L’Ambition Morale du Leadership

Avant propos

Quand la boussole rejoint le bilan Je crois profondément que l’entreprise est une force pour le bien. Non pas comme un slogan, mais comme une réalité vécue, ancrée dans plus d’un siècle d’histoire familiale. Lorsque mon arrière-grand-père a fondé Roche en 1896, sa raison d’être était claire : servir le patient. Pas les actionnaires. Pas les marchés. Le patient. Cent trente ans plus tard, cette boussole tient toujours. Et c’est précisément parce qu’elle tient que Roche est encore là. Mais soyons lucides. Trop longtemps, notre système économique a obsessivement privilégié le gain financier à court terme, au détriment des personnes et de la planète. Les externalités deviennent trop importantes pour être ignorées, car elles rendent de plus en plus difficile la création de valeur elle-même. Nous nous comportons comme si la nature était inépuisable, comme si le capital social était gratuit, comme si le capital humain se renouvelait de lui-même. C’est une illusion que nous ne pouvons plus nous permettre. C’est là que ce playbook prend tout son sens. Jonathan Normand et l’écosystème B Lab ne proposent pas un énième guide de management déconnecté du réel. Ils offrent quelque chose de plus rare et de plus nécessaire : un cadre pour développer la capacité intérieure des leaders à naviguer dans la complexité morale de notre époque. Dans mon travail à la Capitals Coalition, je défends l’idée que les quatre capitaux – financier, naturel, social et humain – doivent fonder toute prise de décision.

Que « ce qui se mesure se gère », et qu’il est temps d’élargir radicalement ce que nous mesurons. Mais la comptabilité d’impact, aussi indispensable soit-elle, ne suffit pas. Les métriques ne changent pas les comportements à elles seules. Ce sont les personnes qui changent les systèmes. Et pour changer les systèmes, il faut des leaders qui ont fait le travail intérieur – qui ont cultivé la confiance, la considération, la constance et le courage dont parle cette boussole. La Boussole 7C rejoint ainsi une conviction que j’ai exposée dans The New Nature of Business : nous n’avons pas besoin de jeter le système capitaliste, mais de l’amender profondément. Devenir positifs pour la nature. Construire avec intention et mesurer notre impact. Et surtout, diriger et laisser diriger – reconnaître que pour créer un nouveau système économique et un nouveau contrat social, de nombreux leaders doivent émerger, à tous les niveaux de la société. Ce que j’apprécie particulièrement dans ce playbook, c’est qu’il ne sépare pas le savoir-être du savoir-faire. Mon expérience m’a appris qu’une entreprise sans raison d’être et sans bénéfice sociétal, sans respect et investissement dans l’ensemble des capitaux, n’est pas seulement imprudente – elle est inexcusable. Mais pour qu’un dirigeant porte cette conviction dans ses décisions quotidiennes, il faut plus que des connaissances : il faut une transformation personnelle. C’est exactement ce que propose la spirale des 7C.

Je suis également convaincu que ce travail de transformation est profondément intergénérationnel. La recherche montre que les équipes dirigeantes plus diversifiées en âge sont les mieux équipées pour permettre l’innovation durable, parce qu’elles combinent l’apprentissage par l’expérience passée et l’exploration de nouvelles idées. Ce playbook, né de la sagesse collective du B ecosystème est précisément un pont entre générations de leaders. Si nous voulons créer une prospérité durable – pas seulement financière, mais sociale, humaine et naturelle – nous devons investir dans les bénéfices du changement systémique. Et le premier investissement, le plus fondamental, est dans les personnes qui le porteront.

André Hoffmann Vice-président, Roche Holding AG Co-président intérimaire, Forum économique mondial Président, Capitals Coalition

© 2026 JONATHAN NORMAND. CETTE ŒUVRE EST SOUS LICENCE CREATIVE COMMONS ATTRIBUTION PAS D’UTILISATION COMMERCIALE 4.0 INTERNATIONAL (CC BY-NC 4.0)

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