FNH N° 1236

DEVELOPPEMENT DURABLE

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FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026

Transition énergétique

Le Maroc, futur champion africain de l’hydrogène vert ? Fort de son potentiel renouvelable et de sa proximité avec l’Europe, le Royaume multiplie les projets et les investissements dans l’espoir de transformer cette révolution énergétique en levier de puissance économique. Mais derrière les promesses de croissance et de décarbonation, la filière reste confrontée à de nombreux défis. Décryptage.

Par M. A. L.

À

sive énergétique se dessine une stratégie autrement plus vaste : inscrire durablement le Maroc au cœur des futures routes mondiales de l’énergie décarbonée. Car pour Rabat, l’enjeu dépasse largement la seule production d’électricité verte. Il s’agit désor- mais de capter une partie des nou- velles chaînes industrielles liées à la décarbonation mondiale, à un moment où l’Europe cherche activement à sécuriser ses futurs approvisionnements énergétiques hors des circuits traditionnels. Un avantage énergétique Dans la bataille mondiale qui s’ouvre autour de l’hydrogène vert, le Maroc avance un atout décisif : celui de la ressource. Car la com- pétitivité de cette industrie repose avant tout sur une équation simple mais implacable : produire une électricité renouvelable abondante et bon marché afin d’alimenter les électrolyseurs chargés d’extraire l’hydrogène de l’eau. Grâce à ses vastes réserves solaires et à ses importants cor- ridors venteux atlantiques, le Royaume figure aujourd’hui parmi les territoires les mieux position- nés de la région. Mais au-delà du seul potentiel énergétique, certains experts estiment que le Maroc dis- pose désormais d’atouts structu- rels lui permettant d’ambitionner un véritable rôle de hub régional. «Le Maroc dispose d’avantages uniques qui le positionnent en pole position régionale en tant que hub de l’hydrogène vert et ses dérivés »,

explique Dr. Hicham Bouzekri, expert senior en transition éner- gétique. «Sa proximité immédiate avec l’Europe, premier marché mondial de l’hydrogène vert, mais aussi ses infrastructures portuaires et les futurs projets comme Dakhla Atlantique ou le gazoduc Nigeria- Maroc renforcent cette vocation de hub régional pleinement ins- crit dans la transition énergétique mondiale», ajoute-t-il. Selon plusieurs estimations relayées par la Banque mondiale et l’Agence internationale de l’éner- gie, le Royaume pourrait produire de l’hydrogène vert à des coûts compris entre 1,5 et 2,5 dollars par kilogramme à l’horizon 2050, soit des niveaux susceptibles de le pla- cer parmi les producteurs les plus compétitifs au monde. À cet avantage énergétique, s’ajoute une autre donnée fon- damentale : la proximité géogra- phique avec l’Europe. Alors que l’Union européenne ambitionne d’importer dix millions de tonnes d’hydrogène renouvelable d’ici 2030 afin d’alimenter sa transition industrielle, le Maroc apparaît pro- gressivement comme un partenaire naturel pour plusieurs économies européennes en quête de fournis- seurs énergétiques stables, com- pétitifs et politiquement fiables. Cette dynamique commence déjà à se matérialiser sur le terrain. En 2025, le gouvernement marocain a validé des projets liés à l’hydro- gène vert représentant près de 319 milliards de dirhams d’investisse- ments potentiels. Groupes saou-

mesure que la transition énergé- tique mondiale redessine les hié- rarchies industrielles et géopoli- tiques, l’hydrogène vert s’impose progressivement comme l’un des nouveaux centres de gra- vité de l’économie décarbonée. Longtemps cantonné aux projec- tions technologiques, ce carbu- rant du futur cristallise désormais les ambitions des grandes puis- sances industrielles, des produc- teurs énergétiques historiques et des économies émergentes dési- reuses de se frayer une place dans les nouvelles chaînes de valeur mondiales. Au Maroc, cette révolution énergé- tique nourrit une ambition claire- ment assumée : faire du Royaume l’un des futurs pôles africains de l’hydrogène vert. Fort de son potentiel solaire et éolien parmi les plus compétitifs de la région, de sa proximité stratégique avec l’Europe et de l’expérience accu- mulée dans les grands projets d’énergies renouvelables, le pays tente aujourd’hui de convertir ses avantages naturels en levier de puissance industrielle et géoéco- nomique. Cette ambition a pris une nouvelle dimension avec le lancement de «l’Offre Maroc» , un dispositif des- tiné à attirer les grands investis- seurs internationaux de la filière. Le programme prévoit notamment la mobilisation progressive d’un million d’hectares dédiés aux pro- jets liés à l’hydrogène vert, dont 300.000 hectares dans une pre- mière phase. Derrière cette offen-

diens, émiratis, européens, chinois et marocains multiplient désormais les consortiums et les accords exploratoires autour du potentiel énergétique du Royaume. Selon les annonces officielles, ces projets devraient permettre l’ajout de près de 20 GW de capacités renouvelables supplémentaires dans le Royaume. «Certes, le pro- grès paraît lent, mais dans ce type de projet, il faut avoir de la patience et sélectionner des investisseurs internationaux d’envergure», sou- ligne l’expert, rappelant que les calendriers d’exécution restent étroitement liés à l’évolution de la demande mondiale et aux incerti- tudes réglementaires qui entourent encore la filière. Le projet étudié par TotalEnergies dans la région de Guelmim-Oued Noun illustre cette montée en puis- sance. Le groupe français envi- sage le développement d’un vaste complexe reposant sur un gigawatt de capacités renouvelables afin de produire jusqu’à 200.000 tonnes d’ammoniac vert par an destinées à l’export vers le marché européen. Une compétition mondiale L’hydrogène vert ne constitue pas seulement une révolution énergé- tique; il inaugure également une nouvelle géographie des rapports

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