SOCIÉTÉ
38
FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 30 OCTOBRE 2026
WeXchange 2026 Le tiers-secteur marocain cherche comment transformer le collectif en impact Pour sa cinquième édition, le forum de la Fondation Abdelkader Bensalah a placé la collaboration au cœur des débats, avant de distinguer six initiatives aux Moroccan Social Innovation Awards.
P
Par L. Ch
our sa cinquième édition, le WeXchange Forum, organisé jeudi 22 octobre à Casablanca par la Fondation Abdelkader Bensalah, a choisi pour thème «Collaborer pour faire impact ». Il a réuni des acteurs publics, privés, associa- tifs et académiques venus des 12 régions du Royaume et de quatre continents. Le sujet s’adresse à un tiers-secteur que la Fondation estime à quelque 300.000 acteurs, très présents sur le terrain mais encore insuffisamment reliés aux pouvoirs publics, aux entreprises et au monde académique. Dès la keynote inaugurale, Jamal Belahrach, CEO de People & Company, entrepreneur, a donné le ton : «le Maroc ne manque ni d’initiatives, ni de talents, ni d’énergies. Ce qui nous manque parfois, c’est cette capacité à les faire converger autour d’une ambi- tion commune». Pour savoir ce que «collaborer»
veut dire concrètement, nous avons interrogé trois profils : Tarik Maaroufi, directeur de la Fondation organisatrice, Mouna Hachim, écri- vaine et administratrice du groupe citoyen Save Casablanca, et Rim Zouhry, responsable des parte- nariats, à la Fondation Sanady, récompensée le soir même du Prix éducation des Moroccan Social Innovation Awards. Trois échelles, trois méthodes, une même convic- tion.
secteur dans la création d’emplois et de valeur. Cette année, la suite allait de soi : « ce tiers-secteur a besoin de se connecter aux autres. Public, privé, académique, expertise». Une idée que Pauline Effa, Coordinatrice générale de Fora’ESS/ONG PFAC, a résumée à la tribune en appelant à «construire des écosystèmes qui impliquent la complémentarité». Sur le terrain, la même logique. À Casablanca, Mouna Hachim décrit la naissance de Save Casablanca comme une réponse à l’isolement: «l’idée est partie d’une préoccu- pation individuelle qui a rencontré des préoccupations collectives». La question était devenue évi- dente : «xomment faire en sorte qu’on ne soit pas chacun dans son coin de manière isolée et de manière passive» ? Le groupe a pu se construire parce qu’il n’avait rien à vendre. N’ayant ni ambition politique ni enjeux économiques, assure-t-elle, elle a bénéficié d’un «capital de sympathie de départ », dans un pays où « beaucoup de personnes ont été échaudées par le passé, par des formes de récu- pération». Côté éducation, la responsable des partenariats de Sanady en tire la même leçon à l’échelle d’un élève : «il ne faut pas juste simple- ment agir sur ses compétences à lui, son soutien scolaire, etc. Mais aussi agir sur son écosystème». Son association, active depuis 17 ans auprès d’enfants menacés de décrochage, veut « fédérer tout le
monde autour de l’élève» : ensei- gnants, directeurs, parents, écoles à réhabiliter. Plus de 300.000 élèves quittent l’école au Maroc, avance Rim Zouhry, principale- ment à cause de la qualité des apprentissages : «vous vous trou- vez avec des enfants en fin de cycle de primaire qui ne savent ni lire, ni écrire, ni compter».
Ne plus rester chacun dans son coin
Pour Tarik Maaroufi, le thème découle d’un constat simple : « on ne peut pas résoudre les pro- blèmes aujourd’hui qui sont pres- sants, grandissants au Maroc, sans qu’il y ait une discussion continue entre les acteurs qui composent cet écosystème» . L’an dernier, le forum cherchait à « révé- ler sa force cachée», celle du tiers-
Des alliances qui se construisent sur le terrain
Reste à passer de l’intention à la méthode. Chez Sanady, la réponse tient à la formalisation et au choix des partenaires. Le programme Jodoor+, une remé- diation scolaire pour le primaire centrée sur les compétences de base, a été conçu avec l’Initia- tive nationale pour le développe- ment humain (INDH), « qui n’était pas un simple partenaire qui nous finance uniquement, mais qui nous a accompagnés tout au long du processus» , de l’idée au pilote puis à l’évaluation. Le partena- riat avec le ministère de l’Éduca- tion nationale ouvre l’accès aux écoles, et la fondation s’appuie sur les enseignants en place plutôt que sur des ressources externes : «si on ne fait pas monter en
Jamal Belahrach, CEO de People & Company
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker