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JEUDI 30 JUILLET 2026

possible par une inflation maîtrisée à 0,8%» , indique Boiti. Et de poursuivre que «deux trajectoires étran- gères montrent qu'un tel changement d'échelle est possible en une génération, et l'OCDE elle- même les retient comme éléments de compa- raison pour le Maroc dans ses propres études. Le Vietnam, parti dans les années 1980 d'une économie agraire assez comparable à celle du Maroc de l'époque, a engagé ses réformes d'ouverture (le «Renouveau», à partir de 1986) pour devenir, en une trentaine d'années, l'une des économies exportatrices manufacturières les plus dynamiques d'Asie, avec une crois- sance nettement plus riche en emplois que celle que connaît aujourd'hui le Maroc. La Malaisie, elle, illustre une leçon complé- mentaire : la diversification industrielle réussie n'y a jamais suffi à elle seule. Sa politique de redistribution ciblée, la «New Economic Policy» engagée dès 1971, a été menée en parallèle, précisément pour que la croissance bénéficie explicitement aux catégories les plus en retard, plutôt que d'attendre qu'elle y parvienne d'elle- même par ruissellement». Pour autant, estime Boiti, «le Maroc n'a pas à choisir entre ces deux leçons : il lui faut, comme le Vietnam, transformer sa base exportatrice en emplois nombreux, et, comme la Malaisie, assumer un volontarisme redistributif explicite plutôt que de parier sur le seul automatisme de la croissance». Et de conclure, que « ces trois leviers ont un point commun qui, à mon sens, résume tout le prochain cycle : il ne s'agit plus de produire davantage de croissance, mais de changer ce qu'elle produit. C'est un chantier plus difficile que le premier, parce qu'il touche aux institutions et aux comportements plutôt qu'aux seules infrastructures; mais c'est aussi celui qui déterminera si les vingt-sept prochaines années ressembleront aux précé- dentes, ou si elles marquent enfin la bascule vers une croissance dont les fruits se voient dans le quotidien des Marocains, pas seule- ment dans les comptes nationaux». Cette ambition a d'ailleurs été résumée par Mohammed VI dans son discours du Trône de 2020. «Le véritable enjeu aujourd'hui ne réside pas seulement dans la réalisation des infras- tructures ou dans les performances écono- miques, mais dans leur impact direct sur l'amé- lioration des conditions de vie des citoyens», a dit le Souverain. En d'autres termes, le Maroc a gagné son pari de la modernisation matérielle. Le défi qui s'ouvre désormais consiste à trans- former cette réussite en une prospérité durable, capable de créer massivement des emplois qualifiés, de réduire les inégalités et d'inscrire définitivement le Royaume parmi les écono- mies émergentes les plus compétitives. ◆

 Le Maroc s’impose progressivement comme une plateforme industrielle et logistique majeure aux portes de l'Europe et à l'entrée de l'Afrique.

rarement réuni sur le continent. Pour autant, dresser ce constat ne revient pas à considérer que le chantier est achevé. Les performances macroéconomiques contrastent encore avec certaines réalités sociales. Le chômage des jeunes demeure élevé. Les écarts territoriaux persistent. L'école peine toujours à produire les compétences attendues par une économie de plus en plus sophistiquée. Le stress hydrique est devenu une contrainte structurelle. Quant à la productivité, elle reste en deçà des standards des économies émer- gentes les plus performantes. C'est précisément ce qui rend cette rétros- pective intéressante. Les vingt-sept dernières années marquent le passage d'un premier cycle de développement, centré sur la construction des fondations, à un second cycle qui devra produire davantage de richesse, d'innovation et d'inclusion. Pour Mohamed Boiti, cette nouvelle étape appelle un changement de nature des poli- tiques publiques davantage qu'une simple accélération des investissements. Il retient ainsi trois leviers documentés par Bank Al-Maghrib, l'OCDE et la Banque mondiale dans leurs tra- vaux les plus récents sur le Maroc. «Premier levier : transformer réellement la croissance en emplois. L'OCDE, dans son rap- port de 2026 sur le Maroc, est précise sur les moyens : réduire le poids de l'économie infor- melle, assouplir certains contrats de travail, élargir l'accès aux services de garde d'enfants

et développer la formation professionnelle en entreprise pour lever les freins à l'emploi des femmes. Bank Al-Maghrib ajoute la réforme des retraites et de l'éducation à cette même liste. Deuxième levier : résorber les disparités terri- toriales et sociales, pas seulement les dispa- rités de revenu. Le wali de Bank Al-Maghrib a lui-même relié cet enjeu au chantier de la régionalisation avancée, engagé depuis l'appel royal de 2024, comme moyen de faire émerger de véritables pôles économiques régionaux. J'y ajouterais la généralisation effective de la protection sociale et la gouvernance de l'eau, également citées par la Banque centrale parmi les réformes à accélérer, dans un contexte de stress hydrique qui n'est plus conjoncturel mais structurel. Troisième levier : muscler l'investissement privé et la productivité, au-delà du seul investis- sement public qui a porté l'essentiel de la croissance de 2025. Cela suppose, selon les mêmes sources, un renforcement réel de la concurrence, une amélioration tangible de la gouvernance publique, et une poursuite de la baisse du coût du crédit désormais rendue

«Le véritable enjeu aujourd'hui ne réside pas seulement dans la réalisation des infrastructures ou dans les performances économiques, mais dans leur impact direct sur l'amélioration des conditions de vie des citoyens», dixit le Souverain.

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