ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026
répercussions directes sur le coût de la vie et le sentiment de perte du pouvoir d’achat», précise Jadri. Cette vulnérabilité est apparue avec force après la reprise post- Covid, puis la guerre en Ukraine. En 2022, l’inflation avait atteint près de 6,6%, un niveau inédit depuis plusieurs décennies, tandis que le prix du gasoil dépassait ponctuellement les 16 dirhams le litre. Cette flambée des coûts énergé- tiques a rapidement diffusé ses effets à l’ensemble de l’économie. Transport, logistique, agriculture, distribution ou production indus- trielle : l’augmentation des charges liées à l’énergie a alimenté une poussée inflationniste générali- sée, particulièrement visible dans l’alimentation et les dépenses du quotidien. En 2026, la décompensation pèse Plus de dix ans après la libéralisa- tion des carburants, les effets de la décompensation continuent de peser lourdement sur le quotidien des ménages marocains. En 2026, dans un contexte marqué par le retour des tensions énergétiques mondiales et la persistance de l’in- flation, cette pression apparaît plus visible que jamais. Face à cette pression inflation- niste, le gouvernement a progres- sivement accéléré le déploiement des aides sociales directes dans le cadre du chantier de l’État social. Selon les données officielles, plus de 3,9 millions de ménages béné- ficiaient de ces aides en 2025. Les montants versés varient générale- ment entre 500 et 1.350 dirhams mensuels selon la composition familiale et la situation sociale des bénéficiaires. Ce nouveau modèle repose sur une logique de ciblage. Contrairement à l’ancien système de compensa- tion, les aides ne profitent plus à l’ensemble de la population. Elles concernent prioritairement les foyers considérés comme les plus vulnérables selon les critères du Registre social unifié. Or, cette configuration laisse aujourd’hui une partie importante des classes moyennes dans une zone intermédiaire particulière-
Plus de 3,9 millions de ménages bénéficiaient déjà des aides sociales directes en 2025…
Décompensation des carburants Les aides directes ont-elles tenu leurs promesses ? À mesure que les prix de l’énergie, des produits alimentaires et du transport continuent de peser sur le budget des ménages, une question s’impose progressivement au cœur du débat économique et social : était-ce vraiment une bonne idée de décompenser les carburants ? Le nouveau modèle d’aides directes mis en place par l’État suffit-il réellement à amortir le choc inflationniste subi par les classes modestes et la classe moyenne ? Par M. A. L.
L
ongtemps pilier de la politique sociale marocaine, la Caisse de compensation permettait de main- tenir artificiellement bas les prix de plusieurs produits stratégiques, au premier rang desquels les carbu- rants. Mais confronté à l’envolée du coût des subventions après les chocs pétroliers des années 2000 et à une pression croissante sur les finances publiques, le Royaume avait progressivement engagé une réforme profonde de son système de soutien. En 2012, les dépenses de compen- sation avaient atteint près de 56 milliards de dirhams, soit l’un des niveaux les plus élevés de l’his- toire budgétaire récente du pays. Les carburants représentaient à
eux seuls une part considérable de cette charge, dans un contexte marqué par la flambée des cours internationaux du pétrole. «Le sys- tème de subventions généralisées représentait une charge très lourde pour les finances publiques, sur- tout dans un contexte de hausse des prix internationaux du pétrole. À certains moments, la compen- sation absorbait des dizaines de milliards de dirhams, limitant la capacité de l’État à financer d’autres priorités sociales comme la santé, l’éducation ou la protec- tion sociale», explique Mohammed Jadri, économiste et directeur de l'Observatoire de l'action gouver- nementale. Entre 2013 et 2015, le gouverne-
ment avait finalement procédé à la libéralisation progressive des prix des carburants, mettant fin à un système de subventions univer- selles devenu difficilement soute- nable pour les finances publiques. Cette réforme a profondément redessiné l’équilibre économique et social marocain. Car si elle a permis à l’État d’alléger signifi- cativement la pression budgétaire liée à la compensation, elle a éga- lement exposé directement les ménages aux fluctuations des mar- chés internationaux de l’énergie. «Si cette réforme était économi- quement rationnelle, elle a aussi rendu l’économie marocaine plus exposée aux fluctuations des marchés internationaux, avec des
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