ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 30 OCTOBRE 2026
gérants doivent encore mobi- liser des investisseurs tiers, et les effets, comme le souligne Mehdi Hanoun, restent à voir. Sur le terrain, il évoque des dossiers longs à monter, des délais de réponse eux aussi longs et des critères pas toujours adaptés à une jeune entreprise. La concen- tration des programmes et des événements à Casablanca et Rabat complique en outre l'accès des startups installées en région. Une question d'articulation plus que de dispositifs L'enjeu dépasse les entre- prises concernées. La stra- tégie Maroc Digital 2030 vise 3.000 startups à l'horizon 2030 et des levées annuelles de 7 milliards de dirhams, après un palier de 2 milliards en 2026. Multiplier les créations sans élargir le passage vers la croissance reviendrait à gros- sir la base d'une pyramide dont le sommet reste vide. Les obstacles décrits ne relèvent pas d'une seule cause. Capital de croissance rare, marché domestique étroit, commande publique quasi absente, délais de paiement, concurrence pour les talents et concentration géographique se renforcent mutuellement. Mehdi Hanoun le formule à sa manière : les dispositifs existent, il faut maintenant les rendre plus rapides, plus accessibles hors des grandes villes et mieux reliés aux com- mandes publiques. Le rapport de l'UM6P fixe des repères concrets pour mesu- rer le chemin restant : l'appa- rition d'une série B supérieure à 20 millions de dollars, l'ac- cès à la série A des entre- prises financées en pré-série A en 2025, et la multiplication des opérations hors de l'axe Casablanca-Rabat. Tant que ces signaux ne se matéria- lisent pas, l'écosystème maro- cain restera plus doué pour faire naître des startups que pour en faire des PME. ◆
Entre l’amorçage et la croissance, les startups marocaines butent encore sur le financement de leur passage à l’échelle.
Les profils tech compétents sont disputés par les grands groupes, les multinationales installées au Maroc et les entreprises étrangères qui recrutent à distance. Faute de pouvoir aligner les salaires, la startup mise sur le projet, les responsabilités et parfois une part du capital, «et ça ne suffit pas toujours» . La trésorerie constitue le deuxième point de rupture. «Quand on grandit, on engage des salaires et des charges fixes avant que le chiffre d'af- faires suive» , résume-t-il, en soulignant qu'un retard de paiement d'un gros client peut suffire à mettre une startup en difficulté. Le cadre légal s'est durci : depuis janvier 2025, les amendes prévues par la loi 69-21 s'appliquent aussi aux entreprises réali- sant entre 2 et 10 millions de dirhams de chiffre d'affaires. L'Observatoire des délais de paiement note toutefois que les très petites entreprises restent les plus exposées, et
une sanction ne change pas le rapport de force face à un grand donneur d'ordre. Reste la structuration. Au départ, les fondateurs font tout : vente, produit, support, administratif. À partir d'une dizaine de personnes, il faut, selon Mehdi Hanoun, des pro- cess, des outils de gestion, un suivi financier régulier et des responsables par fonction, un passage que «beaucoup de fondateurs sous-estiment». C'est pourtant cette organisa- tion qui rend l'entreprise pilo- table et lisible pour les inves- tisseurs du tour suivant. Des dispositifs calibrés pour l'amorçage Sur l'accompagnement public, le constat de Mehdi Hanoun est nuancé. Les dis- positifs répondent bien, selon lui, aux besoins de démar- rage : les incubateurs, Innov Invest ou des programmes comme TechnoVentures, dont AjiHost fait partie, apportent accompagnement, réseau
et premier financement. Le bilan officiel en témoigne. Selon Tamwilcom, le Fonds Innov Invest a financé plus de 500 startups depuis 2017, pour plus de 590 millions de dirhams, et contribué à struc- turer quatre fonds d'amorçage et de capital-risque. «Le décalage apparaît après cette phase» , poursuit le diri- geant, qui pointe le manque de capital de croissance pour les startups ayant validé leur marché. Les pouvoirs publics ont commencé à combler ce vide. En avril 2026, le Fonds Mohammed VI pour l'investis- sement, avec le ministère de la Transition numérique et la CDG, a présélectionné neuf sociétés de gestion de fonds startups, pour une taille cible cumulée d'environ 2,5 mil- liards de dirhams, du pre-seed à la série A et au-delà. Ces
Le Maroc sait faire naître des startups. Il peine encore à les faire grandir.
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