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28 JEUDI 30 JUILLET 2026

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Le Maroc sous Mohammed VI

Vingt-sept ans de transformation Vingt-sept ans après l'accession de Mohammed VI au Trône, l'économie marocaine s'est diversifiée, l'industrie s'est imposée comme un moteur de croissance et le Royaume s'est affirmé comme un acteur incontournable entre l'Europe et l'Afrique. Si les défis sociaux demeurent nombreux, le bilan de ces presque trois décennies témoigne d'un changement de modèle qui a profondément redessiné les contours du pays.

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Par D. William

e Maroc n'est plus le même pays. La formule est devenue presque banale tant elle accom- pagne chaque anniversaire de la Fête du Trône. Pourtant, rarement une telle affirmation aura été aussi objectivement vérifiable. En vingt- sept ans, le Royaume a connu une transfor- mation dont peu de pays émergents peuvent revendiquer l'ampleur. Cette trajectoire s'inscrit dans la vision défi- nie dès les premières années du règne de Mohammed VI. Comme le déclarait le Souverain dans son discours du Trône de 2007, «ce Maroc, nous le voulons entreprenant, volonta- riste, multipliant les réalisations, égrenant les chantiers, un Maroc qui gagne, quelle que soit l'ampleur des défis et des enjeux». En 1999, le Royaume était encore une écono- mie dont les performances demeuraient large- ment tributaires des campagnes agricoles. Une bonne pluviométrie assurait une croissance acceptable; une sécheresse suffisait à la faire chuter brutalement. L’agriculture et les phos- phates constituaient les principaux moteurs d'une économie relativement peu diversifiée. Les infrastructures, bien qu'en développement, n'avaient pas encore atteint la taille critique susceptible de transformer durablement la compétitivité du pays. Vingt-sept ans plus tard, le paysage est radi- calement différent. Le Maroc s'est progressi- vement imposé comme une plateforme indus- trielle et logistique majeure aux portes de l'Europe et à l'entrée de l'Afrique. L'automobile est devenue le premier secteur exportateur du pays. L'aéronautique, l'électronique, les indus- tries électriques, les énergies renouvelables et les services à forte valeur ajoutée ont profondé- ment modifié la structure productive nationale. Cette évolution traduit une véritable mutation du modèle de développement et la réussite d'un pari engagé dès le début des années 2000: réduire progressivement la dépendance

du pays aux aléas climatiques en développant une base industrielle solide, en modernisant les services et en misant sur les infrastructures comme levier de compétitivité. Cette lecture est largement partagée par l’économiste Mohamed Boiti, qui estime qu'il convient néanmoins de distinguer la transfor- mation de l'appareil productif de ses effets sur le reste de l'économie. «Les deux constats sont vrais, et il faut se garder de choisir entre eux. Le Maroc a bel et bien changé d'appareil productif en vingt-sept ans : ports et zones logistiques de rang mondial, filières industrielles nouvelles (automobile, aéronautique, phosphates trans- formés), attractivité retrouvée pour l'investisse- ment étranger. Rien de cela n'est contestable, et rien de cela n'est réversible à court terme. Ce qui l'est beaucoup moins, en revanche, c'est la diffusion de cette mutation dans le tissu éco- nomique et social. Le dernier rapport annuel de Bank Al-Maghrib, présenté à SM le Roi en juillet 2026, le dit sans détour : la croissance a atteint 4,9% en 2025 (contre 4,4% en 2024), mais seuls 193.000 emplois ont été créés sur l'année, pour un taux de chômage qui reste à 13%, avec une situation nettement plus dégradée chez les jeunes diplômés, les femmes et les actifs ruraux. La Banque centrale elle-même parle d'un écart persistant entre performance mesu- rée et vécu quotidien des citoyens, et docu- mente des inégalités substantielles : la dépense du quintile le plus aisé y est chiffrée à plus de sept fois celle du quintile le plus modeste, et un citadin dépense environ deux fois plus qu'un habitant rural» . Par ailleurs, poursuit-il, «le Groupe de la Banque mondiale et IFC, dans leurs travaux présentés cette année avec le Policy Center for the New South, résument ce constat d'une formule qui me semble juste : le Maroc a bâti une économie stable et résiliente, mais une croissance de moins en moins riche en

emplois. Le Centre marocain de conjoncture avait d'ailleurs consacré, dès 2024, l'intégralité de son rapport annuel «Maroc Perspectives» à cette question, sous un titre sans ambiguïté : «Emploi, le grand défi de la décennie». Ma lec- ture, donc : la mutation de l'appareil productif est réelle et durable. Le changement de modèle de croissance, lui - au sens d'une croissance qui se transforme mécaniquement en emplois, en productivité et en valeur locale largement répartie - reste à accomplir. C'est précisément l'écart que doit combler le prochain cycle». Pourquoi le Maroc est attractif Cette stratégie apparaît aujourd'hui avec une remarquable cohérence. Tanger Med constitue le cœur d'un écosystème industriel qui attire des centaines d'entreprises internationales. Le développement de l'industrie automobile s'appuie sur un tissu dense d'équipementiers dont profite tout le territoire. Les investisse- ments massifs dans les énergies renouvelables préparent également le pays à devenir un futur producteur d'hydrogène vert et à renforcer sa souveraineté énergétique. Cette montée en gamme explique pourquoi le Maroc attire aujourd'hui des investisseurs qui, il y a vingt ans, auraient naturellement privilégié d'autres destinations. La stabilité politique, la qualité des infrastructures, la proximité du mar- ché européen, les accords de libre-échange et la montée en compétence de la main-d'œuvre composent désormais un avantage compétitif

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