- sement du capital à l’échéance. Pour qui connaît ses décaisse- ments futurs, cette visibilité vaut davantage qu’un rendement potentiellement supérieur mais incertain. Les emprunts d’État, jugés peu risqués lorsqu’ils sont émis dans la monnaie de l’em- prunteur, en forment l’ossature. Les obligations d’entreprises les complètent, avec une prime qui rémunère un risque de crédit et une liquidité plus étroite. Cette sécurité apparente cache toutefois une mécanique impla- cable : le prix d’une obligation évolue en sens inverse des taux. Prenons un titre à dix ans, émis au pair avec un coupon de 4%. Si les taux de marché montent d’un point, à 5%, sa valeur tombe à environ 92,3 pour 100 de nomi- nal, soit une perte de près de 8%. À l’inverse, une baisse d’un point, à 3%, la porte autour de 108,5, soit un gain d’environ 8,5%. Les gérants résument cette sensibi- lité par la «duration» : avec une duration de 8, une hausse de un point des taux coûte, grosso modo, 8% de valeur. Or, c’est précisément la hausse des taux qui redonne aujourd’hui des couleurs à la classe d’ac- tifs. Interrogé sur celle qui tire le mieux son épingle du jeu dans le contexte actuel, le gérant n’hésite pas : «ce sont les obligations» . La remontée des taux, dit-il, a pro- fondément changé la donne. Les titres émis à ces niveaux offrent des rendements nettement plus attractifs qu’auparavant, et ils sont aussi plus sûrs, car le cou- pon élevé constitue un véritable

Par L. B

 Sous la main des institutionnels : des milliards de DH investis en obligations, actions et OPCVM.

D

ettes publiques, emprunts d’en- treprises, capital de sociétés cotées : les investisseurs ins- titutionnels comptent parmi les premiers acheteurs de tout ce qui se vend sur les marchés de capitaux. Leur question n’est pas «que rapporte cet actif ?» mais «que doit-il rapporter, à quelle date, et avec quel degré de cer- titude ?». Cette nuance change tout. Un particulier peut accepter de voir son épargne fluctuer, quitte à attendre. Un assureur-vie doit servir des rendements à ses assurés, une caisse de retraite verser des pensions à échéance fixe, un assureur non-vie régler

des sinistres dont il ignore la date mais connaît la probabilité. Chaque Dirham placé répond à un engagement précis, inscrit au passif du bilan. Toute la gestion consiste à faire coïncider l’actif et le passif, en gardant une marge de sécurité. Pour le gérant d’OPCVM que nous avons interrogé, cette patience est la signature du métier. «Les investisseurs institutionnels ont une particularité structurelle: ils sont des investisseurs de long terme» , explique-t-il. Leurs enga- gements s’étalent sur de nom- breuses années, ce qui leur donne, selon lui, la capacité de traverser les cycles de marché

sans céder aux mouvements de court terme. Ils conservent leurs positions longtemps et ne se laissent pas déstabiliser par la volatilité ponctuelle. Dans le triptyque classique, la hiérarchie est nette aux yeux de l’expert. «C’est la combinaison du rende- ment et de la maîtrise du risque qui domine» , souligne-t-il. Le besoin de liquidité reste pris en compte, mais il pèse moins lourd que pour d’autres profils d’inves- tisseurs, précisément en raison de cet horizon long. L’enjeu : bâtir un portefeuille capable de générer un rendement régulier et prévisible, tout en préservant le capital. Cette hiérarchie vaut sur-

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coussin face aux aléas du marché et assure un revenu visible sur la durée. La conséquence, selon l’expert, est sans ambiguïté : les institutionnels ne sont pas dans l’attente. Ils achètent dès mainte- nant, tant que le marché est dans cette phase de rééquilibrage. Se positionner à ces niveaux de ren- dement, puis conserver les titres sur le long terme, est une stra- tégie cohérente avec leur profil. Celui qui garde ses obligations jusqu’à l’échéance les récupère à leur valeur nominale, ce qui l’autorise à regarder la fluctua- tion quotidienne avec flegme, à condition de ne pas être forcé de vendre dans la tourmente. Le mouvement inverse serait moins confortable. Quand les taux refluent, les assureurs qui ont promis des rendements garantis voient arriver à échéance des titres anciens et bien rému- nérés, qu’il faut réinvestir à des conditions moins avantageuses. Sur un portefeuille d’un milliard de DH dont le rendement pas- serait de 5% à 3%, le manque à gagner atteint vingt millions par an. Verrouiller aujourd’hui des coupons élevés revient aussi à se prémunir contre ce «risque de réinvestissement». OPCVM, actions et signaux à surveiller Entre l’obligation détenue en direct et l’action choisie ligne à ligne, les OPCVM occupent une position intermédiaire très utilisée. Pour un institution- nel, ils permettent d’accéder à des marchés ou des stratégies que l’on ne souhaite pas gérer soi-même, de diversifier rapide- ment, ou de confier à des spé- cialistes des segments pointus. Les fonds monétaires et obliga- taires de court terme jouent le rôle de poche de liquidité : quand les taux sont élevés, l’argent qui attend un emploi plus stratégique cesse de dormir. Cette souplesse a un coût. Les frais de gestion se comptent en quelques cen- tièmes de point pour un fonds monétaire, mais atteignent cou- ramment 1% à 2% par an pour un fonds actions géré activement. L’écart paraît mince, il ne l’est

pas : sur vingt ans, un placement qui rapporte 6% brut par an finit avec environ 25% de capital en moins s’il supporte 1,5 point de frais annuels. Reste un point de vigilance que les périodes de ten- sion rappellent régulièrement : la liquidité promise par un fonds dépend de celle des actifs qu’il détient. Les actions demeurent, elles, le moteur de performance sur longue période. Pour une caisse de retraite dont l’horizon se compte en décennies, y renoncer reviendrait à s’exposer à l’érosion monétaire : avec une inflation de 2% par an, le pouvoir d’achat d’une pension fixe fond de près de 45% en trente ans. Mais cette poche est étroitement encadrée. Le régime européen Solvabilité II, qui sert de référence à de nombreux régulateurs, suppose dans sa formule standard qu’une action cotée peut perdre environ 39% de sa valeur (49% pour les titres non cotés). Chaque Dirham placé en actions mobilise donc beaucoup plus de fonds propres qu’un Dirham d’obligations sou- veraines. Ces ordres de grandeur n’ont rien de théorique : lors de la crise de 2008, les grands indices boursiers mondiaux ont reculé de plus de 40%. Si les institutionnels privilégient aujourd’hui les obligations, ils ne sont pas figés pour autant. Le gérant précise suivre plu- sieurs indicateurs pour repérer les signes d’une reprise et ajus- ter ses portefeuilles. Le cours du pétrole d’abord, qui influence directement l’inflation, la balance commerciale et les perspectives de croissance. Celui des matières premières ensuite, qui reflète à la fois la dynamique de l’économie mondiale et les pressions sur les coûts. La situation géopoli- tique, dont les tensions peuvent rapidement modifier l’appétit pour le risque et la trajectoire des marchés. Quatrième repère, plus local: les chiffres de Bank Al-Maghrib. Ils offrent, selon l’ex- pert, une lecture précieuse de l’orientation de la politique moné- taire et de la santé de l’économie nationale. Un indicateur d’autant plus décisif que la politique de l’institut d’émission pilote le

à remplir une part des objec- tifs et l’incitation à prendre du risque s’émousse. Lorsque les taux reculent, la recherche de performance reprend le dessus et les portefeuilles glissent vers le crédit, les actions ou les fonds diversifiés. Ces mouvements, rarement brutaux, sont les plus structurants : ils décident de qui finance l’État, de quelles entre- prises lèvent des capitaux, et à quel coût. Le meilleur portefeuille est celui qui épouse la forme des enga- gements, non celui qui affiche la performance la plus flatteuse sur un trimestre. C’est sans doute la leçon la plus durable de cette gestion discrète : les institution- nels ne cherchent pas à battre le marché, mais à ne jamais manquer à leur parole. Dans un monde de taux changeants, cette exigence de constance reste leur boussole. ◆

Un assureur-vie doit servir des rendements à ses assurés, une caisse de retraite verser des pensions à échéance fixe, un assureur non-vie régler des sinistres dont il ignore la date mais connaît la probabilité.

niveau des taux, donc le prix des obligations comme le rendement des placements monétaires. C’est en croisant ces éléments que le gérant dit pouvoir déci- der, le cas échéant, d’infléchir sensiblement la répartition entre obligations, OPCVM et actions.

Un équilibre toujours révisable

Rendement, risque, liquidité : le triangle ne se résout jamais définitivement. Quand les taux sont élevés, le poids des obli- gations tend à s’accroître, car le rendement sans risque suffit

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