FNH N° 1252

POLITIQUE

34

FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 30 OCTOBRE 2026

Maroc-France «Les Marocains n’ont pas besoin des Français pour intervenir en Afrique»

le Rassemblement national, avec Marine Le Pen, qui recueille le plus de suffrages. Or le RN a toujours entretenu des liens avec le Maroc: Hélène Laporte, vice-présidente de l’Assemblée nationale, y pré- side le groupe d’amitié France- Maroc. Plus largement, beaucoup de personnalités françaises, de tous bords, restent très proches du Maroc. Mais, compte tenu de ces incertitudes, je ne vois pas aujourd’hui de scénario clair. F. N. H. : Justement, un gou- vernement RN afficherait un soutien très net à Rabat, notamment sur le Sahara. Mais le RN, ce sont aussi des positions sur l’immigra- tion, sur les binationaux, sur la double nationalité, et des propos parfois condamnés par la justice, qui visent une partie de la diaspora maro- caine en France. Comment Rabat pourrait-elle s’accom- moder d’un allié diploma- tique hostile à ses ressortis- sants ? A. G. : Ce sera la grande difficulté pour le Maroc. Il y a toujours eu des relations étroites entre les services français et marocains, même quand les choses allaient mal. Quand la diplomatie s’interrompt entre deux pays, le fil ténu qui tient toujours est celui des services secrets. C’est vrai entre la France et l’Algérie, comme entre la France et le Maroc. La grande inconnue, si le RN arrive au pouvoir, c’est qu’il y aura sans doute, pour le Maroc, un effort soutenu de diplomatie relationnelle. Mais le grand écart portera sur le traitement des communautés marocaines : les Franco-Marocains de deuxième ou troisième généra- tion, les Français d’origine maro- caine. Tout dépendra de la place qu’occupera ce traitement des Français d’origine maghrébine face à une politique diplomatique, sécu- ritaire et militaire en Méditerranée. Compte tenu du problème avec l’Algérie, la relation entre le RN et l’Algérie est glaciale : il y a une inversion. Mais, encore une fois, ce qui prime en France en ce moment, c’est la politique intérieure, pas la poli- tique extérieure ni la diplomatie. C’est d’autant plus compliqué pour

À quelques mois de la visite d’État du Roi Mohammed VI à Paris, prévue pour janvier 2027, lors de laquelle un traité d’amitié doit être signé, et à l’approche de la présidentielle française, le rapprochement Rabat-Paris est-il assez solide pour survivre à l’alternance ? Journaliste, ancien directeur de La Lettre du Continent , devenue Africa Intelligence, et coauteur avec Pascal Airault du Piège africain de Macron , Antoine Glaser décrypte les scénarios RN et LFI, le poids des finances françaises et la concurrence entre Paris, Rabat et Alger sur le continent africain. Entretien.

Propos recueillis par L. Ch

Emmanuel Macron est venu en grand équipage, avec 220 person- nalités françaises, et une myriade de contrats ont été signés, notam- ment dans les transports, mais aussi avec Engie sur l’hydrogène vert et avec l’OCP. Ce report est le deuxième : la visite de Sa Majesté, annoncée pour cet automne, a été repoussée au début de l’année. On a l’impression que l’engouement de 2024 est retombé, et les difficultés financières de la France vont peser de plus en plus sur les relations économiques et financières franco-marocaines. Les grands contrats français à l’étran- ger, en particulier au Maroc, sont très souvent accompagnés d’im- portants prêts français, de l’Agence française de développement (AFD) ou de Bpifrance. Or, compte tenu de la situation financière de la France, la capacité des banques françaises et des organismes d’État à emprunter pour accom- pagner ces contrats s’amenuise,

car cela leur coûte de plus en plus cher. La situation financière de la France pèse donc aujourd’hui for- tement sur les relations d’affaires. Celui qui connaît le mieux le busi- ness franco-marocain est l’ancien ambassadeur de France à Rabat, Christophe Lecourtier, aujourd’hui à la tête de l’Agence française de développement. F. N. H. : Le Rassemblement national (RN) arrive en tête de plusieurs sondages. Quelle place le Maroc pour- rait-il occuper dans la poli- tique étrangère d’un pro- chain président français, notamment au regard des liens économiques, sécuri- taires et migratoires entre les deux pays ? A. G. : Il est très difficile de répondre, car l’avenir des rela- tions franco-marocaines dépend d’une situation politique française très incertaine. Aujourd’hui, c’est

Finances News Hebdo : Après la visite d’Emmanuel Macron au Maroc en 2024 et la reconnaissance de la marocanité du Sahara par la France, que reste-t-il de ce rapprochement et peut-il résister à un changement de président ? Antoine Glaser : C’est très dif- ficile à prévoir, car cela dépend des positions des partis et des candidats. Il faut toutefois rappeler l’engouement extrêmement impor- tant suscité par la visite d’Emma- nuel Macron au Maroc, en octobre 2024. Il avait longtemps cherché à équilibrer sa relation entre l’Algérie et le Maroc, mais c’est finalement le business qui a primé. L’Espagne a d’abord reconnu la marocani- té du Sahara, puis l’Allemagne et d’autres partenaires européens de la France; la France l’a fait à son tour, un peu tardivement. Cela a permis de monter ce voyage. L’engouement était réel en 2024:

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker