Finances News Hebdo 1243

56 JEUDI 30 JUILLET 2026

FINANCES NEWS HEBDO

Investissements Pourquoi l'emploi ne suit-il pas ?

récente est particulièrement signi- ficative. Les recettes d’investisse- ments directs étrangers sont pas- sées de 34,6 milliards de dirhams en 2023 à 43,2 milliards en 2024 (+24,7%), pour atteindre 56,1 mil- liards de dirhams en 2025, selon l’Office des changes, soit une hausse de 28%. Le flux net a, lui aussi, progressé de 74,3% en 2025. Structurellement, le stock d’IDE représentait moins de 20% du PIB dans les années 1990. Il dépasse aujourd’hui 50%, illustrant une transformation profonde de la manière dont l’économie maro- caine se finance et s’intègre aux chaînes de valeur mondiales. S’agissant du secteur privé, la nou- velle Charte de l’investissement, couvrant la période 2022-2026, visait à mobiliser 550 milliards de dirhams d’investissements et à créer 500.000 emplois. À mi-parcours, le bilan des huit pre- mières sessions de la Commission nationale des investissements fait état de 377 milliards de dirhams de projets approuvés, soit près de 68% de l’objectif financier, pour 238 projets et environ 167.000 emplois directs et indirects, soit seulement un tiers de l’objectif fixé en matière d’emploi. Ce différentiel entre un objec- tif financier presque atteint et un objectif de création d’emplois encore largement en retrait résume bien le principal défi auquel le Maroc est confronté aujourd’hui : mobiliser les capitaux n’est plus le principal obstacle, c’est leur trans- formation en emplois stables qui demeure le véritable chaînon faible. F. N. H. : Justement, malgré les investissements réalisés, la dynamique de création d’emplois reste en deçà des attentes. Comment expli- quez-vous ce décalage ? S. T. : Les chiffres du haut-com- missariat au Plan illustrent bien ce paradoxe. Le taux de chômage s’est établi à 13% en 2025, en légère baisse de 0,3 point par rap- port à 2024. Une amélioration qui demeure modeste au regard de l’ampleur de l’effort d’investisse- ment engagé.

En un peu plus d’un quart de siècle, le Maroc a profondément transformé son économie grâce à une politique d’investissement soutenue. Le Royaume affiche aujourd’hui un ratio investissement-PIB de 26,1%, supérieur à la moyenne africaine, établie à 23,3%. Si les réalisations sont indéniables, les défis liés à l’emploi, à la productivité et aux disparités territoriales demeurent néanmoins importants. Entretien avec Said Tahiri, économiste et opérateur touristique.

Propos recueillis par Ibtissam Z.

Finances News Hebdo : Après 27 ans de règne, quel bilan peut-on dresser des politiques d’investissement engagées par le Maroc ? Said Tahiri : Le bilan ne peut être que positif sur le plan macroécono- mique, mais il appelle une lecture nuancée. Force est de constater que depuis 1999, le PIB marocain a plus que triplé. Il est passé d’envi- ron 46,3 milliards de dollars à près de 184 milliards de dollars à la fin de 2025. Le PIB par habitant a suivi la même trajectoire, passant d’environ 1.627 dollars à plus de 4.950 dollars sur la même période. Cette progression s’explique par un effort d’investissement public exceptionnel. Sa part, au sens large, a atteint 20,8% du PIB en 2023, l’un des taux les plus élevés au monde, contre une moyenne bien plus modeste dans les années 1990. Cet effort a permis de trans- former structurellement l’économie. Le Maroc est devenu le premier constructeur automobile d’Afrique, avec des enseignes internationales qui ont fait confiance à notre pays, notamment Renault à Tanger et Stellantis à Kénitra. Cette filière réalise plus de 8 milliards de dollars

d’exportations annuelles. Notre pays, qui détient 70% des réserves mondiales de phosphate, est également le premier exporta- teur mondial d’engrais phosphatés à travers l’OCP, qui a fait évoluer sa stratégie en passant de l’expor- tation de matières brutes à une logique de transformation indus- trielle intégrée. Le Royaume s’est également doté de l’un des réseaux d’infrastruc- tures les plus modernes du conti- nent, avec notamment le port Tanger Med, un réseau autoroutier performant et la première ligne fer- roviaire à grande vitesse d’Afrique. Mais ce bilan comporte aussi des zones d’ombre. L’indicateur ICOR, qui mesure la quantité de capital nécessaire pour générer une unité supplémentaire de croissance, est passé d’une moyenne inférieure à 3 dans les années 1990 à environ 8 dans les années 2000, puis à près de 10 dans les années 2010. Il faut aujourd’hui investir beaucoup plus pour produire le même niveau de croissance, signe d’une éro-

sion de la productivité du capital. C’est précisément ce paradoxe qui interpelle. Un effort d’investisse- ment massif dont le rendement en matière de croissance et, surtout, d’emplois demeure inférieur aux attentes. F. N. H. : Dans quelle mesure les investissements publics, privés et les IDE ont-ils contribué à transformer l’économie marocaine ? S. T. : Effectivement, les trois moteurs ont joué un rôle, mais selon des dynamiques différentes. Sur le volet public, l’effort d’inves- tissement territorialisé est passé de 198 milliards de dirhams en 2020 à 230 milliards en 2021, 245 milliards en 2022, 300 milliards en 2023, puis 335 milliards en 2024, soit une progression de près de 70% en quatre ans, financée notamment par le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, qui a mobilisé 45 milliards de dirhams sur cette seule année. Du côté des IDE, la dynamique

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