Finances News Hebdo 1243

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 JUILLET 2026

Agritech «L'agriculteur doit devenir le maillon le plus fort de la chaîne de valeur»

sions peuvent être prises à l'in- tuition. Lorsque les ressources se raréfient, chaque erreur coûte très cher. La donnée permet de construire cette résilience. Elle aide à comprendre son exploita- tion, à constituer un historique, à comparer les campagnes, à mesurer ce qui fonctionne réelle- ment et à intervenir avant que le problème n'apparaisse. Nous parlons beaucoup d'intelli- gence artificielle, mais l'essentiel reste la qualité de la décision humaine. La technologie apporte des milliers d'informations; encore faut-il savoir lesquelles sont réellement utiles pour l'agri- culteur. C'est cette capacité à transformer la donnée en déci- sion qui fera la différence dans les années à venir. F. N. H. : Vous dites que l'AgriTech marocaine n'est pas encore mature. Pourquoi ? A. Z. : L’AgriTech ne l’est pas parce que la technologie n'est qu'une partie de l'équation. Beaucoup de solutions savent aujourd'hui mesurer, collecter ou afficher des données. C'est devenu relativement accessible. Le vrai défi est ailleurs : transfor- mer ces données en décisions simples et directement exploi- tables par l'agriculteur. Nous parlons souvent d'intelli- gence artificielle. Moi, je préfère parler d'intelligence augmentée. L'objectif n'est pas de remplacer l'agronome mais de lui permettre d'être beaucoup plus efficace. La FAO recommande un conseil- ler agricole pour environ 500 exploitations. Dans beaucoup de régions, nous sommes encore très loin de ce ratio. Former plusieurs milliers de nouveaux conseillers prendra du temps. En revanche, si chaque conseil- ler est augmenté par les outils numériques et l'IA, son impact peut être démultiplié. C'est cette vision qui nous a ame- nés à développer le concept de «conseiller agricole augmenté», mais également à investir dans la formation de jeunes agronomes via notre Academy. Ensuite, il reste des freins très

Amine Zarouk, CEO fondateur d'Arwa Solutions et président de la Fondation Green OpenLab, défend une vision où la technologie ne remplace pas l'humain, mais renforce sa capacité à décider. Il revient sur les défis de l'AgriTech marocaine et les conditions pour bâtir un écosystème agricole plus résilient.

Propos recueillis par Z. A.

Finances News Hebdo : Vous venez du monde IT et de l'offshoring, pas de l'agri- culture. Qu'est-ce qui vous a mené à fonder une ferme pilote plutôt qu'une nouvelle société de conseil ? Amine Zarouk : Vu de l'extérieur, cela peut sembler être un grand écart. En réalité, je fais aujourd'hui presque le même métier qu'il y a vingt ans lorsque j'ai créé ma pre- mière entreprise, devenue par la suite Alten Maroc. À l'époque, nous mettions des ingénieurs marocains au service de projets technologiques inter- nationaux. Aujourd'hui, nous fai- sons exactement la même chose, mais au service de l'agriculture. Nous avons remplacé les ingé- nieurs logiciels par une équipe d'ingénieurs agronomes, data scientists et spécialistes AgriTech qui accompagnent des exploi- tations au Maroc et désormais

en Europe. Le véritable déclic est venu pendant la crise du Covid. Comme beaucoup, j'ai pris conscience de l'importance des souverainetés évoquées par Sa Majesté : alimentaire, sanitaire, industrielle, énergétique... J'y ajouterais volontiers la souverai- neté numérique. Je me suis alors posé une ques- tion très simple : pourquoi conti- nuer uniquement à exporter nos compétences pour développer les produits des autres, alors que nous pouvions créer ici des tech- nologies capables d'améliorer la vie des gens ? L'agriculture est probablement l'un des sec- teurs où cette question est la plus fondamentale. Comment produire davantage avec moins d'eau, moins d'énergie et moins d'intrants, tout en améliorant les revenus des agriculteurs ? Il y avait aussi une conviction

entrepreneuriale. Lorsque j'étais président de l'APEBI, nous avons beaucoup travaillé sur la stratégie digitale du Maroc avec les équipes de Moulay Hafid Elalamy. Tous les benchmarks internationaux montraient que l'AgriTech allait devenir un marché majeur. Nous sommes un grand pays agricole, avec un vrai vivier d'ingénieurs. J'ai la conviction que le Maroc a tous les atouts pour devenir un leader régional de cette industrie. F. N. H. : Pourquoi la data serait-elle plus urgente aujourd'hui, alors que la sécheresse semble mar- quer une pause ? A. Z. : La data serait-elle plus urgente aujourd'hui, justement parce que la meilleure période pour préparer une crise est celle où elle est moins visible. Lorsque tout va bien, beaucoup de déci-

Ce qui change le plus, c'est la perception. Les agriculteurs deviennent acteurs de l'innovation au lieu d'en être simplement les utilisateurs.

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