FNH N° 1252

POLITIQUE

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 30 OCTOBRE 2026

Afrique subsaharienne. Et main- tenant, on voit la puissance de la Chine, de plus en plus implantée au Maroc, même si les Chinois interviennent plutôt seuls sur le continent. F. N. H. : L’Algérie déve- loppe aussi ses ambitions en Afrique de l’Ouest et au Sahel, et a d’ailleurs sa propre lecture du rôle de la France sur le continent. Comment la rivalité entre Alger et Rabat se combine-t- elle avec le recul français et la concurrence économique et diplomatique entre Paris et le Maroc ? A. G. : Ce qui va primer de plus en plus dans le monde, ce n’est pas seulement la mondialisation ni le retour des empires : c’est aussi, je dirais, le retour des relations de voi- sinage. Entre l’Algérie et le Maroc, ce n’est pas un hasard si l’Algérie a changé sa Constitution : ce qui prime pour elle, c’est de pouvoir intervenir de plus en plus dans son environnement. Elle joue une nouvelle carte, en dehors même de la France, qui n’a plus du tout la main. La France a perdu toute sa position dans l’ensemble des pays du Sahel, et la nature a horreur du vide. Il y aura peut-être demain une base algérienne au Niger. On voit aussi l’importance du sud de la Libye et de la passe de Salvador : tout le monde surveille les relations entre la Libye, le Tchad, le Niger, le Mali et le reste des pays du Sahel. Du côté marocain, il y a une pro- position faite aux États du Sahel d’avoir une sortie sur l’Atlantique, avec l’aide du Maroc. Il y a aussi les grands projets d’évacuation du gaz du Nigeria, avec le gazoduc, par la voie algérienne ou par la voie marocaine. Ce qui va primer, c’est «dis-moi qui est ton voisin, dis-moi la politique de ton voisin». C’est vraiment le voisinage. F. N. H. : On est donc dans une logique purement prag- matique ? A. G. : Complètement. C’est le pragmatisme. Cela ne sert à rien d’appartenir à un grand ensemble, parce que personne ne viendra vous aider pour vos problèmes de frontières. ◆

 La visite officielle du Roi Mohammed VI en France serait prévue au début de l’année 2027.

F. N. H. : Un changement de majorité pourrait-il remettre en cause la reconnaissance française de la marocanité du Sahara ? A. G. : Mon impression globale est que non : j’ai l’impression qu’une page est tournée. Ce ne serait pas cela qui jouerait, mais beaucoup plus les relations d’État à État, sur les plans diplomatique, sécuritaire et du business. En ce moment, le patronat français se plaint beau- coup, sans que ce soit affiché, des réticences des Algériens à accepter des importations de produits fran- çais. Ces éléments pèseront beau- coup plus que la question de la marocanité du Sahara, qui est pour moi un peu dépassée. Supposons qu’un chef d’État prenne une posi- tion de soutien total à la position adverse : je n’y crois pas, la France serait trop isolée sur ce dossier. F. N. H. : Vous étudiez depuis des décennies l’influence française en Afrique et son recul en Afrique subsaha- rienne. Le Maroc pouvait apparaître il y a quelques années comme un relais pour Paris là où la France a perdu pied. Est-ce toujours le cas ? A. G. : Il y a, dans les milieux d’affaires français, une sorte de leurre. Pendant toute la période postcoloniale, des indépendances jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989-1990, la France a continué à se croire chez elle en Afrique. Elle avait exporté non seulement sa langue, ce qui n’est pas une mauvaise chose, mais aussi toutes ses institutions et ses militaires, et elle faisait à la place des Africains.

Elle s’est fait chasser d’Afrique, et elle a cru que cela pouvait se pour- suivre. À la chute du mur de Berlin, la France était obsédée par la réu- nification de l’Allemagne, à laquelle Mitterrand ne croyait d’ailleurs pas, et elle a pensé qu’elle pouvait continuer à l’ancienne, en se subs- tituant un peu aux Africains. Ensuite, les milieux d’affaires ont pensé que les relais du business passeraient par le Maroc, avec des partenaires marocains intervenant en Afrique subsaharienne. Mais on a bien vu, en particulier dans le sec- teur bancaire, que les Marocains n’ont pas besoin des Français pour y intervenir. Ils ont repris un certain nombre de banques fran- çaises, et dans tous les secteurs, les Marocains agissent directe- ment. On peut seulement constater qu’un certain nombre d’étudiants et de cadres d’Afrique subsaha- rienne passent par des universités comme celle de Fès : le Maroc est devenu extrêmement important pour de jeunes diplômés d’Afrique subsaharienne. La francophonie joue toujours, et les relations aussi. Mais, très honnêtement, c’est nor- mal. La France a vécu un anachro- nisme historique, et elle retombe d’autant plus bas qu’elle a cru, ces dernières années, pouvoir continuer à faire le gendarme en Afrique, alors que ses partenaires européens, les Allemands, les Italiens, les Espagnols, venus au Niger, faisaient chacun leur busi- ness de leur côté. Avant, tout le

monde se tournait vers la France pour se lancer.

F. N. H. : Le Maroc joue-t-il plutôt un rôle de médiateur pour la France en Afrique, ou devient-il un concurrent de Paris dans son ancien pré carré ? A. G. : Je pense que ce sera de plus en plus une concurrence. La seule position qui reste à la France, c’est qu’elle sert toujours un peu de relais auprès du FMI et de la Banque centrale européenne, et qu’elle joue encore un rôle au Club de Paris, sur la dette exté- rieure. Mais on sous-estime le fait que l’endettement de la France va l’empêcher de continuer à jouer un rôle important, d’annuler ou de réa- ménager des dettes, parce qu’elle sera elle-même forcée d’emprunter à des taux beaucoup plus élevés, même pour aider d’autres pays, dont le Maroc. Si l’on regarde les grands contrats un par un, face à la Chine, à l’Asie ou aux Turcs, les entreprises françaises ont toujours été accompagnées de finance- ments préférentiels qui, à mon avis, n’existeront plus demain. F. N. H. : Les investissements triangulaires, longtemps évo- qués entre Paris et Rabat, associaient capitaux français, savoir-faire marocain et mar- chés africains, au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Sahel. Ce modèle n’est donc plus viable face à l’endettement de la France ? A. G. : Oui. Tout cela avait un sens: accompagner financièrement des projets franco-marocains en

«Mélenchon a des relations personnelles avec le Maroc, mais avec lui, on aurait quand même un chaud-froid».

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