FNH N° 1236

HIGH-TECH

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FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026

Cloud – GPU - Data centers Pourquoi l’IA pousse les entreprises à repenser leurs infrastructures

en matière de développement, d’innovation et même de délai de mise sur le marché. À l’inverse, une entreprise qui doit attendre plusieurs semaines ou plusieurs mois pour accéder à ces ressources peut rapidement perdre du temps dans ses projets. F. N. H. : Les limites liées à l’énergie et au refroidissement des data centers IA sont-elles devenues un défi majeur ? M. M. : Oui, parce qu’un serveur IA n’a pas du tout le même comportement qu’un serveur classique. Quand on commence à empiler des GPU haute performance dans des clusters, on augmente fortement la densité énergétique. Aujourd’hui, certains racks peuvent dépasser 50 ou même 100 kilowatts, alors qu’on était historiquement beaucoup plus bas. Donc la question n’est plus uniquement : «combien de serveurs je peux installer ?», mais aussi : «est-ce que je peux les alimenter et les refroidir efficace- ment ?». À terme, le défi peut même devenir une question de capacité physique. Dans certains cas, le problème n’est plus d’avoir l’espace pour installer de nouveaux ser- veurs, mais plutôt de savoir si l’infrastructure électrique existante est capable d’absorber cette charge supplémentaire. F. N. H. : Quels facteurs deviennent aujourd’hui déterminants dans la compétition mondiale autour des data centers ? M. M. : Il y a quelques années, on par- lait surtout de connectivité et d’emplace- ment géographique. Aujourd’hui, les critères ont beaucoup évolué. L’énergie devient un sujet majeur, parce que les infrastructures IA consomment beaucoup plus de ressources. Il y a aussi la proximité avec les utilisateurs pour réduire la latence, les enjeux de souve- raineté des données, et désormais l’accès à la puissance de calcul via les GPU devient lui aussi un élément stratégique. F. N. H. : Le Maroc peut-il profiter de cette nouvelle vague autour des infrastructures IA et du cloud ? M. M. : Oui, je pense qu’il y a une vraie carte à jouer. Le Maroc dispose déjà de plu- sieurs atouts : une position stratégique entre l’Europe et l’Afrique, une bonne connectivité internationale et un écosystème numérique qui évolue progressivement. On voit aussi de plus en plus d’investissements autour des data centers et du cloud. Maintenant, l’enjeu sera surtout de transformer ces avantages en capacités concrètes, avec davantage d’infrastructures, plus de compétences spé- cialisées et un environnement capable d’atti- rer des acteurs technologiques à l’échelle internationale. ◆

L’intelligence artificielle générative change progressivement les besoins des entreprises en matière d’infrastructures numériques. Cloud, data centers, GPU et puissance de calcul deviennent des enjeux de plus en plus importants.

Entretien avec Mehdi Mansori, spécialiste des infrastructures numériques, du cloud et des architectures IT chez Sherweb Group.

Propos recueillis par K. A.

Finances News Hebdo : Depuis l’ex- plosion de l’IA générative fin 2022, on observe une transformation profonde des besoins en infrastructures. Qu'en pensez-vous? Mehdi Mansori : Oui, on a clairement changé d’échelle. Avant, beaucoup d’infras- tructures étaient conçues pour des ERP, de la messagerie, des applications métiers classiques ou des charges web tradition- nelles. Avec l’IA générative, on passe sur des modèles capables de traiter des milliards de paramètres. On ne parle plus uniquement de stockage ou de CPU; aujourd’hui, on parle de GPU, d’interconnexions réseau très rapides et d’accès aux données quasiment en temps réel. On voit des entreprises qui, en quelques mois, consomment des res- sources qu’elles auraient utilisées sur plu- sieurs années auparavant. F. N. H. : Beaucoup d’entreprises veulent aujourd’hui déployer des pro- jets IA. Les infrastructures actuelles sont-elles réellement prêtes ? M. M. : Je dirais que beaucoup d’entre- prises veulent faire de l’IA, mais toutes ne sont pas prêtes techniquement. Il y a une différence entre lancer un projet pilote, tes- ter un chatbot interne ou utiliser un modèle existant, et déployer une architecture IA à grande échelle. Très souvent, le premier problème n’est même pas la puissance de calcul. Le premier sujet, ce sont les don- nées. Beaucoup d’entreprises découvrent aujourd’hui que leurs données sont réparties entre plusieurs systèmes, plusieurs appli-

cations ou encore entre des infrastructures internes et différents environnements cloud. Ensuite, viennent les contraintes d’infras- tructure. Les modèles IA demandent davan- tage de stockage haute performance, plus de bande passante réseau et une capacité à faire évoluer rapidement les ressources. Une infrastructure traditionnelle pensée il y a cinq ou six ans n’a pas forcément été conçue pour ce type de charge. Aujourd’hui, les entreprises qui avancent le plus vite sont souvent celles qui ont déjà adopté des archi- tectures cloud hybrides et une approche plus flexible. F. N. H. : Les GPU deviennent cen- traux dans les architectures IA. La disponibilité de la puissance de calcul devient-elle stratégique ? M. M. : Aujourd’hui oui, et je pense même qu’on peut comparer cela à ce qu’était la bande passante Internet il y a plusieurs années. Les GPU sont devenus essentiels parce qu’ils sont capables d’exécuter des milliers d’opérations en parallèle, ce qui est particulièrement adapté aux modèles IA modernes. On voit aujourd’hui que certaines grandes entreprises investissent plusieurs dizaines de milliards de dollars dans les infrastructures IA, justement parce qu’elles considèrent la puissance de calcul comme une ressource stratégique. Une entreprise qui peut accéder rapidement à des res- sources GPU aura un avantage important

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