DEVELOPPEMENT DURABLE
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FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026
ces infrastructures pourraient également favoriser l’émergence de nouvelles activités agricoles dans certaines régions du Sud grâce à la disponibilité d’une eau dessalée qui n’aurait autrement pas été économiquement viable. Au-delà de la question hydrique, le véritable défi réside surtout dans la capacité du Royaume à transformer cette ambition éner- gétique en véritable levier indus- triel. Car produire de l’hydrogène vert ne suffira pas à garantir une montée en gamme économique durable. L’enjeu sera surtout de développer un écosystème natio- nal capable de générer transfert technologique, emplois qualifiés et intégration industrielle locale. Plusieurs projections estiment que la filière pourrait générer plus de 15.000 emplois directs et indirects à l’horizon 2030, tandis que certaines études évoquent un potentiel économique pouvant atteindre 22 milliards de dirhams de revenus annuels d’ici la fin de la décennie. Mais ces pers- pectives restent encore large- ment tributaires de l’évolution des marchés internationaux et de la demande réelle pour l’hydrogène vert et ses dérivés. Au-delà des projections écono- miques, «le plus grand risque pour le Maroc serait de ne pas se positionner», estime Dr. Hicham Bouzekri, soulignant que «dans un secteur émergent, l’incertitude est inhérente, mais l’absence de pari l’est encore plus» . L’un des points forts de l’ap- proche marocaine réside préci- sément dans le fait que l’État ne porte pas directement le risque technologique et financier des projets, celui-ci étant assumé par les consortiums privés engagés dans la filière. «Le réchauffement climatique nous rappelle chaque année, avec une brutalité croissante, que la décarbonation n’est pas une option» , poursuit-il . «Le Maroc, en se positionnant sur l’hydrogène vert, ne fait pas que saisir une opportunité économique. Il prend sa part de responsabilité dans une transition qui conditionne l’avenir de centaines de millions de per- sonnes» , conclut-il. ◆
Entre ambition industrielle et pression hydrique Derrière les promesses de cette nouvelle révolution énergétique subsiste une réalité autrement plus complexe : l’hydrogène vert demeure une industrie extrême- ment gourmande en infrastruc- tures, en capitaux… et en eau. Or, c’est précisément sur ce terrain que se cristallise l’une des princi- pales fragilités marocaines. Car la production d’hydrogène vert repose sur l’électrolyse de l’eau, un procédé nécessitant d’impor- tantes ressources hydriques dans un pays déjà confronté à un stress hydrique structurel. Si les fortes précipitations enregistrées durant l’hiver 2025-2026 ont permis une amélioration sensible des réserves hydriques du Royaume après plu- sieurs années de sécheresse, les experts estiment néanmoins que le Maroc demeure confronté à une pression durable sur ses res- sources en eau, accentuée par la variabilité climatique. Face à cette contrainte, Rabat accélère massivement ses inves- tissements dans le dessalement. Le gouvernement ambitionne désormais de couvrir près de 60% des besoins nationaux en eau potable grâce au dessalement à l’horizon 2030, contre environ 25% actuellement. Le Maroc pré- voit ainsi de produire 1,7 milliard de m3 d’eau dessalée par an d’ici la fin de la décennie, notamment à travers de nouvelles infrastruc- tures alimentées par les énergies renouvelables. Mais cette stra- tégie implique elle-même des investissements considérables et soulève déjà plusieurs interroga- tions environnementales liées aux rejets de saumure et à la pression exercée sur les littoraux. Pour autant, certains spécialistes estiment que les projets d’hydro- gène vert pourraient paradoxa- lement contribuer à atténuer une partie de cette contrainte hydrique. «Tous les projets doivent prévoir de grandes stations de dessa- lement d’eau de mer» , souligne Dr. Hicham Bouzekri, précisant que « les capacités excédentaires pourraient être mises à disposi- tion des populations autour des sites d’implantation.» Selon lui,
319 Mds de DH d’investissements potentiels, 20 GW de capacités renouvelables supplémentaires et jusqu’à 22 Mds de DH de revenus annuels espérés par le Maroc.
Bouzekri. «Comme aujourd’hui avec les hydrocarbures, plusieurs pays alimenteront simultanément le marché mondial de l’hydrogène vert» , ajoute-t-il. Le véritable enjeu résidera sur- tout dans la capacité à maximi- ser la valeur ajoutée locale tout en maintenant la compétitivité du produit final sur les marchés inter- nationaux. Car derrière les ambi- tions énergétiques se joue éga- lement une bataille industrielle. L’OCP apparaît déjà comme l’un des acteurs clés de cette trans- formation. Son vaste programme de décarbonation prévoit notam- ment le remplacement progressif de l’ammoniac gris importé par de l’ammoniac vert produit loca- lement à partir d’hydrogène vert marocain. «Le programme prévoit la mise en place d’un écosystème industriel national pour accompagner cette transformation et maximiser la valeur ajoutée locale» , précise l’ex- pert, tout en soulignant la néces- sité d’éviter une juxtaposition de projets isolés sans véritables synergies industrielles nationales.
de puissance. De l’Afrique au Golfe, plusieurs États cherchent désormais à se positionner comme les futurs exportateurs d’énergie décarbonée des grandes écono- mies industrielles. Sur le continent africain, la compétition autour de l’hydrogène vert s’accélère rapide- ment. L’Égypte multiplie les projets énergétiques autour de la zone économique du canal de Suez avec l’ambition de devenir l’un des principaux hubs régionaux de pro- duction et d’exportation vers l’Eu- rope. La Namibie, la Mauritanie et l’Afrique du Sud nourrissent elles aussi des ambitions considérables, tandis que les monarchies du Golfe investissent massivement afin de préserver leur statut de puissances énergétiques mondiales à l’ère post-pétrole. Face à cette montée en puissance concurrentielle, le Maroc tente de capitaliser sur un positionnement hybride particulièrement straté- gique : celui d’un pays africain bénéficiant d’une connexion logis- tique directe avec l’Europe. Mais pour plusieurs analystes, cette concurrence ne condamne pas pour autant les ambitions maro- caines. « Les scénarios de décar- bonation prévoient une demande qu’aucun pays seul ne pourra satisfaire» , explique Dr. Hicham
Le Maroc, en se positionnant sur l’hydrogène vert, prend sa part de responsabilité dans une transition qui conditionne l’avenir de centaines de millions de personnes.
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