Finances News Hebdo 1243

DEVELOPPEMENT DURABLE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 JUILLET 2026

diates : un ingénieur sorti d'école sans avoir été formé aux enjeux de décar- bonation - dans leur dimension tech- nique comme managériale - va, pen- dant toute sa carrière, concevoir des produits, choisir des équipements de production, gérer des projets indus- triels, … sans jamais intégrer sponta- nément la variable carbone dans ses arbitrages. Pas par mauvaise volonté: par absence de formation. Il choisira la machine la moins chère à l'achat plu- tôt que la moins consommatrice sur son cycle de vie. Il ne saura pas lire un bilan MRV, ne comprendra pas les implications d'un facteur d'émission certifié, et découvrira le MACF comme une contrainte tombée du ciel euro- péen, pas comme la conséquence logique d'un monde qu'il aurait appris à anticiper. C'est exactement ce manque que les PME exportatrices marocaines paient aujourd'hui, à l'heure où la première déclaration MACF portant sur leurs émissions 2026 devra être déposée le 30 septembre 2027. On demande à une industrie de muter en urgence, sans lui avoir fourni, pendant vingt ans de formation, les compétences humaines pour le faire.

consacrera le temps nécessaire, et aucun élève ne l'apprendra pour l'as- similer sérieusement. Le modèle fran- çais est ici directement transposable : développement durable intégré dans les sciences physiques, la géogra- phie, l'éducation civique, avec des thématiques adaptées au contexte marocain : stress hydrique, transition des transports, efficacité énergétique du bâtiment dans un pays à fort enso- leillement. Dans les écoles d'ingénieurs et les formations de management, un module obligatoire de transition éner- gétique et de décarbonation indus- trielle devrait figurer dans tout cursus de formation initiale - pas une option, pas un séminaire d'une journée, mais une unité d'enseignement créditée, évaluée, intégrée dans le référentiel de compétences du diplôme. Et ce module ne peut plus se limiter à sa dimension technique : il doit couvrir, à parts égales, les aspects écono- miques, managériaux et institution- nels de la transition, pour que le futur ingénieur sache situer son métier dans le contexte marocain et suivre les évolutions réglementaires internatio- nales qui redessineront sa mission en entreprise. Un ingénieur marocain qui sort de formation en 2027 sans avoir été formé au calcul de l'empreinte carbone d'un procédé industriel, ni à la lecture d'un cadre réglementaire comme le MACF, est un ingénieur qui ne dispose pas des outils dont son employeur aura besoin dès sa pre- mière année de prise de poste. La formation des enseignants , enfin, est la condition de tout le reste. Les Centres régionaux des métiers de l'éducation et de la formation (CRMEF) devraient intégrer un module dédié dans la formation initiale de tous les futurs enseignants, quelle que soit leur discipline. Car on ne peut pas enseigner ce qu'on n'a pas soi-même appris. Et on ne peut pas bâtir une transition sur des enseignants qu'on a laissés, eux aussi, sans formation sur le sujet. Quatre angles d'action complémen- taires méritent également d'être men- tionnés. D'abord, le plus pragmatique de tous : équiper les toits des établis- sements scolaires marocains, à tous les niveaux, de panneaux solaires. Le bénéfice est double et immédiat - une économie budgétaire et énergétique tangible pour des établissements sou-

vent contraints financièrement, et une sensibilisation factuelle des élèves aux bienfaits de la transition énergé- tique, sous leurs yeux, sur leur propre toit, plutôt que dans un chapitre qu'ils ne liront jamais. Ensuite, la mémoire des dossiers : les rapports du CESE alertent depuis longtemps sur les lacunes de l'édu- cation environnementale - mais leur faible traduction en décisions contrai- gnantes reste le problème structurel récurrent. Le levier des collectivités, ensuite : régions et municipalités pourraient être des accélérateurs puissants - jar- dins pédagogiques, bâtiments publics exemplaires - si on leur donnait les moyens et la liberté de le faire. Enfin, le levier du numérique et des médias : dans un pays où les jeunes passent plusieurs heures par jour sur les réseaux sociaux, une straté- gie nationale de sensibilisation aux comportements écoresponsables via ces canaux aurait un impact que

n'importe quel manuel scolaire ne pourrait pas égaler seul. Nos deux articles précédents dans ces colonnes ont documenté un même schéma : le Maroc affiche une vitrine remarquable tout en mainte- nant des lacunes structurelles pro- fondes dans la réalité de sa consom- mation énergétique et dans la décar- bonation de son industrie. Ce troi- sième volet en révèle la racine: une société ne peut pas réussir une tran- sition qu'elle n'a pas appris à com- prendre, à désirer, à intégrer dans ses réflexes quotidiens. La transition énergétique n'est pas seulement une affaire de mégawatts et de régle- mentation. C'est d'abord une affaire de culture. Et cette culture, on ne la décrète pas. On l'enseigne. ◆ * Mohamed BOITI est docteur ès Sciences de Gestion, consultant en transition éner- gétique et décarbonation, et auteur du «Mémorandum Stratégique 2026-2030 pour l’accompagnement du Maroc face au MACF».

Ce qu'il faudrait faire… maintenant, pas demain

Le chantier est documenté, les modèles existent, et aucun ne néces- site de réinventer quoi que ce soit. Au primaire, l'enjeu est compor- temental et affectif : créer un lien concret entre l'enfant et son environ- nement énergétique. Pourquoi fait-il aussi chaud à Marrakech en juillet ? À quoi servent les panneaux solaires installés sur le toit de sa propre école? Combien de litres d'eau consomme une famille marocaine par jour, et d'où vient cette eau ? Sur le modèle du pro- gramme costaricien - ancré dans le quotidien, pas dans l'abstraction -, le Maroc pourrait construire une culture écoresponsable dès l'âge de six ans, et en récolter les fruits une génération plus tard. Un concours annuel pour obtenir le label «Éco-École», qui serait organisé par la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environne- ment, y contribuerait largement. Au collège et au lycée, l'intégration doit devenir transversale et - condi- tion sine qua non - évaluée dans les examens nationaux. Sans cette contrainte, aucun enseignant ne lui

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