FNH N° 1236

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026

Espaces maritimes africains Entre potentiel stratégique et fragilités structurelles

Longtemps reléguée aux périphéries des stratégies africaines de développement, la mer refait aujourd’hui surface dans les réflexions géopolitiques, économiques et souverainistes du continent. À Rabat, lors de l’African Maritime Symposium organisé par le Policy Center for the New South (PCNS), experts, juristes et stratèges ont tenté de répondre à une question devenue centrale à l’heure des recompositions mondiales : comment transformer l’immense potentiel maritime africain en véritable instrument de puissance ?

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errière l’intitulé du panel, «Les espaces maritimes africains : diagnostic stratégique des attri- buts et des limites» , s’est impo- sée une même réalité : l’Afrique dispose des espaces, regorge de ressources et possède même les instruments straté- giques nécessaires, mais conti- nue de buter contre ses propres fragmentations politiques, ses inerties institutionnelles et son incapacité chronique à convertir la vision en action. Pour Georges Mba Asseko, conseiller auprès du Président de la République gabonaise et ancien responsable de la Division de l’Économie bleue à la Commission de l’Union afri-

caine, la question maritime afri- caine renvoie presque à une fracture civilisationnelle. «Les milieux aquatiques sont, depuis la nuit des temps, le liant, le véhicule, le connecteur entre les peuples» , rappelle-t-il, avant de regretter qu’après les indépen- dances, une grande partie des États africains aient progressi- vement «tourné le dos à la mer». Le paradoxe n’en est que plus saisissant. Car le continent se situe au croisement de cer- taines des plus importantes routes maritimes mondiales. Plus d’une centaine de ports structurent aujourd’hui les échanges africains, tandis que les façades maritimes du conti-

nent concentrent d’immenses ressources halieutiques, éner- gétiques et minières. Pourtant, malgré l’abondance des stra- tégies élaborées ces dernières années, à savoir la stratégie maritime intégrée africaine 2050 (AIMS 2050), la stratégie afri- caine de l’économie bleue ou encore les projets de gouver- nance océanique, l’Afrique peine encore à transformer ses ambi- tions en trajectoire opération- nelle. «En Afrique, nous sommes très forts pour développer des instruments. Nous avons des stratégies, nous avons des plans d’action. Mais la question fon- damentale qui se pose à mon avis, c’est comment on passe des stratégies à l’action», se demande Georges Mba Asseko. À ses yeux, le continent ne souffre plus d’un déficit de vision, mais d’un déficit de mécanismes. Derrière les grandes ambitions continen- tales, persistent les mêmes fra- gilités : faiblesse des finance- ments, absence de dispositifs de mise en œuvre, déficit de compétences spécialisées et manque de coordination entre États. Ainsi, dans un contexte international marqué par la recomposition des équilibres géopolitiques et la bataille mon-

diale pour les ressources straté- giques, il appelle à l’émergence d’une véritable «African Voice» sur les questions maritimes. «Il faut qu’on ait une seule voix. Il faut qu’on ait une seule vision. Il faut qu’on ait un seul objectif. Il faut qu’on ait une seule straté- gie», insiste-t-il. Cette fragmentation continen- tale se lit également dans le faible engagement des États autour de leurs propres ins- truments juridiques. Georges Mba Asseko cite notamment la Charte de Lomé, seul ins- trument juridiquement contrai- gnant de l’Union africaine dans le domaine maritime. «Dix ans après, seuls trois pays l’ont rati- fiée. Sommes-nous sérieux?», s’interroge-t-il, dans une remarque qui résonne presque comme un aveu d’impuissance collective. Cette interrogation trouve un prolongement naturel dans l’intervention de Diénaba Beye, juriste spécialisée en droit inter- national au Sénégal, venue replacer les enjeux africains dans le cadre plus large du droit

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