Finances News Hebdo 1243

30 JEUDI 30 JUILLET 2026

FINANCES NEWS HEBDO

Dans un entretien sans détour, Ryad Mezzour, ministre de l'Industrie et du Commerce, revient sur les avancées de l'industrie marocaine, assume le décalage entre les indicateurs macroéconomiques et le ressenti des citoyens et dévoile les priorités qu'il entend porter dans le cadre de sa candidature législative à Benslimane. Ryad Mezzour Les dessous d'un quinquennat industriel

pas tenter de le corriger avec des statistiques. Quand le prix du kilo de viande rouge passe d'environ 75 dirhams à jusqu'à 170, aucun chiffre de croissance ne fait le poids dans la conversation d'une famille. Des mesures cor- rectives ont été prises par ce gouvernement mais n’ont malheureusement pas eu l’effet escompté. Maintenant, il est important que le citoyen comprenne qu’il existe un décalage et que ce dernier s'explique par un effet d'inertie tem- porel entre l'investissement industriel et son impact direct dans la poche du citoyen. Quand nous signons une Gigafactory de bat- terie ou une usine aéronautique, il faut en moyenne compter 2 à 3 ans de construction, de formation et de montée en cadence avant que les milliers d'emplois créés n'injectent de la masse salariale dans l'économie locale. Deuxièmement, ces performances record ont été réalisées dans un contexte d'inflation importée mondiale sans précédent (énergie, matières premières). L'industrie a servi de bouclier de souveraineté : sans les recettes record de nos exportations industrielles et la valeur ajoutée créée localement, l'impact de l'inflation mondiale sur le pouvoir d'achat des ménages marocains aurait été infiniment plus brutal. F. N. H. : Vous avez beaucoup insis- té sur la souveraineté industrielle. Concrètement, dans quels secteurs le Maroc est-il aujourd'hui réellement plus souverain qu'en 2021 et dans lesquels reste-t-il encore fortement dépendant des importations ? R. M. : Écoutez, ce que nous vivons aujourd'hui est avant tout la concrétisation de la Vision Éclairée et des Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi, que Dieu L’assiste. Le Souverain a tracé un cap extrêmement clair : la souveraineté de notre pays n'est pas une option, c'est une nécessité absolue. Aujourd'hui, les résultats sont là. Le Maroc démontre une résilience et une capacité d'adaptation exceptionnelles. Qu'est-ce que cela veut dire concrètement ? Cela veut dire que nous garantissons aujourd'hui notre sécurité alimentaire avec une production locale qui couvre l'essentiel de nos besoins en produits transformés. Et sur le plan sani- taire, nous avons sanctuarisé notre souve- raineté vaccinale et pharmaceutique avec 60% de nos besoins en médicaments produit slocalement. Si l'on regarde nos secteurs locomotives, l’automobile et l’aéronautique, nous avons franchi un cap historique. Fini le temps où le Maroc n'était qu'un simple atelier de mon- tage. Aujourd'hui, grâce à nos talents et à

Propos recueillis par D. William

fierté, c'est un changement de nature. Le Maroc a longtemps été pensé comme une base de production compétitive — un lieu où l'on fabrique bien et à bon prix pour le compte d'autrui. Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a fixé un cap plus exigeant : que le Maroc ne soit pas seulement un atelier, mais un décideur. Produire, oui — mais déte- nir la technologie, la maîtrise de la chaîne de valeur et le centre de décision sur notre propre sol. C'est le sens profond de la souveraineté industrielle telle que le Souverain l'a tracée : ne plus subir les chaînes de valeur mondiales, mais y peser. Ce basculement, on peut le toucher du doigt. Alors qu’on disait le Maroc assemble des voitures; aujourd'hui, il s'apprête à produire ses propres batteries et réacteurs d'avion — deux segments où se concentre la vraie valeur. Nous sommes passés de la sous- traitance à la souveraineté. Voilà l'accomplis- sement dont je suis fier. Mon principal regret tient en une phrase : la performance macroéconomique ne s'est pas encore assez transformée en amélioration res- sentie dans la vie des Marocains. Nous avons créé de la richesse et des emplois — mais la marche entre les indicateurs nationaux et le quotidien des familles reste trop haute. La souveraineté d'un pays ne vaut que si elle se lit aussi dans le pouvoir d'achat et dans l'équi- té entre les régions. Beaucoup de mesures ont été entreprises au cours des 5 dernières années pour améliorer ce pouvoir d’achat mais cela reste insuffisant. F. N. H. : Justement, les exportations industrielles, les investissements et le chiffre d'affaires du secteur ont atteint des niveaux records durant votre man- dat. Pourtant, beaucoup de Marocains ont le sentiment que ces performances macroéconomiques ne se traduisent pas suffisamment par des emplois de qualité et une amélioration de leur pou- voir d'achat. Comment expliquez-vous ce décalage ? R. M. : Ce sentiment est fondé, et je ne vais

Finances News Hebdo : Lorsque vous avez pris vos fonctions le 7 octobre 2021, le Maroc sortait difficilement de la crise sanitaire. Avec près de cinq années de recul, quel est, selon vous, le principal accomplissement dont vous êtes le plus fier, et quel est, à l'inverse, votre principal regret ? Ryad Mezzour : Quand je prends mes fonc- tions le 7 octobre 2021, le pays sort de la crise sanitaire avec une certitude neuve : celle d'avoir découvert, dans l'épreuve, ce que coûte la dépendance. Ma plus grande fierté n'est pas un chiffre — même si les chiffres sont là : notre production industrielle a franchi le cap historique des 900 milliards de dirhams, les exportations industrielles ont été multipliées par cinq depuis le début des années 2000 pour dépasser les 400 milliards de dirhams, et 85% de nos exportations sont des produits transformés, avec un label Made in Morocco qui ne cesse de s’imposer. Ma

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