ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026
Cela explique pourquoi la régula- tion publique reste déterminante. Sans cadre légal contraignant, les comportements vertueux restent souvent limités. La loi 69-21 est donc un mécanisme de rééquilibrage progressif des rela- tions commerciales. Cependant, les résultats de 2024 ne doivent pas masquer les fragilités per- sistantes. Un délai moyen global de 150 jours reste extrêmement élevé à l’échelle internationale. L’enjeu pour 2025 sera donc de poursuivre l’élargissement de la discipline de paiement, tout en évitant que les contraintes réglementaires ne pèsent exces- sivement sur les entreprises déjà fragilisées par un contexte éco- nomique difficile. Dans cette perspective, Amine Diouri estime que plusieurs leviers complémentaires devront être activés. «Des mesures com- plémentaires peuvent être envi- sagées. Tout d’abord, renforcer les contrôles et publier les sanc- tions. La publication régulière des entreprises sanctionnées (“name and shame”) aurait un effet dissuasif puissant, particu- lièrement sur les entreprises sou- cieuses de leur image. Ensuite, il serait utile de développer les outils de financement alterna- tif comme l’affacturage inversé (reverse factoring) porté par les grandes entreprises au bénéfice de leurs fournisseurs TPE. Les récentes mesures annoncées par l’Etat vont dans ce sens. Il faudrait également réfléchir à un mécanisme qui permettrait de conditionner l'accès aux mar- chés publics au respect strict des délais de paiement, comme cela existe dans certains pays européens. Enfin, il est important d’accompagner spécifiquement les TPE/PME sur leur gestion de trésorerie et leur recouvre- ment, car beaucoup subissent les retards faute d'outils, notam- ment Data pour les anticiper et les gérer», suggère-t-il. Et de conclure que «le défi des prochaines années sera de transformer cette amélioration conjoncturelle en changement structurel des comportements de paiement». ◆
368 milliards de dirhams en 2024, en légère baisse de 1% par rapport à 2023. Ce montant représente encore 23% du PIB marocain contre une moyenne de 28% sur les cinq dernières années. Ce chiffre est fonda- mental, car il montre que le cré- dit interentreprises demeure la première source de financement des sociétés privées au Maroc, devant même le crédit bancaire. En 2024, le crédit bancaire accor- dé aux sociétés non financières privées atteint 339 milliards de dirhams (vs 368 milliards pour le crédit interentreprises). « Le crédit interentreprises demeure stable ces dernières années (- 2%), tout en restant la pre- mière source de financement des entreprises privées, alors que le crédit bancaire progresse plus rapidement (+17%) sur la même période» , précise à ce titre Inforisk. Autrement dit, l’écono- mie marocaine continue large- ment de fonctionner grâce aux délais de paiement consentis entre entreprises. Cette situa- tion présente un double visage. D’un côté, elle permet à de nom- breuses entreprises de com- penser les difficultés d’accès au financement bancaire. De l’autre, elle fragilise considérablement les acteurs les plus petits, qui deviennent involontairement les banquiers de leurs clients. Toute la difficulté pour les pouvoirs publics consiste donc à réduire les délais excessifs sans casser brutalement les mécanismes de financement informel qui sou- tiennent une partie de l’activité économique. Sur ce plan, les indicateurs publiés par Inforisk sont encou- rageants. La part des entreprises respectant le délai légal maxi- mal de 120 jours atteint désor- mais 82% contre 77% en 2023. Dans le même temps, la pro- portion d’entreprises accusant des retards supérieurs à 90 jours diminue fortement, passant de 22% en 2022 à 10% en 2024. Cette amélioration est suffisam- ment significative pour placer le Maroc parmi les meilleurs élèves mondiaux en matière de respect des délais légaux de paiement,
Evolution du crédit interentreprises privé (en MMDH)
selon le benchmark international présenté par Inforisk. Mais l’étude souligne aussi un paradoxe intéressant : le Maroc figure simultanément parmi les pays les moins performants concernant les retards supé- rieurs à 90 jours. En clair, une grande majorité d’entreprises respecte désormais relativement bien les plafonds légaux, mais une minorité continue d’accu- muler des retards extrêmement importants. Ce phénomène traduit probable- ment l’existence d’un noyau dur d’entreprises structurellement fragiles ou de mauvais payeurs chroniques, qui restent en dehors de la dynamique d’amélioration globale. Il montre également que la loi 69-21, bien qu’efficace, ne peut à elle seule régler des pro- blèmes liés à la gouvernance, à la solvabilité ou aux déséqui- libres de trésorerie. Les grandes entreprises font la loi L’étude met aussi en lumière le poids écrasant des grandes entreprises dans les retards les plus importants. Les grandes structures représentent 55% du crédit interentreprises associé à des retards supérieurs à 90 jours. Ce chiffre montre que les retards de paiement ne sont pas seulement un problème de fai- blesse financière, mais parfois aussi de rapport de force écono- mique. Amine Diouri relève à ce sujet un paradoxe révélateur des déséquilibres existants dans les
relations commerciales. «L'étude révèle un paradoxe frappant : les grandes entreprises repré- sentent 55% de la valeur des retards supérieurs à 90 jours, alors qu'elles affichent les délais clients moyens les plus bas (78 jours). Plusieurs explications convergent. Les grandes entre- prises traitent des volumes de facturation considérablement plus élevés que les TPE et PME. Même un faible pourcentage de factures payées en retard se traduit mécaniquement par une part en valeur très importante. Quand une grande entreprise retarde une facture, l'impact en Dirhams est sans commune mesure avec celui d'une TPE» , note-t-il. Et d’ajouter par ailleurs que «les grandes entreprises sont souvent en position domi- nante face à leurs fournisseurs PME et TPE, qui n'osent pas réclamer formellement leurs paiements de peur de perdre le contrat. Les grandes entre- prises en profitent pour réclamer l’annulation de factures arrivées à échéance et leur remplace- ment par de nouvelles factures avec un nouveau terme à courir». C’est dire que dans beaucoup de cas, les petites structures n’ont tout simplement pas le pouvoir de négociation nécessaire pour imposer des délais raisonnables à leurs grands donneurs d’ordre.
La part des entreprises respectant le délai légal maximal de 120 jours atteint désormais 82% contre 77% en 2023.
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